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Editorial : Un drapeau, un geste, un but incroyable - Par Jalel Hamrouni

Il y a des instants où le sport cesse d'être un simple spectacle pour devenir miroir de l'histoire. Lundi dernier, sur le toit d'un bus à impériale qui traversait les rues en liesse de Barcelone, Lamine Yamal a offert au monde l'une de ces images qui ne s'effacent pas.

À 18 ans à peine, le prodige du FC Barcelone et de la Roja a brandi un drapeau palestinien devant des centaines de milliers de supporters venus célébrer le 29e titre de Liga des Blaugranas. Un geste spontané, mais dont la portée a traversé les continents comme une onde de choc.

Les images de ce moment se sont rapidement propagées sur les réseaux sociaux et dans les médias internationaux. En quelques heures, le monde entier avait les yeux rivés non plus sur le trophée du champion, mais sur ce rectangle de tissu vert, blanc, noir et rouge que tenait fièrement un adolescent au sommet de sa gloire. Un geste simple, humain, d'une évidence désarmante.

Car c'est cela qui distingue Lamine Yamal des idoles de carton fabriquées par les machines marketing du football moderne : il n'a pas calculé, il n'a pas consulté d'agent de communication, il n'a pas pesé les risques.

D'origine marocaine et guinéenne, musulman, il s'est déjà exprimé ouvertement sur des sujets liés à sa foi et à ses convictions personnelles. Ce jour-là, il a simplement agi en accord avec sa conscience. Et cette conscience lui a dicté de penser à Gaza au milieu de la fête.

La réaction ne s'est pas fait attendre. L’entité sioniste, habituée à instrumentaliser l'accusation d'antisémitisme pour museler toute critique, a sorti l'artillerie lourde. Le ministre de la Sécurité, Itamar Ben-Gvir, a dénoncé le drapeau palestinien comme "symbole du terrorisme", accusant le joueur de s'identifier à "une entité qui n'existe pas".

Plus grave encore, le ministre sioniste de la Défense, Israel Katz, a affirmé que Yamal avait choisi "d'inciter à la haine" contre son pays. Des supporters sionistes ont menacé de boycotter le FC Barcelone, d'annuler leurs commandes de maillots, de ne plus suivre les matchs du club. Le tout sur fond d'hystérie politique calculée.

Cette surenchère révèle, une fois de plus, l'impasse morale dans laquelle s'est enfermée la propagande sioniste. Quand agiter le drapeau d'un État reconnu par l'ONU devient un "acte d'incitation à la haine", quand la simple solidarité avec un peuple sous les bombes se transforme en crime, on mesure à quel point la réalité a été retournée.

Les véritables auteurs de crimes de guerre, ceux qui ont réduit Gaza en cendres, qui ont massacré des dizaines de milliers de civils, qui ont affamé des enfants, osent se poser en victimes d'un joueur de football de 18 ans portant un bout de tissu.

La réponse la plus cinglante à cette arrogance est venue de là où on l'attendait : du peuple espagnol et de son gouvernement. Pedro Sánchez, critique virulent de l’entité sioniste qui a qualifié la guerre menée à Gaza de génocide, a pris la défense de Yamal avec une netteté remarquable : "Ceux qui pensent qu'agiter le drapeau d'un État, c'est inciter à la haine, ont soit perdu la tête, soit sont aveuglés par leur propre indignité.

Lamine a simplement exprimé la solidarité avec la Palestine que ressentent des millions d'Espagnols. Une raison de plus d'être fier de lui." Ces mots, publiés sur X, ont résonné bien au-delà des frontières ibériques. L'action de Yamal s'aligne d'ailleurs sur la ligne diplomatique officielle de l'Espagne, qui reconnaît l'État de Palestine et a condamné les opérations militaires sionistes dans la bande de Gaza.

Le soutien de Lamine Yamal n'est pas passé inaperçu à Gaza. Des artistes d'un camp de réfugiés ont peint sur des décombres une fresque représentant le joueur brandissant un drapeau palestinien. Un camp de réfugiés. Des décombres. Une fresque. Voilà la réponse silencieuse et bouleversante d'un peuple qui survit sous les ruines, et qui trouve dans le geste d'un jeune champion une raison d'espérer que le monde ne les a pas complètement oubliés.

La guerre à Gaza a suscité une vague mondiale de protestations contre l’entité sioniste, qui s'est étendue aux domaines du sport et de la culture. Des manifestations ont traversé le football, le cyclisme, le basket-ball, les scènes musicales. L'Espagne fait partie des pays qui boycottent le Concours Eurovision de la chanson pour protester contre la participation d'Israël. Le geste de Yamal s'inscrit dans cette longue chaîne de consciences éveillées.

Ce qui s'est passé à Barcelone le 12 mai n'est pas un incident diplomatique. C'est une leçon de courage moral donnée par un adolescent à tous ceux ; dirigeants, institutions, fédérations sportives ; qui continuent de regarder ailleurs. Lamine Yamal a marqué ce jour-là son but le plus précieux. Non avec son pied droit, mais avec son cœur.

J.H.

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