Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Le sit-in des journalistes d’Al Chaâb et des employés de l’UGTT révèle l’ampleur de la crise financière que traverse la Centrale syndicale. Comment la nouvelle direction compte-t-elle rétablir ses équilibres ?
Décidément rien ne va plus au sein de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) qui va de crise en crise, " Le dernier sit in observé par les journalistes de l'organe d'information de l"UGTT, Al Chaâb, et des employés de la Centrale syndicale dit long sur la gravité de la situation. Et si le nouveau bureau exécutif n'est même pas en mesure d'honorer ses engagements vis-à-vis de ses propres employés, comment, il peut retrouver sa crédibilité auprès de ses adhérents et de l'opinion publique", nous dira, l'activiste et juriste, Salem Chérif.
En effet, le défi du nouveau bureau de l’UGTT est de reconquérir à la fois la base et l'État. Après justement, les dérives du passé, le nouveau bureau exécutif de la Centrale syndicale a hérité d'un passif lourd et pour de nombreux Tunisiens, l'UGTT est passée du statut de rempart national à celui de coresponsable de la crise économique qui sévit depuis la décennie précédente.
Pour notre interlocuteur : " Les grèves à répétition (notamment dans le secteur de l’enseignement sous l'égide de Lassaâd Yaâkoubi), le blocage de la production de phosphate ayant forcé la Tunisie à en importer et la fermeture de nombreuses entreprises ont profondément érodé sa popularité. À cela s'ajoutent des affaires de corruption qui ont entaché la crédibilité de certains dirigeants.
Aujourd'hui, le principal défi financier et politique consiste à rétablir le mécanisme historique du prélèvement automatique des cotisations des adhérents directement sur les salaires, suspendu par l'État pour affaiblir la Centrale ". Comment, de fait, la nouvelle direction envisage de rendre à l'Union ses équilibres sur tous les niveaux ?
Un avenir flou ...
Pour les observateurs, le nouveau bureau exécutif fait face aujourd’hui à un défi titanesque et en premier lieu rétablir le prélèvement automatique des cotisations sur les salaires, suspendu par l’État. A cet effet, l'activiste et juriste, Salem Chérif, estime que " sans argent, rien ne marche et une organisation de la taille de l'Union générale tunisienne du travail ne peut fonctionner et continuer à remplir son rôle sans une assise financière solide et stable ".
Et d'ajouter : " Si le dégel actuel des relations avec le gouvernement laisse entrevoir un espoir, un retour à l’ancien système ne se fera pas sans contreparties strictes. Le gouvernement imposera certainement ses conditions : Une paix sociale durable avec l'interdiction des grèves sauvages dans les secteurs vitaux. Une transparence financière totale pour rompre avec l'opacité du passé. Une autorisation explicite et individuelle signée par chaque fonctionnaire, mettant fin au prélèvement automatique par défaut.
L'autre volet porte sur la ligne de conduite que devrait adopter le nouveau bureau exécutif pour survivre, il doit opérer une rupture radicale. Il doit acter son mea culpa concernant les excès passés, écarter les membres corrompus et passer d'un syndicalisme de blocage à un syndicalisme de proposition pour redresser les entreprises publiques. Enfin, l'UGTT doit moderniser son modèle de financement en digitalisant les adhésions directes pour s'affranchir de la dépendance de l'État.
C’est à ce prix, entre transparence et responsabilité nationale, que la centrale pourra reconquérir la confiance des Tunisiens et assumer ses charges, notamment envers ses propres salariés d’Al Chaab ".
Le retour progressif du dialogue entre le gouvernement et la nouvelle direction de l’UGTT pourrait ouvrir la voie à une reconstruction de la confiance, condition essentielle pour rétablir la stabilité sociale et financière de la Centrale syndicale.
M.B.S.M.

