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Charlatanisme en Tunisie : 145000 escrocs pratiquent la sorcellerie au vu et au su des autorités...

Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI

 

La récente arrestation à Sousse d'une femme accusée de charlatanisme relance le débat concernant ce fléau qui touche toutes les classes sociales. Qu'en est-il de la lutte contre ce phénomène en Tunisie ?

L'on sait que le charlatanisme et la magie noire ne connaissent pas de frontières. Qu’il s’agisse, en effet, de pays en développement ou de nations industrialisées, ces pratiques traversent toutes les classes de la société.

Elles attirent les citoyens vulnérables mais aussi des personnalités publiques, des célébrités et des politiciens en quête de pouvoir ou de protection. " En période de crise socio-économique, la détresse psychologique et le coût prohibitif des soins de santé poussent de nombreuses personnes à chercher des solutions miracles.

Bien que la magie soit reconnue dans les textes sacrés, notamment le Coran, le marché clandestin de la sorcellerie exploite des rituels ancestraux ou macabres très ancrés dans l'imaginaire populaire ", nous dira la spécialiste en pédopsychiatrie, Mariem Letaiem. 

Comment sont, par ailleurs, pratiqués ces rituels? 

Selon notre interlocutrice : " L'utilisation de l'eau d'ablution d'un défunt ou la manipulation du couscous avec la main d'un mort en sont des exemples frappants de ces rituels. Ces croyances restent si puissantes qu'elles génèrent des récits d'emprise psychologique totale, à l'image des célèbres consultations d'un guérisseur capable de provoquer par exemple des mariages forcés ou des retours d'affection dits miraculeux ".

Et d'ajouter : " La charlatanerie partage certains aspects avec la magie, mais elle n’en porte pas les mêmes significations. Elle constitue une forme d’illusion, de tromperie et de mystification, ainsi qu’une prétention à détenir une bénédiction ou un pouvoir particulier. Elle repose sur l’habileté du charlatan à faire croire à l’individu qu’il accomplit des actes magiques fascinants pour le spectateur, alors qu’en réalité il n’en est rien.

Il s’agit donc d’une capacité à user de ruse et de manipulation sans recourir aux mêmes moyens que la magie mentionnée dans les religions révélées. En langue, ce terme désigne le fait de détourner une chose de sa véritable nature vers une autre ". 

Les témoignages autour de faits attribués à la sorcellerie et à la prétendue puissance de la magie noire ne cessent de se multiplier au sein de la société. Employé comme steward dans un pays arabe, un Tunisien était tombé éperdument amoureux d’une jeune femme du même pays. Mais lorsqu’il décida de demander sa main, la famille opposa un refus catégorique.

Désespéré, il fut alors orienté vers un puissant sorcier. Ce dernier lui annonça avec assurance que sa porte sonnerait à minuit. Cette nuit-là, exactement à l’heure dite, la jeune femme se présenta devant chez lui, comme poussée par une force qu’elle ne comprenait pas elle-même. Le steward, stupéfait par la scène, resta sous le choc face à cet événement aussi troublant qu’inexplicable. Justement que dit la loi tunisienne concernant ces délits ?

Flou...

Tous les experts sont unanimes quant à l'urgence de la promulgation d'une loi spécifique à ce délit. Pour l'avocat,  Me Houssem Eddine Ben Atiya : " Le droit pénal tunisien ne traite pas explicitement des crimes liés à la sorcellerie et au charlatanisme.

Toutefois, ces actes sont intégrés dans la catégorie de « l’escroquerie ». En effet, l’article 291 prévoit que « l’escroquerie est punie d’une peine d’emprisonnement et d’une amende pour toute personne ayant utilisé de fausses qualités ou recouru à des manœuvres frauduleuses afin de convaincre autrui de l’existence de projets fictifs, notamment par l’usage de procédés matériels ou de mises en scène destinés à tromper la victime et à lui faire croire à la véracité de ces allégations.

On ne peut pas lutter, toutefois, contre ce phénomène par la seule voie juridique ; il faut plutôt adopter une approche globale et mener une véritable révolution culturelle, accompagnée d’une réforme structurelle des programmes et du système éducatif. À cela s’ajoute le rôle de sensibilisation des médias, qui se trouvent parfois impliqués dans de telles pratiques dans le but d’attirer l’audience et de susciter le sensationnel.

Pis encore, certaines émissions télévisées diffusent des publicités pour des charlatans dans un but lucratif, en faisant croire qu’ils aident à trouver des solutions aux personnes en quête d’emploi, de mariage ou d’autres besoins ».

A noter que selon une étude réalisée par le sociologue tunisien Zouheir El Azzouzi et publiée en 2016, la Tunisie compterait 145 000 charlatans. Il considère que cela constitue la preuve la plus évidente que le nombre de charlatans dans le pays est presque le double de celui des médecins, lequel ne dépasserait pas 80 000, selon la même étude.

M.B.S.M.

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