Editorial : Ces élites, « bien sous tous rapports »…
Par Chokri Baccouche
Il se passe des choses, décidément, chez les mondains, les politiciens et autres « grands » de ce monde. Côté cours, il y a les bonnes manières et des codes qui doivent être scrupuleusement respectés. Du genre, il est nécessaire d’avoir une posture droite à table, les mains visibles, mâcher la bouche fermée, ne pas saucer et attendre la maitresse de maison ou le maitre de céans.
Pour faire bonne impression dans le cercle select de la Jet Set, il faut également éviter les sujets clivants lors des conversations et écouter attentivement ses interlocuteurs, sans monopoliser la parole. Et dans un cadre formel, un léger baisemain ou une inclinaison devant la meuf d’un président, d’un riche businessman ou un puissant nabab, est fortement recommandé.
C’est ce qui distingue les « gens bien sous tous rapports » comme on dit, des goujats, réputés pour leurs manières frustres et qui n’ont aucun savoir-vivre. Côté jardin en revanche ou plutôt basse-cour, il se passe bien des choses aussi chez cette « élite » qui affectionne l’art de patauger dans les eaux glauques de la débauche comme le confirme l’affaire Epstein qui fait sensation ces derniers jours à l’échelle internationale.
Le scandale qui porte le nom de ce délinquant sexuel a éclaboussé un nombre impressionnant de personnalités de la haute sphère et de la haute société. Homme d’affaires américain mondain, Jeffrey Epstein entretenait un trafic sexuel pédocriminel très lucratif.
Des têtes couronnées, des chefs d’Etat et de gouvernement, des ministres et des milliardaires réputés comptent parmi ses clients assidus. Le bon Epstein ne faisait pas les choses à moitié pour satisfaire les vices de ses « illustres invités ». Il organisait en leur honneur des orgies très suggestives animées par de jolies nymphettes dont l’âge ne dépasse pas les 17 ans, qu’il prenait soin de faire convoyer dans ses innombrables « nids d’amour » interdit à bord de Lolita Express, son jet privé.
Les vidéos liées à ce scandale nous apprennent un bout sur les mœurs cachées et les fantasmes des « grands » de ce monde. Une des séquences qui a fait le tour du monde montre un prince, à quatre pattes, en train de faire le coq de la Bruyère au-dessus d’une nénette dont le visage a été masqué. Pour exprimer comme il se doit le défoulement de tous ses sens, son altesse royale s’est inspirée apparemment de la Chèvre de Monsieur Seguin.
Devenu une véritable « boite noire » pleine à craquer de secrets embarrassants, Jeffrey Epstein s’est suicidé dans sa cellule en août 2019, dans des circonstances étranges. On l’avait retrouvé au bout d’une corde alors que ses geôliers avaient pourtant veillé à le placer dans une cellule « anti-suicide ».
La mort de ce joyeux luron porté sur le « sexe sans complexe », n’a pas été finalement d’une grande utilité pour tous les gentils membres de son club qui vont devoir aujourd’hui répondre de leurs actes amoraux et vicieux devant la justice.
Chez les « grands » de ce monde, il n’y a pas que les affaires salaces qui font la une de l’actualité et accaparent les feux de la rampe. On fait tout aussi bien les choses dans le domaine de la corruption, l’enrichissement illicite, l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent, comme le prouvent les nombreux scandales qui ont éclaté ces dernières années.
De l’affaire Wikileaks au scandale UBS en passant par la China Leaks, les Offshore Leaks, les Luxembourg Leaks et autres Swiss Leaks, on en a appris un bout sur les pratiques frauduleuses des « élites mondiales » et des gouvernants. Non contents d’amasser des fortunes colossales par des moyens très suspects, ces derniers prennent soin de cacher leur magot dans des paradis fiscaux à travers des sociétés écrans.
Un magot évalué à plusieurs centaines de millions de dollars pour certains, provenant d’activités illicites comme le trafic d’armes, de diamants ou le financement du terrorisme, comme l’avait révélé en 2015 l’affaire Swiss Leaks qui a éclaboussé pour rappel et entre autres, plusieurs dirigeants africains.
La nouvelle salve de documents compromettants liés à l’affaire Epstein, rendus publics vendredi dernier par la justice américaine, promet des rebondissements spectaculaires dans les jours à venir.
A travers les trois millions de pages accablantes, bien d’autres secrets devraient être, en effet, révélés dans cette affaire scabreuse qui met en lumière les mécanismes d’impunité et d’opacité au sein des élites mondiales sur fond d’une justice à deux vitesses qui prévaut un peu partout dans le monde.
Les scandales Wikileaks, Swiss Leaks, Luxembourg Leaks et China Leaks confirment l’évidence que cette élite sans scrupule est devenue, particulièrement dans les pays pauvres, non pas la solution mais l’origine même du problème du sous-développement et de la misère qui affectent de nombreux peuples aux quatre coins de la planète…
C.B.
Agence de Mise en Valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle : Nouveaux projets pour la valorisation et la sécurisation du patrimoine
L’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle (AMVPPC) lance pour cette nouvelle année une série d’interventions destinées à renforcer la protection et la mise en valeur du patrimoine archéologique et muséal tunisien.
Les premières actions concernent le site archéologique de Gightis, à Boughrara (Médenine), et le Musée des arts et traditions populaires de Gabès.
Au site de Gightis, une visite de terrain a permis de dresser un diagnostic complet de la structure d’accueil. Plusieurs insuffisances liées aux conditions naturelles ont été relevées, nécessitant des interventions rapides et structurées.
Dans le cadre du budget 2026, l’AMVPPC prévoit de sécuriser et de maintenir les infrastructures, d’améliorer la signalétique et d’aménager le parcours de visite afin d’optimiser l’expérience des visiteurs. Des travaux spécifiques incluent le dégagement des plantes invasives, la réhabilitation des réseaux électriques et du système d’éclairage, ainsi que la création d’une salle de surveillance équipée de caméras. Le démarrage des travaux est prévu au deuxième trimestre 2026.
À Gabès, l’Agence a suivi l’état du Musée des arts et traditions populaires, installé dans un monument historique datant de la fin du XVIIe siècle. L’équipe a évalué l’état structurel et fonctionnel du musée, ainsi que ses conditions de fonctionnement. En coordination avec l’Institut national du patrimoine (INP), des interventions sont prévues sur le guichet de billetterie, les blocs sanitaires, les réseaux électriques et le dispositif de sécurité, après l’achèvement des travaux de réaménagement muséographique. Le musée, qui retrace la vie oasienne à travers l’habitat, le mariage, l’alimentation et l’agriculture, abrite également des pièces archéologiques majeures et se situe à proximité de la zaouïa de Sidi Boulbaba El-Ansari, un site historique emblématique de la ville. Ces initiatives s’inscrivent dans une vision globale de l’AMVPPC visant à garantir la sécurité, l’entretien et la valorisation des sites et institutions culturelles. L’objectif : offrir aux visiteurs un accès sécurisé et qualitatif au patrimoine tunisien, tout en assurant sa transmission aux générations futures.
A la TGM Gallery : laissez-vous porter pour ce « Temps d’entre deux »
« Le temps d’un entre deux » ainsi s’intitule cette nouvelle exposition de groupe dont le vernissage a eu lieu hier et qui se poursuivra jusqu’au 20 mars 2026. Cette exposition collective réunit plus de dix artistes issus d’univers et de parcours variés, porteurs de thématiques personnelles nourries d’expériences multiples et explorant des techniques diverses.
Plusieurs médiums dialogueront ainsi dans un espace où les œuvres se rencontrent et se répondent, invitant à la découverte d’autres regards. De ce croisement naît un échange informel, parfois inconscient, générateur d’une synergie et d’une dynamique inattendues.
Les artistes invités n’appartiennent pas à une même génération. Certains sont déjà au sommet de leur parcours, d’autres en sont aux prémices de leur formation. Certains sont reconnus sur la scène artistique, d’autres s’y inscrivent progressivement. Ensemble, ils composent un paysage pluriel où les sensibilités se côtoient et se confrontent.
En offrant ses cimaises à ce melting-pot artistique, la TGM Gallery ouvre un espace propice à la curiosité, à l’émergence d’idées nouvelles et à la transformation des approches, dans ce « temps d’un entre deux » où tout devient, artistiquement, possible.
Shortlist de la 19ème édition du Prix international de la fiction arabe (IPAF) : le Tunisien Nizar Chakroun y est
La Fondation du Booker Prize a annoncé la shortlist de la 19ème édition du Prix international de la fiction arabe (IPAF), communément appelé le « Booker arabe ».
L’annonce a été faite lors d’une conférence de presse tenue à Manama, au Bahreïn. A cette occasion, le président du jury, Mohamed Al-Qadi, a dévoilé les six romans retenus pour la liste courte, représentant des auteurs d’Egypte, d’Algérie, d’Irak et du Liban.
Le roman lauréat sera proclamé lors d’une cérémonie officielle prévue le 9 avril 2026 à Abou Dhabi, aux Emirats arabes unis.
Pour rappel, la liste longue du Prix Booker arabe comptait également l’écrivain tunisien Nizar Chakroun pour son roman « Days of the Murdered Fatimid » (Les jours du Fatimide assassiné), publié aux éditions Safsafa.
Le Prix international de la fiction arabe (International Prize for Arabic Fiction-IPAF), souvent appelé le « Booker arabe », est l’une des distinctions littéraires les plus prestigieuses du monde arabe. Créé en 2007 avec le soutien de la Fondation Booker Prize et financé par le Département de la Culture et du Tourisme d’Abu Dhabi, il vise à promouvoir la littérature arabe contemporaine et à encourager sa traduction dans d’autres langues.
Chaque année, le prix récompense un roman écrit en arabe qui se distingue par sa qualité littéraire et sa profondeur thématique. Un jury composé de critiques, d’écrivains et de spécialistes de la littérature arabe sélectionne une liste longue, puis une liste courte, avant d’annoncer le lauréat lors d’une cérémonie. En plus d’un prix monétaire, le gagnant bénéficie d’un soutien pour la traduction de son œuvre, favorisant ainsi sa diffusion à l’international.
Au fil des éditions, le Booker arabe a mis en lumière des écrivains de divers horizons du monde arabe, contribuant à enrichir le paysage littéraire et à faire découvrir au public international la diversité et la richesse de la fiction arabe contemporaine.
Festival international du film pour l’enfance et la jeunesse de Sousse (FIFEJ) : Ouverture des inscriptions pour la nouvelle édition
Le Festival international du film pour l’enfance et la jeunesse de Sousse (FIFEJ) a annoncé l’ouverture des inscriptions pour sa 15e édition, prévue du 6 au 11 avril 2026 dans la ville de Sousse.
La manifestation invite les cinéastes et réalisateurs à soumettre des films longs et courts, en fiction, documentaire ou animation, destinés au jeune public. Les œuvres sélectionnées concourront au sein des sections officielles et parallèles du festival, indiquent les organisateurs.
La période d’inscription est ouverte du 5 janvier au 15 mars 2026. Les candidatures doivent être déposées en ligne via le site officiel du festival.
À travers cette nouvelle édition, le FIFEJ entend valoriser les meilleures productions cinématographiques nationales et internationales dédiées à l’enfance et à la jeunesse, tout en affirmant le cinéma comme un levier d’éducation, de sensibilisation et de dialogue culturel.
Créé en 1992 comme un espace de rencontre entre les imaginaires et les générations, le festival ambitionne également de favoriser l’ouverture à des expériences cinématographiques diverses et innovantes, concluent les organisateurs.
Le FIFEJ est organisé avec le soutien du ministère des Affaires Culturelles et du Centre national du cinéma et de l’image, en partenariat avec la municipalité de Sousse.
Assassinat de Mohamed Brahmi : des peines allant jusqu’à la peine de mort en appel
La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme près la Cour d’appel de Tunis a rendu, dans la soirée de ce jeudi, des verdicts allant de cinq ans de prison à la peine de mort dans l’affaire de l’assassinat du martyr Mohamed Brahmi, coordinateur général du parti Courant populaire et membre de l’Assemblée nationale constituante, assassiné devant son domicile le 25 juillet 2013.
Selon une source judiciaire citée par l’Agence Tunis Afrique Presse, la chambre a condamné l’accusé Abderraouf Talbi à la peine de mort ainsi qu’à 30 ans de prison. Elle a également condamné Ezzedine Abdellaoui et Ahmed Maleki (dit « Somalien ») à 60 ans de prison chacun, Mohamed Aouadi à 50 ans, Karim Klaï à 45 ans, Amer Balaazi et Mohamed Akkari à 20 ans chacun, et Riadh Ouertani à 10 ans de prison.
La même source a précisé que le jugement par contumace prononcé contre l’accusé en fuite Mustapha Khedher a été confirmé, le condamnant à cinq ans de prison pour non-dénonciation aux autorités, même en cas de secret professionnel. Tous les condamnés seront également placés sous surveillance administrative pendant cinq ans à compter de l’exécution ou de l’expiration de leur peine. Il est à rappeler que l’auteur principal de l’assassinat est décédé (Boubaker Hakim).
Biens confisqués depuis 2011 : Ces « sabotages », cartels et ventes à prix bradés que Kaïs Saïed dénonce
Le président de la République, Kaïs Saïed, a reçu mercredi après-midi au palais de Carthage la ministre des Finances, Mishkat Salama Khaldi, et le ministre des Domaines de l’État et des Affaires foncières, Wajdi Hedhili.
La rencontre a porté sur le dossier des biens confisqués depuis 2011. Le chef de l’État a estimé que la situation actuelle ne peut perdurer, soulignant que, plus de quinze ans après, de nombreux biens immobiliers et mobiliers demeurent dans le même état, tandis que la valeur de plusieurs d’entre eux s’est dégradée ou qu’ils ont été cédés à des prix inférieurs à leur valeur réelle à la suite d’actes de sabotage délibérés.
Kaïs Saïed a affirmé que les choix opérés depuis 2011 n’étaient pas innocents, mais visaient à contourner la révolution et le droit du peuple à récupérer les fonds qui lui ont été spoliés. Il a rappelé la multiplication des structures mises en place, dont la Commission de confiscation, puis une autre commission chargée de la gestion des fonds et biens concernés, avant la création, plus de deux ans plus tard, d’un secrétariat permanent, ainsi que d’une direction du crédit, de la liquidation et de la gestion judiciaire. À cela s’ajoutent, selon lui, des structures présentées comme des entités d’appui à la gestion des biens confisqués, telles que la Société immobilière GamartH ou la société Al Karama Holding, dont l’appellation, a-t-il dit, ne reflète en rien la réalité, plusieurs entreprises ayant été cédées à des prix dérisoires, outre les sommes considérables dépensées au profit des mandataires chargés de ces structures.
Le président de la République a rappelé avoir appelé à plusieurs reprises à la clôture de ce dossier et à la révision de nombreuses opérations de cession, qu’elles concernent des biens immobiliers ou mobiliers. Il a toutefois indiqué que plusieurs cartels sont intervenus, profitant d’un dispositif juridique mis en place, qu’il a qualifié de système dont « l’apparence est juste mais dont la réalité est l’inverse ».
Kaïs Saïed a insisté sur la nécessité de mettre fin à cette situation, affirmant qu’il n’est pas question de renoncer à un seul millime appartenant au peuple tunisien, un droit qui ne saurait s’éteindre par prescription ni sous quelque prétexte que ce soit. Il a précisé que l’objectif est une reddition des comptes équitable et non un règlement de comptes, ajoutant que les portes de la conciliation resteront ouvertes à ceux qui y recourent de bonne foi, tandis que ceux qui choisiront une autre voie devront en assumer les conséquences.
Santé et solidarité : Carthage Horizon dote l’hôpital Abderrahman Mami d’une unité de stérilisation
Fidèle à son engagement en faveur de la santé publique en Tunisie, l'Association Carthage Horizon a inauguré ce mercredi 4 février 2026, la nouvelle unité de stérilisation au sein du service de réanimation de l'hôpital Abderrahman Mami à l'Ariana.
Cette action solidaire a été réalisée grâce à un partenariat avec Al Baraka Bank Tunisie et la société Cheminter Tunisia Distribution, qui ont contribué à la création de cette unité essentielle au bon fonctionnement des services hospitaliers. Une intervention qui vise à améliorer les conditions d'hygiène et de sécurité des soins, en renforçant les capacités de stérilisation du matériel médical utilisé au quotidien dans un service sensible comme la réanimation.
L'Association Carthage Horizon tient à remercier le Professeur Jalila Ben Khelil, cheffe de service, ainsi que l'ensemble du personnel hospitalier pour leur engagement et leur collaboration exemplaire, qui ont permis la réussite de ce projet.
Avec cette initiative, Carthage Horizon réaffirme son rôle actif dans le soutien au secteur public de santé en Tunisie, contribuant concrètement à l'amélioration des infrastructures hospitalières et des conditions de prise en charge des patients. L'association mène régulièrement des actions de rénovation, d'équipement et d'accompagnement des services hospitaliers, en étroite collaboration avec les équipes médicales.
Fondée en 2019, l'Association Carthage Horizon a pour mission d'agir durablement au service de la communauté, en particulier dans les domaines de la santé, de la solidarité et de l'action sociale. Elle a multiplié, au fil des années, les initiatives au profit de nombreux hôpitaux, et organise chaque année, durant le mois de Ramadan, une opération de « Resto du Cœur », assurant la préparation et la distribution de plus de 70000 repas chaque ramadan pour les familles et les personnes en situation de vulnérabilité.
Assassinat de Seif-al-Islam Kadhafi : Quel impact sur la crise libyenne et les pays voisins ?
Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
L’assassinat de Seif-al-Islam Kadhafi aura certainement ses effets sur la crise libyenne. Qu’en est-il des pays voisins dont notamment la Tunisie ? Seif al-Islam Kadhafi, le fils de l’ancien leader libyen, Mouammar Kadhafi, a été tué mardi dernier lors d’un accrochage dans la ville de Zintan où il vivait depuis son arrestation au mois de novembre 2011.
Selon, effet, le conseiller et proche collaborateur du fils de l’ancien Guide libyen, Abdullah Othman, « quatre hommes armés ont fait irruption dans sa résidence après avoir désactivé le système de surveillance vidéo. Ils l’ont ensuite abattu». Depuis, tous les soupçons se sont dirigés vers le maréchal Khalifa Haftar, chef de l’Armée nationale libyenne basée à l’est et au sud de la Libye. Pour l’activiste Salem Chérif : « Ce n’est pas la première fois que Haftar cherche à éliminer Seif-al-Islam.
Entre 2014 et 2015, le Maréchal avait tout fait pour qu’on lui remette le fils de Mouammar Kadhafi par la milice qui le détenait à l’époque, en l’occurrence la milice de Ajmi Atiri. En 2019, l’un des chefs de Zintan, à savoir Ibrahim Madani, avait révélé que le Commandement général de l’Armée nationale libyenne, dirigée par le Maréchal Khalifa Haftar, lui avait demandé d’éliminer Seif-al-Islam contre plusieurs privilèges dont notamment des postes clés dans cette armée.
De ce fait, pour moi, le seul qui a intérêt à éliminer le fils de Kadhafi est Khalifa Haftar et son armée». Le premier à avoir réagi à cet assassinat est le président du Conseil présidentiel libyen, Mohamed Al Menfi. Ce dernier a déclaré que cet assassinat a pour objectif d’avorter les efforts vers une réconciliation nationale et l’organisation d’élections libres et transparentes. Quel est, de fait, l’impact de cet assassinat sur la crise libyenne et les pays voisins dont la Tunisie ?
Vers un nouvel enlisement… Tous les observateurs étaient unanimes quant à la réussite du Sommet tripartite tenu à Tunis fin janvier dernier et qui a réuni les trois ministres des Affaires étrangères tunisien, algérien et égyptien en plus de représentants de l’ONU. « Il fallait étouffer dans l’œuf ce sommet qui visait à aider les frères libyens à mettre fin à la crise et baliser le terrain pour la tenue d’élections libres et transparentes.
Mais il parait que certaines parties ne veulent pas d’un compromis et d’un règlement définitif à la crise, d’autant que Seif al-Islam Kadhafi avait toutes les chances de remporter ces élections », nous dira le juriste et activiste Salem Chérif.
Et d’ajouter : « A voir, par ailleurs, les réactions de plusieurs chefs militaires basés soit à Tripoli soit à l’ouest de la Libye dont celle de Moussa Ibrahim, dernier porte-parole officiel de Mouammar Kadhafi, qui a livré une déclaration virulente dans laquelle il accuse des forces internes et étrangères de vouloir saboter toute perspective de réconciliation nationale en Libye.
Selon lui, l’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi ne relève pas d’un simple fait divers sécuritaire, mais s’inscrit dans une logique politique délibérée. Moussa promet même une vengeance sans précédent. Pour moi, nous nous dirigeons vers un nouvel enlisement et il n’est pas écarté de voir la Libye basculer dans une guerre civile. Si c’était le cas, les pays voisins seraient certainement affectés par cette nouvelle escalade.
La Tunisie est appelée, alors, à rester très vigilante et surveiller de près l’évolution de la situation, notamment au niveau de nos frontières avec la Libye. D’une manière générale, je dirais que la crise libyenne, persistante depuis 2011, impacte profondément la Tunisie, agissant comme un facteur de déstabilisation économique et sécuritaire.
Elle fragilise la croissance tunisienne par l'arrêt fréquent du commerce (formel et informel), menace la sécurité nationale et engendre des crises humanitaires liées à la migration ».
M.B.S.M.
Sicca Jazz 2026 : Le Kef, au tempo du jazz et des musiques du monde
Par Imen Abderrahmani
Du 30 avril au 3 mai, la Kasbah du Kef accueillera la 11ᵉ édition du « Sicca Jazz », un rendez-vous culturel majeur qui conjugue création musicale, patrimoine et découvertes au cœur d’un site historique emblématique.
Manifestation tant attendue qui semble fêter le printemps au Kef, « Sicca Jazz », ne cesse d’une édition à une autre de se développer, de grandir, devenant la destination favorite des passionnés de cette musique qui a traversé le temps et la géographie pour devenir un langage universel de liberté, d’improvisation et de dialogue.
Pour cette nouvelle édition de ce festival international tunisien de jazz et de world music, le programme comportera six concerts de jazz, de spectacles de rue, du Sicca Veneria Village, d’une tournée du cinéma itinérant « Cinéma Tdour » ainsi que de résidences artistiques menées dans le cadre de « Sicca Jazz Experience ».
Quatre jours durant, la Kasbah et ses environs se transformeront en un espace de rencontres et d’échanges, ouvert à la création contemporaine tout en restant profondément ancré dans l’identité de la ville et où la musique résonnera du matin au soir, célébrant la vie, le printemps et l’éclosion des talents.
Grande nouveauté cette année, le festival investit un nouvel espace de convivialité : le « Jardin des Pros ». Pensé comme un lieu de rassemblement et de partage, il offrira au public une immersion dans le patrimoine matériel et immatériel du Kef, à travers la présence d’artisans de la région, des ateliers participatifs dédiés aux savoir-faire locaux et une expérience culinaire valorisant les produits du terroir.
Le festival accorde par ailleurs une place importante aux talents tunisiens, à travers des représentations artistiques variées, des showcases et des soirées Off. Des master-class, des résidences artistiques, des visites guidées et des déjeuners musicaux viennent compléter cette programmation, renforçant le rôle de « Sicca Jazz » comme catalyseur culturel et vecteur d’une image renouvelée du Kef sur la scène artistique nationale et internationale.
Dans cet ordre d’idées, et afin que le festival soit une expérience inoubliable, marquante, évidemment dans le bon sens, pour les artistes comme pour le grand public, les organisateurs ont lancé un appel aux bénévoles qui veulent s’associer à cette aventure artistique. L’appel à candidatures reste ouvert jusqu’au 15 avril 2026. Les jeunes étudiants en musique, ou autres pourront également intégrer l’équipe et vivre cette manifestation de près.
La culture au service du développement
Au fil des éditions, le Kef s’est affirmé comme une destination printanière incontournable pour les amateurs de jazz et de musiques du monde. « Sicca Jazz » s’inscrit ainsi dans une dynamique culturelle élargie, générant des retombées économiques notables pour la région. L’événement stimule l’activité des hôtels, maisons d’hôtes et restaurants, dynamise le circuit culturel et touristique et contribue à la promotion de l’artisanat et des productions locales.
Il est à noter, selon les chiffres avancés, lors de la précédente édition, plus de 120 concerts, 50 spectacles gratuits, 50 scènes, 30 pays, 100 partenariats et 200 000 spectateurs ont marqué le festival depuis sa création en 2015, année où l’aventure a commencé à la Kasbah du Kef, lieu emblématique chargé d’histoire, dont l’atmosphère a contribué au charme des premières éditions et dont la capacité d’accueil est de 4000 spectateurs.
Pour cette nouvelle édition, les organisateurs continuent à placer la barre haut en matière de programmation et d’expérience culturelle. A suivre !
Imen.A.
Vivement le cinéma à la Maison de la Culture Slimania
La Maison de la Culture Slimania à la Médina de Tunis, organise à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 7 février 2026 la manifestation « Le Cinéma en Ville » ayant pour thème « Cinéma, Eveil, Création et Technologie ».
Organisée sous l’égide Délégation régionale de la Culture de Tunis, ces prévoient programme riche et varié avec des ateliers de formation, des séminaires et tables rondes en matinée suivies en soirée de projections de films et de débats.
Pour aujourd’hui, l’après-midi sera dédié à un atelier de formation à la réalisation cinématographique avec l’intelligence artificielle (image, idée et message), suivi à 16h30 de la projection du film « Nawar Achiya » de la réalisatrice Khedija Lemkacher et d’un débat.
Le programme de demain placé sous le thème « Ecran et technologie » comporte un atelier pratique de réalisation cinématographique assisté par IA qui porte sur le développement des idées, du scénario, de la création de personnages et de scénarios, la conversion des textes en vidéo, la création des sons et de musique par l’IA. Les organisateurs indiquent que cet atelier sera « simplifié et accessible aux jeunes ». Il sera suivi de projections de films de Zoubeir Jlassi, produits par l’IA. Il est à rappeler que Zoubeir Jlassi a remporté grâce à « Lily », le prix du film généré par l’intelligence artificielle du One Billion Followers Summit, organisé à Dubaï, aux Émirats arabes unis, en janvier 2026. Une table ronde intitulée « L’IA change-t-elle l’avenir du cinéma ? » sera suivie, l’après-midi, de la projection du film pour enfants « Khatem Elyssa » écrit par Ahmed Landolsi et réalisé par Mohamed Khelil Bahri.
Le programme de samedi 7 février sera consacré au thème « Le cinéma pour tous », au cours duquel les participants créeront en matinée des courts métrages (traditionnels, par IA, et mixtes).
Dès 16h30, le programme sera consacré à la projection du film « Parasol » du réalisateur Heifel el Ben Youssef, suivie de la projection de films des participants et d’une table ronde sur l’importance de la chanson et de la musique dans le cinéma et les séries télévisées. La clôture de cette édition sera marquée par un spectacle musical des chansons de films et de séries télévisées tunisiennes, et par la remise de certificats aux participants.
Éditorial : À qui profite le crime ? - Par Jalel HAMROUNI
L’assassinat de Seif al-Islam Kadhafi marque un tournant potentiellement décisif dans l’histoire récente de la Libye, un pays qui tente encore de se relever de plus d’une décennie de divisions politiques, de rivalités armées et d’effondrement institutionnel.
Fils de l’ancien dirigeant Mouammar Kadhafi et longtemps considéré comme son héritier politique, il a été tué par des hommes armés ayant pris d’assaut sa résidence dans la ville de Zintan, tandis qu’une enquête a été ouverte pour identifier les responsables.
Au-delà de l’émotion suscitée par cette disparition, la question essentielle demeure : à qui profite ce nouveau choc dans un pays déjà fragile ? Car en Libye, chaque vide politique devient un terrain fertile pour de nouveaux rapports de force.
Seif al-Islam n’était pas un acteur marginal. Candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle prévue en 2026, il figurait parmi les personnalités susceptibles de peser lourdement dans la recomposition politique nationale.
Sa mort introduit donc une variable explosive dans une lutte pour le pouvoir déjà complexe. Selon plusieurs analyses, cet assassinat risque de compliquer davantage les efforts de réconciliation et de prolonger l’impasse institutionnelle qui empêche l’État libyen de fonctionner normalement.
Dans ce contexte, les premières bénéficiaires de l’instabilité restent les milices et groupes armés locaux. L’absence d’un État unifié permet à ces forces parallèles de maintenir leur influence sécuritaire et territoriale. Lorsque les institutions sont fragmentées et que plusieurs autorités se disputent la légitimité, le monopole de la violence échappe au pouvoir central, une situation idéale pour ceux qui prospèrent dans l’économie de guerre.
Les rivalités politiques internes constituent un autre cercle de gagnants potentiels. La disparition d’un candidat de poids redistribue les cartes avant toute échéance électorale.
Dans un pays où le jeu politique est souvent un prolongement du rapport de force militaire, éliminer une figure capable de mobiliser une base populaire peut modifier profondément l’équilibre entre factions. L’histoire récente de la Libye montre que la compétition pour le pouvoir se joue autant dans les urnes que dans l’ombre des armes.
Mais les intérêts ne se limitent pas aux acteurs domestiques. L’instabilité libyenne possède une dimension stratégique internationale. Le pays détient d’importantes ressources pétrolières, dont la gestion est déjà entravée par l’absence d’un pouvoir central capable de superviser les finances, d’attirer les investissements et de réguler le secteur bancaire.
Dans un tel chaos, les partenaires étrangers, qu’ils soient économiques ou géopolitiques, peuvent être tentés de privilégier des alliances opportunistes plutôt qu’un véritable projet de stabilisation.
Plus largement, la fragmentation de la Libye transforme le pays en zone d’influence ouverte, où les agendas extérieurs peuvent s’exprimer sans rencontrer la résistance d’un État solide. Chaque crise prolonge cette vulnérabilité structurelle et réduit la souveraineté réelle du pays.
Il faut également mesurer l’impact symbolique de cet assassinat. Seif al-Islam incarnait pour certains l’idée d’un retour à une forme d’ordre, tandis que pour d’autres il restait associé à un passé autoritaire. Cette polarisation reflète les fractures profondes de la société libyenne, fractures que sa mort pourrait raviver plutôt qu’apaiser. Loin de refermer le chapitre post-2011, l’événement rappelle que la transition libyenne reste inachevée.
La tragédie met surtout en lumière une vérité dérangeante : la Libye demeure un État en suspens. Tant qu’un consensus national ne sera pas trouvé pour reconstruire des institutions crédibles, protéger le processus politique et unifier les structures sécuritaires, chaque crise continuera d’alimenter un cycle d’instabilité.
Pourtant, l’histoire n’est jamais totalement écrite.
Ce drame pourrait aussi servir d’électrochoc. Les élites libyennes savent désormais que la lutte pour le pouvoir, lorsqu’elle échappe aux règles politiques, conduit inévitablement à la spirale de la violence et à l’érosion de toute perspective de renaissance.
La véritable question est donc moins de savoir qui a appuyé sur la détente que de comprendre pourquoi un tel acte reste possible dans la Libye contemporaine. Car un pays où les figures politiques peuvent être éliminées ne peut ni rassurer ses citoyens ni convaincre ses partenaires.
Entre espoir de reconstruction et risque d’enlisement, la Libye se trouve une fois de plus à la croisée des chemins. Les profiteurs de l’instabilité sont nombreux, milices, factions rivales, intérêts extérieurs, mais les perdants le sont davantage : ce sont avant tout les Libyens, toujours en quête d’un État capable de transformer leurs ressources en avenir.
La renaissance libyenne dépendra désormais d’une question simple et cruciale : les acteurs nationaux choisiront-ils enfin la logique de l’État, ou laisseront-ils encore l’ombre des conflits décider de leur destin ?
J.H.
Préparatifs pour le mois de Ramadan : La hausse des prix, l’hygiène et la spéculation dans le collimateur des autorités…
Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Quelques jours seulement nous séparent du mois de Ramadan et les préparatifs vont bon train pour réussir ce rendez-vous sacré à tous les niveaux. Qu'en est-il de l'approvisionnement des marchés et que pensent les Tunisiens des prix des produits de base? Les Tunisiens s'apprêtent à accueillir le mois saint dans un contexte économique et social assez rude, ‘’et pourtant, il faut composer avec.
Il s'agit du mois le plus important de l'année et il n'est pas question de le rater quitte à puiser dans les réserves financières de la famille", nous dira, d'emblée, Rached Mathlouthi. Même si les autorités tentent, par ailleurs, de rassurer les consommateurs concernant l'approvisionnement des marchés et la régulation des prix, les Tunisiens doivent faire face, en effet, à des hausses vertigineuses des produits de base comme les viandes, les poissons et certains fruits et légumes.
A cet effet, notre interlocuteur estime que "certains commerçants sont à l'origine de ces hausses des prix notamment à la veille du mois saint. Ces commerçants malveillants savent que les Tunisiens ne lésinent pas sur les moyens durant le mois de Ramadan et tirent profit en spéculant sur les prix sinon comment expliquer le prix des petits-poids qui se vendent en pleine saison de leur récolte à 5 D".
Au niveau officiel et selon un communiqué relayé par l'agence TAP, une réunion a eu lieu au début de cette semaine au niveau du gouvernorat de Tunis. Plusieurs mesures ont été ainsi prises et qui portent notamment sur le renforcement des contrôles économiques et sanitaires dans les marchés, le suivi des prix et de l’approvisionnement, ainsi que la lutte contre le commerce anarchique et la contrebande.
Ainsi, la marge bénéficiaire pour les volailles serait plafonnée à 15% au détail et à 20% au niveau de la vente en gros. Pour les fruits et légumes, elle sera limitée à 15% dans les grandes surfaces et à 25% dans les autres points de vente. En ce qui concerne le poisson, la marge bénéficiaire maximale sera également fixée à 25%. Préparatifs tous azimuts… Rendez-vous religieux par excellence, le mois de Ramadan est aussi l'occasion pour les Tunisiens de s'approcher de Dieu.
Ainsi, les municipalités ont été appelées à assurer l’entretien des mosquées. les restaurants universitaires du Grand Tunis (Ariana, La Manouba, Ben Arous et Tunis) ainsi que de Bizerte ont été au centre d’une séance de travail tenue, vendredi dernier, au restaurant universitaire « Hussein El Jaziri » à La Manouba, à l’initiative de l’Office des œuvres universitaires pour le nord (OOUN).
Selon un communiqué de l’Office, la réunion a permis d’examiner une série de mesures et de dispositions relatives au mois de Ramadan, notamment la proposition de repas riches, variés et équilibrés au profit des étudiants dans les restaurants universitaires et l’amélioration des services. Les autorités ont également appelé à intensifier la collecte des déchets et à encadrer l’activité des cafés conformément à la réglementation en vigueur.
Il a été aussi question du renforcement de la sécurité dans les stations de transport public et la création de points de vente du producteur au consommateur. Selon un communiqué de l’Office, la réunion a permis d’examiner une série de mesures et de dispositions relatives au mois de Ramadan, notamment la proposition de repas riches, variés et équilibrés au profit des étudiants dans les restaurants universitaires et l’amélioration des services.
M.B.S.M.
Editorial : La révolte des mortels …
Par hokri Baccouche
Les Européens découvrent aujourd’hui, à leurs corps défendant, que leur suivisme aveugle vis-à-vis des Etats-Unis leur a joué un très mauvais tour. Malmenés par Donald Trump depuis son retour fracassant à la Maison Blanche, humiliés, marginalisés, rapetissés, voire méprisés, les pays du vieux continent sortent, peu à peu, de leur torpeur et se réveillent en sursaut avec la ferme détermination de prendre leur destinée en main.
C’est la tendance, en tout cas, qui prévaut actuellement en France notamment où la Gauche sonne, ces derniers temps, la mobilisation et tente d’éveiller les consciences pour résister à cette Amérique « trumpiste » qui agit comme un rouleau compresseur pour servir ses seuls intérêts, bousculant voire écrasant tout sur son passage, y compris ses alliés.
De Jean-Luc Mélenchon à François Hollande en passant par Raphaël Glucksmann, les dirigeants de la gauche française sont sur le pied de guerre, dispensant des conseils pour se défendre des coups de boutoir de Washington. La France Insoumise (LFI) estime ainsi que la « principale menace qui plane sur la paix mondiale vient de l'impérialisme hégémonique américain ».
« L’oncle Sam organise méthodiquement sa confrontation avec la Chine et pour y arriver les Américains doivent mettre à genoux l'Europe et l'Amérique latine », analysait, il y a quelques jours sur France 2, Jean-Luc Mélenchon, le fondateur de ce mouvement. Pour sortir de l’ornière et trouver une issue à cette situation compromettante pour l’avenir de l’Hexagone, LFI plaide en faveur d’une « indépendance absolue » vis-à-vis des Etats-Unis et un « non alignement » effectif.
Dans les faits, cela veut dire d’abord un retrait de la France de l’Otan. Non pas pour approfondir la défense européenne, mais pour « nouer des alliances de manière autonome » avec des pays de tous les continents ».
Cela signifie aussi arrêter de tourner le dos à la Chine et « terminer au plus vite la guerre en Ukraine pour réintégrer la Russie dans le concert européen », préconise Jean-Luc Mélenchon.A quelques menues nuances près, le même son de cloche se vérifie chez Raphaël Glucksmann.
Le très europhile président de Place publique, lui, croit dur comme fer à la puissance européenne pour faire face à Trump. « Nous ne sommes pas sans moyen de pression sur l'économie américaine. Il nous manque juste la volonté de les utiliser », expose-t-il tout récemment sur X.
François Hollande n’y va pas, lui aussi, avec le dos de la cuillère quand il s’agit de critiquer les frasques de Donald Trump : la présidence américaine organise aujourd'hui un « système de dépouille et de prédation », où la « suprématie » a remplacé la démocratie comme justification de l'intervention, déclarait récemment l’ancien président français.
Pour se défendre, « il faut à la fois convoquer le droit international mais aussi se faire respecter et savoir jouer le rapport de force en misant sur l’économie, car si le pouvoir d'achat diminue outre Atlantique, le mécontentement de l’électorat américain peut se répercuter lors des midterms », estime l’ancien patron de l’Elysée.
Il n’y a pas que la France qui se rebiffe, en fait, contre les dérives insupportables de celui qui se considère comme le potentat absolu qui règne sans partage sur le monde et décide du sort de tous les bipèdes de la planète. Un vent de mutinerie souffle en effet ces derniers temps sur l’Occident, semblable à bien des égards à la « révolte du Bounty ».
A l’instar de William Blight, le cruel capitaine de ce navire britannique dont la tragique saga a été portée à maintes reprises à l’écran, Donald Trump a fini par exaspérer pratiquement tous les alliés des Etats-Unis. Ces derniers sont de plus en plus tentés de tourner le dos à cette Amérique devenue imprévisible et donc pas du tout solvable. La récente visite effectuée en Chine par le Premier ministre Britannique confirme de manière éloquente ce constat et en dit long à ce sujet.
A l’issue de son périple au pays des Mandarins qui a irrité, comme il fallait s’y attendre, le président américain, le patron du 10 downing Street a livré des impressions on ne peut édifiantes et instructives : "Le monde est instable (...). Et nous devons donc composer avec cette instabilité mondiale. Mon principe directeur est l'intérêt national du Royaume-Uni", a-t-il insisté dans un entretien à des chaînes de télévision britanniques, en saluant les "opportunités" économiques ouvertes par sa visite en Chine.
C’est dans ce même cadre que s’inscrit l’alliance économique et stratégique scellée il y a quelques jours par l’Union Européenne et l’Inde. Ce pacte d’envergure, qualifié « d’accord de tous les accords » va donner naissance à une zone d’échanges regroupant deux milliards de citoyens. Il repose sur une baisse drastique des barrières tarifaires et va permettre surtout à l’Union européenne et à l’Inde de « tracer une voie autonome, s’affranchissant de l’imprévisibilité de la politique étrangère américaine».
Signe des temps, même le Canada, que Trump veut transformer en 51ème Etat américain, s’y met sérieusement. Pour rappel, le voisin outré des Etats-Unis s’est engagé, en janvier 2026, à renforcer sa coopération économique avec la Chine, initiant un « nouveau partenariat stratégique ». Véritable pied de nez à l’adresse du locataire de la Maison Blanche, cette démarche est un redéploiement inédit qui inaugure un changement majeur du Canada sur le plan géostratégique.
Finalement, on peut vraiment dire que tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle finit par se casser. En se prenant pour dieu sur terre, Trump s’est mis à dos tous les « mortels », contribuant ainsi à l’isolement de son pays sur la scène internationale. A trop tirer sur la corde, l’empire est en passe de se brûler en réalité les ailes, accélérant de fait le compte à rebours de sa propre chute…
C.B.
Salon international du livre du Caire: Les ombres du passé valent à Chakroun le prix Néjib Mahfoudh
En revisitant les zones d’ombre de l’Histoire, Nizar Chakroun signe avec « Les Jours du Fatimide assassiné » un roman ambitieux qui lui a valu le Prix Néjib Mahfoudh du roman arabe.
Belle distinction pour cet écrivain tunisien dont le nom et les écrits résonnent bien ces dernières années sur la scène littéraire arabe. L’écrivain tunisien Nizar Chakroun a réussi, lors de la cérémonie de clôture du Salon international du livre du Caire dans sa 57ème édition à faire tourner les têtes, en décrochant le Prix Néjib Mahfoudh du roman arabe, dans sa première édition, pour son roman « Les Jours du Fatimide assassiné ».
Lancée cette année par le Salon international du livre du Caire, à l’initiative de la fille de Néjib Mahfoudh et avec l’appui du ministère de la culture égyptien, cette distinction vise à mettre en lumière des œuvres qui interrogent le passé tout en éclairant les tensions du présent. Le prix a suscité un fort engouement, avec 208 romans soumis à la sélection.
Publié en 2025 par Dar Safsafa pour l’édition, en partenariat avec Dar Miskiliani, le roman s’inscrit dans une zone de frottement féconde entre histoire et fiction. À partir d’un meurtre survenu à l’époque fatimide, le récit déploie une narration subtile qui explore les ressorts du pouvoir, les zones grises de la justice et la fragilité des vérités officielles. Le passé n’y est ni décoratif ni figé : il devient un espace de réflexion critique, traversé par des questionnements qui résonnent avec les violences et les ambiguïtés du monde contemporain.
Se déployant entre la Tunisie et l’Égypte, « Les Jours du Fatimide assassiné » circule avec fluidité entre les époques et les territoires. Cette traversée géographique et temporelle confère au roman une densité singulière, où l’enquête historique se double d’une méditation sur l’humain, la responsabilité et la mémoire.
Attribué pour la première fois, le Prix Néjib Mahfoudh du roman arabe rend hommage à l’une des figures fondatrices de la littérature arabe moderne. Romancier majeur, chroniqueur attentif des sociétés arabes, Néjib Mahfoudh demeure le seul écrivain arabe à avoir reçu le Prix Nobel de la littérature, en 1988, consacrant une œuvre d’une portée universelle.
Il est ainsi à noter qu’avant cette prestigieuse consécration, l’œuvre avait déjà retenu l’attention de la critique en figurant sur la liste longue du Prix international de la fiction arabe 2026 (anciennement le Booker arabe), confirmant la place croissante de Nizar Chakroun dans le paysage du roman arabe contemporain.
Imen. A.
Encadré
L’auteur en bref
Né en 1970 à Sfax, Nizar Chokroun est maître de conférences à l’université tunisienne. Il a été élu en 2011 doyen de l’Institut supérieur des arts et métiers de Sfax et a également exercé comme conseiller culturel au ministère de la Culture à Doha. Auteur prolifique, il compte plus de vingt ouvrages, allant de la poésie au roman, en passant par la critique artistique et la traduction. Son parcours est jalonné de distinctions, parmi lesquelles le Prix national de la poésie en Tunisie et le Prix arabe de la critique des arts plastiques, décerné par le gouvernement de Sharjah.
Parmi ses romans figurent « Bint Sidi Raïs » (2011), « La Cloche et le Minaret » (2018) et « Zoul Allah » (2022), ce dernier couronné Prix Béchir Khraïef du meilleur roman tunisien en 2023.
















