Par Imen ABDERRAHMANI
La saison sportive touche presque à sa fin : le championnat a livré ses verdicts, en attendant la Coupe de Tunisie, et les regards se tournent vers les grandes échéances internationales, notamment la Coupe du monde et les matchs de la Sélection nationale.
Au même moment, voilà le Mois du patrimoine qui tire doucement sa révérence (clôture hier, le 18 mai, au musée de Chemtou à Jendouba). Et si, entre ces deux temps forts, l’on prenait la mesure d’un autre héritage celui du football tunisien, dont l’histoire constitue à elle seule plusieurs chapitres de la mémoire nationale ?
Car en Tunisie, le ballon rond n’est pas qu’un sport. Il est un récit collectif, une chronique sociale, un fil rouge reliant les générations depuis plus d’un siècle. Des terrains improvisés de l’époque coloniale aux stades pleins à craquer d’aujourd’hui, le football accompagne les grandes mutations du pays et en reflète les espoirs, les tensions et les joies.
D’où cette idée qui revient comme une évidence : pourquoi ne pas imaginer un Musée national du football ? Un lieu vivant, capable de dépoussiérer la mémoire de tant d’équipes et d’hommes qui ont fait vibrer les foules avant et après l’indépendance. On y découvrirait des maillots chargés d’histoire, des trophées patinés par les décennies, des archives retraçant les premiers championnats, les derbies mythiques et les grandes conquêtes africaines et même mondiales.
Un siècle de stades, de chants, de légendes, de supporteurs…ça mérite d’être raconté et préservé dans un espace accessible à tous. Les visiteurs pourraient parcourir des galeries de photos d’époque, visionner d’anciennes vidéos de matchs devenus légendaires, écouter les commentaires radiophoniques qui ont marqué des générations. Une boutique viendrait prolonger l’expérience avec des objets souvenirs (mugs, tee-shirts, agendas etc.) permettant d’emporter chez soi un fragment de cette mémoire sportive.
Le musée raconterait l’histoire longue et mouvementée de nombreux clubs centenaires qui ont façonné l’imaginaire sportif du pays : l’Espérance Sportive de Tunis, fondée en 1919 à Bab Souika, le Club Africain, né en 1920 à Bab Jedid, le Sfax Railway Sport, pionnier du Sud, l’Union Sportive Monastirienne, entrée dans son deuxième siècle en 2023, l’Étoile Sportive du Sahel, centenaire depuis 2025… sans oublier le Club Sportif Sfaxien, fondé le 28 mai 1928. Mais la liste est loin d’être exhaustive.
Un musée du football serait aussi l’occasion de replonger dans la naissance d’autres clubs emblématiques, comme le Stade Tunisien, héritier des couleurs beylicales rouge et vert, qui lui valent son célèbre surnom de « Baklawa », en référence aux losanges de son emblème et de ses maillots.
Ou encore l’Olympique du Kef, fondé le 17 mai 1922, l’un des plus anciens clubs du pays, longtemps porte-drapeau du Nord-Ouest tunisien avec ses couleurs rouge, blanc et noir. Autant d’histoires, d’identités régionales et de symboles qui composent la riche mosaïque du football tunisien.
Mais au-delà des palmarès, ce musée raconterait surtout des histoires humaines : celles des quartiers qui vibraient les jours de match, des chants transmis de génération en génération, des héros d’un soir devenus légendes populaires.
À l’heure où le Mois du patrimoine s’achève, l’idée prend tout son sens : préserver la mémoire du football tunisien, c’est aussi préserver une part essentielle de notre patrimoine vivant. Un patrimoine fait d’émotions, de rivalités et d’un ballon qui, depuis plus d’un siècle, fait vibrer le pays sur le même rythme surtout lors des grands rendez-vous de l’Equipe nationale.
I.A.

