Par Hassan GHEDIRI
Il est complètement absurde que la Tunisie, partageant avec ses voisins l’histoire et la géographie, réalise l'essentiel de son commerce avec des marchés situés de l'autre côté de la Méditerranée…
Lorsqu’il est question de faire le décryptage du bulletin mensuel publié par l’Institut national de la statistiques (INS) sur le commerce extérieur, analystes et chroniqueurs ont souvent tendance à axer toute leur réflexion sur le déficit astronomique et presque irrémédiable de que la Tunisie traine depuis belle lurette avec la Chine, la Turquie et la Russie.
Cette lecture manque toutefois de souligner un phénomène d’une importance flagrante et qui tend à aggraver le creusement du déficit commercial de notre pays. Il est question d’une très médiocre intégration commerciale de la Tunisie dans son environnement immédiat, en l’occurrence l’espace maghrébin.
Dans ce chapitre, le bulletin du commerce extérieur du mois d’avril 2026, publié mardi dernier dresse un constat sans appel. Au cours des quatre derniers mois, l’on souligne une chute de plus de 40% des exportations tunisiennes vers le Maroc. Même tendance constaté en ce qui concerne l'Algérie avec qui les échanges ont reculé de plus de 20%, exactement comme ç’a été le cas avec la Libye. Pendant ce temps, plus de 71% de nos ventes à l'étranger ont continué de prendre la direction de l'Union européenne.
Le commerce extérieur tunisien souffre d'un déséquilibre structurel persistant. Sur les quatre premiers mois de 2026, les exportations ont atteint 22,7 milliards de dinars contre des importations de 30,2 milliards, creusant un déficit commercial de 7,5 milliards de dinars. Le taux de couverture affiche certes une légère amélioration à 75,1% contre 74% en 2025, mais demeure insuffisant pour inverser une tendance lourde qui grève les réserves en devises du pays.
Ce déficit résulte principalement de la forte dépendance énergétique de la Tunisie dont la balance énergétique affiche, à elle seule, un déficit de 4,2 milliards de dinars. Mais au-delà du sacro-saint problème de dépendance aux énergies importées, la faible intégration géographique constitue un handicap majeur.
Il est complètement absurde que la Tunisie, partageant avec ses voisins l’histoire et la géographie, réalise l'essentiel de son commerce avec des marchés situés de l'autre côté de la Méditerranée. Une défaillance monumentale que certains ont souvent tendance à justifier par l’échec de l’union maghrébine annoncée depuis 1989 et demeurant aujourd'hui une coquille vide.
Pourtant, le potentiel est considérable. Les pays du Maghreb représentent un marché de près de 100 millions de consommateurs aux profils socio-économiques comparables à ceux de la Tunisie. C’est-à-dire des débouchés naturels considérables s’offrent aux exportations agroalimentaires et encore aux produits industries mécaniques et électriques moins exposés aux exigences des normes européennes et aux aléas du taux de change.
Accroitre les exportations vers le Maghreb permettraient également de réduire la vulnérabilité excessive vis-à-vis de l'Union européenne, dont le moindre ralentissement économique se répercute mécaniquement sur la balance commerciale de la Tunisie. Une intégration maghrébine effective signifierait aussi des coûts logistiques réduits, des délais raccourcis et une montée en gamme progressive des produits échangés.
H.G.

