Par Chokri Baccouche
Ça ronflait depuis quelques temps, désormais ça va pétarader comme le tuyau d’échappement libre d’une vieille moto. La raison ? Le baril de pétrole vient de dépasser la barre des 100 dollars sur le marché international, un seuil qui rappelle des épisodes économiques dramatiques comme ceux de 2008 et 2014.
Exception faite des multinationales pétrolières et de quelques nababs de l’or noir qui vont certainement se mettre plein les poches et profiter un max de cette aubaine, c’est la galère pour l’écrasante majorité de la population mondiale qui n’en finit pas de tirer le diable par la queue. Le blocus imposé par la Maison Blanche sur le détroit d’Ormuz par où transite une part importante des besoins de la planète en énergie fossile est certainement passé par là.
Depuis quelques temps déjà, le monde a subi de plein fouet les effets pervers de la sordide guerre américano-sioniste contre l’Iran. Les chiffres nous apprennent en effet qu’entre janvier et mai 2026, le prix moyen de l’essence à la pompe a augmenté de plus de 18% dans l’Union européenne et plus de 12% aux Etats-Unis.
Plus révélateur encore : le coût moyen d’un plein de 50 litres est désormais équivalent à deux semaines de courses pour une famille moyenne dans plusieurs pays. Le constat est donc flippant et au rythme où vont les choses c’est-à-dire pas du tout pour le mieux dans un monde aux abois, le pire est désormais à craindre.
Cette flambée inquiétante des cours du pétrole n’est pas sans rappeler la crise de 2008 qui a vu le baril caracoler à près de 147 dollars, entraînant une terrible récession mondiale. Aujourd’hui, même si le chiffre est inférieur, le contexte, en revanche, est plus préoccupant selon les experts et ce, en raison de la stagnation des salaires et de l’inflation galopante qui sévit un peu partout dans le monde, y compris dans les pays industrialisés.
Au cœur de tous les biens de consommation, le pétrole, on le sait, devient un sacré problème quand son prix dépasse un certain seul jugé raisonnable. Dans ce cas, tout devient plus cher : du transport à l’électricité en passant par l’alimentation, la production industrielle et tutti quanti… les tarifs sont inévitablement révisés à la hausse. Au final, le consommateur est forcé de boire bien évidemment la tasse et payer plus cher ses besoins.
Ce dernier est doublement sanctionné car son pouvoir d’achat, déjà mis à mal par les hausses régulières des prix des produits de consommation courante, fond comme beurre au soleil. La flambée des cours du pétrole n’est jamais un phénomène isolé. Elle résulte à la fois de la spéculation sur les marchés financiers, de tensions géopolitiques dans des zones productrices et d’un modèle économique qui privilégie les profits à court terme sur l’intérêt général.
Les conflits armés, même à distance, servent souvent de justification à la hausse des prix, mais la logique est toujours la même : créer un climat d’incertitude qui fait grimper la valeur de barils et enrichit quelques multinationales au détriment de milliards de consommateurs. Le hic, c’est que le même scénario se répète inlassablement depuis des décennies comme un long feuilleton tragique qui n’est pas près de connaître malheureusement de sitôt son épilogue.
Si elle est directement liée aux tensions prévalant autour du détroit d’Ormuz, la volatilité des prix de l’or noir est aussi la conséquence logique de l’absence d’une solution politique à la crise moyen-orientale. Le rejet par Donald Trump de la proposition iranienne, jugée inacceptable, donne à penser qu’on n’est pas sorti de l’auberge et que l’impasse risque de perdurer encore et pour longtemps apparemment.
L’obstination du président américain à imposer coûte que coûte son diktat et ses desideratas complique la situation et annihile inévitablement toute perspective d’une résolution de la crise par la voie diplomatique.
La flambée en cours du prix de l’or noir rappelle brutalement l’urgence pour un pays comme la Tunisie de développer des alternatives au pétrole. Pour s’en prémunir, notre pays doit impérativement promouvoir tous azimuts les énergies renouvelables qui offrent un potentiel de développement très bon marché et disponible à profusion.
C’est en réduisant à sa portion congrue sa dépendance aux carburants fossiles que la Tunisie pourra tirer à l’avenir son épingle du jeu dans un environnement international particulièrement instable et sujet à des tensions cycliques. En misant sur les énergies renouvelables, la Tunisie fait non seulement un choix écologique de première importance à haute valeur économique, mais promeut également et surtout un vecteur de justice sociale…
C.B.

