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Le dinar a encore chuté face au dollar… : À quand la fin de cette politique de dévaluation… ?

Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI

Le dinar tunisien continue de reculer face au dollar : Jusqu’où cette dépréciation impactera-t-elle l’économie nationale et le pouvoir d’achat des Tunisiens ?

Selon les données de la Banque centrale de Tunisie (BCT), à fin mars 2026 et par rapport à son niveau à fin 2025, le dinar tunisien s’est déprécié de 1.5% vis-à-vis du dollar américain et de 0.2% face à l’euro. Néanmoins, il s’est apprécié de 1.7% par rapport au dirham marocain et de 0.4%, respectivement, à l’égard du yen japonais et du livre sterling. Quels sont les causes et les effets de cette dévaluation du dinar?

Pour l’économiste, Slah Moussa : « Le dinar tunisien a perdu environ 22 % de sa valeur depuis 2011, en raison de la politique de dépréciation menée par la Banque centrale. Cette politique avait pour objectifs déclarés de lutter contre l’inflation, de rééquilibrer la balance commerciale en soutenant les exportations et en réduisant automatiquement les importations selon les règles du marché, ainsi que d’augmenter les réserves en devises étrangères.

Malheureusement, les indicateurs révèlent une illusion entourant cette politique de dévaluation du dinar, car l’analyse des résultats financiers montre exactement l’inverse des objectifs recherchés : aggravation du déficit commercial, baisse des réserves en devises, hausse de l’inflation et augmentation du service de la dette.

En chiffres, la baisse du dinar a causé des pertes estimées à 18 milliards de dinars, une augmentation du service de la dette de 8 % à 13 %, ainsi qu’une réduction des budgets de plusieurs ministères et institutions publiques assurant des services sociaux essentiels aux citoyens. Les conséquences sont, en effet, plus que négatives sur l’accès des citoyens à leurs droits aux services de base, notamment les soins de santé et les médicaments ».

Sonnette d’alarme déclenchée

Outre les conséquences financières, la dépréciation du dinar a lourdement affecté les secteurs stratégiques de l’économie nationale notamment ceux à caractère social. Selon, en effet, notre expert : « La Banque centrale a commencé en 2016 dans le cadre de l’avancée de l’orientation économique libérale en Tunisie, amorcée depuis les années 1970. Cette orientation visait à soustraire la monnaie et la politique monétaire à l’influence politique pour les confier à des techniciens considérés comme neutres et objectifs, dans le but d’atteindre une plus grande efficacité économique.

Une approche qui n’a pas donné les résultats escomptés. Bien au contraire plusieurs secteurs ont été gravement touchés dont, à titre d’exemple, le secteur pharmaceutique lequel a subi un choc direct à cause de la baisse du dinar, et chaque diminution se répercute sur les citoyens, les pharmacies privées et la Pharmacie centrale. Cela se manifeste soit par la disparition de certains médicaments du marché, soit par une hausse des prix, soit encore par l’incapacité de la Pharmacie centrale à importer des médicaments faute de pouvoir les payer en devises étrangères, ou par l’impossibilité de produire localement certains médicaments en raison de la dépendance à l’importation des matières premières ».

Et d’ajouter : « La baisse du dinar affecte négativement les PME tunisiennes, car elles importent leurs matières premières et effectuent de nombreuses transactions en devises étrangères, dont la valeur a fortement augmenté par rapport au dinar. Elles sont donc contraintes de réduire leur activité ou leurs effectifs, ce qui les expose à de nombreuses difficultés. Pis encore, la Banque centrale n’a jamais pris de décision spécifique en faveur des petites et moyennes entreprises.

Il est, alors, nécessaire pour la Banque centrale de Tunisie de revoir son rôle afin qu’elle soit capable d’assurer la stabilité financière et bancaire, la stabilité des prix, le développement économique, et de mettre en place une législation permettant de la rendre responsable de ses politiques. Cela exige également l’instauration d’une culture de l’évaluation et à publier des rapports spécialisés destinés au public et aux experts, ce qui, fait actuellement défaut ».

Face à une inflation persistante, à un pouvoir d’achat sous pression et à des secteurs vitaux fragilisés, la question devient désormais incontournable : jusqu’où le dinar tunisien peut-il encore reculer avant qu’un véritable changement de cap économique ne s’impose ?

M.B.S.M.

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