Par Chokri Baccouche
Drôle de planète dans laquelle nous vivons : sitôt on y chasse un virus que son cousin germain débarque illico pour prendre la relève. Après le Covid-19 et ses nombreuses souches qui ont crée pas mal de pépins à l’humanité, place à la nouvelle variante du virus Ebola. Celle-ci fait parler d’elle ces derniers jours en République démocratique du Congo où elle a généré une épidémie.
Parti de Bunia, fin avril, avec un premier cas impliquant un infirmier décédé après avoir développé de fortes fièvres et des vomissements, la maladie s’est propagée depuis à la vitesse éclair. Dans un pays en proie à une guerre civile particulièrement dévastatrice, la transmission du virus a été favorisée par les cérémonies funéraires et les déplacements de corps à travers les régions.
Le bilan qui s’alourdit au fil des jours fait état de 246 cas suspects et 87 décès. Et pour ne rien arranger les choses, les spécialistes ont confirmé la présence de la souche Bundibugya d’Ebola, une variante rare dont il n’existe ni vaccin homologué, ni traitement spécifique.
Depuis la nuit des temps, il est une réalité biologique et historique indéniable à savoir que les virus ont toujours cohabité avec l’homme. Mais c’est l’accélération de leur fréquence et le risque accru de transmission qui sont devenus aujourd’hui des enjeux majeurs. Plusieurs raisons sont à l’origine de la menace croissante générée par les virus dont notamment la densité urbaine.
Les mégapoles abritent en effet plus de 40% de la population mondiale. Dans ces espaces confinés bondés d’individus, le virus se sent comme un poisson dans l’eau et peut se propager en quelques jours à des millions d’individus. Dans un monde globalisé, les vols internationaux, les migrations et le tourisme accélèrent cette diffusion à l’échelle planétaire, rendant chaque pays potentiellement vulnérable.
La déforestation, le braconnage et l’urbanisation rapprochent, par ailleurs, l’homme à des virus inconnus. Ebola, la rage ou encore certains coronavirus circulent naturellement dans des populations animales. Chaque nouveau contact est un pari risqué : certains virus franchissent la barrière d’espèce et deviennent capables d’infecter l’homme. Les préjudices causés par les bipèdes à l’environnement retournent à l’envoyeur par effet boomerang.
En raison du réchauffement climatique, les experts s’accordent à penser que des centaines de virus qui dormaient depuis des millions d’années sous la glace en Sibérie ou dans les régions polaires, sortent peu à peu de leur longue hibernation et menacent de grossir la liste des agents infectieux actuellement en activité. Et comme si cela ne suffisait pas, Les virus mutent constamment, certains développant une résistance aux traitements existants.
Le Covid-19 a d’ailleurs montré que de nouvelles variantes pouvaient émerger en quelques semaines, modifiant la transmissibilité ou la gravité de l’infection. Pour tout dire, l’humanité n’est pas du tout à l’abri d’un scénario catastrophe si elle a affaire à un virus combinant une haute transmissibilité et une létalité élevée, comme cela s‘est produit dans la première moitié du siècle dernier avec la grippe espagnole qui a fait des millions de morts à travers le monde.
A ce tableau flippant s’ajoute bien évidemment l’utilisation des toxines à des fins militaires. Si l'utilisation empirique de substances contaminées remonte à l'Antiquité, le XXe siècle a vu le développement de laboratoires spécialisés capables de militariser des agents pathogènes. Même si leur usage est formellement proscrit par le droit international, les armes biologiques sont toujours en vigueur.
Les humains ne sont jamais à cours d’idées… saugrenues et inhumaines pour décimer, affaiblir ou neutraliser leurs propres congénères pour asseoir leur hégémonie ou imposer leur diktat. En cela, on peut vraiment dire qu’ils portent les… germes de leur propre destruction.
Qu’ils s’appellent Covid, Hantavirus, Ebola ou Bundibugya, les virus font planer le spectre des pandémies futures. En raison de leur vitesse de propagation et de leur potentiel particulièrement destructeur au double plan économique et sanitaire, ceux-ci s’imposent en véritable défi existentiel pour l’ensemble de l’humanité. Pour s’en sortir, la coopération internationale doit être impérativement aux avant-postes particulièrement en matière de surveillance et dans les domaines de la recherche et la prévention.
Le retrait, en janvier 2026, des Etats-Unis de l’Organisation mondiale de la Santé est un coup dur qui a privé l’agence onusienne de son plus gros contributeur financier. Par souci de salubrité planétaire, la communauté internationale doit se serrer les coudes et mettre la main à la poche afin de permettre à l’OMS de financer ses programmes de santé mondiaux et particulièrement ceux visant l’éradication et la prévention des maladies infectieuses.
La question ne doit pas se poser en principe car les virus ne connaissent pas les frontières et transcendent les limites géographiques de tous les pays. Et peu importe s’ils sont extrêmement riches ou particulièrement vulnérables et pauvres.
C.B.

