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Editorial : Un casse-tête chinois - Par Hassan GHEDIRI

Les climatologues et les météorologues qui passent leur temps à analyser d’immenses quantités des données satellitaires alimentant les modèles de prévisions et qui confirment aujourd’hui l’accélération sans précédent du dérèglement du climat, tendent à croire que nous vivons l’année qui battra les records des températures les plus élevées à l’échelle du monde. Et pour cause les océans, ces gigantesques réservoirs de chaleur qui jouent un rôle central dans la régulation du climat terrestre, sont en surchauffe.

Une alerte mondiale venait d’ailleurs d’être lancée par l’observatoire européen Copernicus qui a estimé dans une note diffusée vendredi dernier que le monde se dirige tout droit vers de nouveaux records de températures. L’observatoire suppose d’autre part que le retour quasi-inévitable du phénomène "El Nino" qui libère la chaleur stockée dans l’océan Pacifique et contribue à l’accélération des températures mondiales, fera grimper le mercure à des niveaux jamais atteint et fera peut-être de l’année 2027, l’année la plus chaude de l’histoire. 

Une hausse considérable du mercure expose les pays les plus affectés au réchauffement du climat à un défi énergétique majeur, parce que la chaleur extrême entraine systématiquement une augmentation de la demande d’électricité. La Tunisie qui produit l’essentiel de son énergie électrique à partir du gaz naturel qui est de surcroit à plus de 90% importé, devait prendre très au sérieux l’alerte de Copernicus.

La STEG, qui se débrouille comme elle peut, chaque été, pour empêcher l’effondrement de son réseau et éviter un black-out général lorsque la consommation dépassant la capacité de production, est la mieux placée pour prédire ce qui nous attend si rien n’a été fait.

C’est un vrai casse-tête chinois qui exige à l’Etat de prendre des décisions urgentes, fermes et efficaces. Quand les épisodes caniculaires se multiplieront et se succèderont dans les années à venir comme peuvent désormais le confirmer tous les climatologues par des données scientifiques discutables, la demande de l’électricité va s’envoler littéralement en Tunisie pendant les mois d’été.  Il s’agit là de l’une des problématiques majeures qui inquiètent les scientifiques et les gouvernements d’autant plus qu’elle met le monde dans une situation complètement paradoxale.

Au fur et à mesure du réchauffement du climat, l’usage des équipements de climatisation s’accentue et se généralise, et plus les climatiseurs sont utilisés, plus la consommation d’électricité et des énergies fossiles augmente et plus l’émission du gaz à effet de serre s’accentue aggravant davantage le réchauffement du climat. C’est donc un cercle vicieux dans lequel est engagé le monde entier et qui il revient aux dirigeants de tous les pays d’honorer les engagements climatiques.

Dans le monde, l’on estime le nombre de climatiseur à environ 2 milliards qui devait être multiplié par deux à l’horizon de 2050. L’autre paradoxe, c’est que ce sont les pays qui contribuent le moins aux émissions et donc au réchauffement de la planète qui sont en passe d’être plus touchés par les vagues de chaleur et à subir une facture énergétique de plus en plus exorbitante. C’est le cas de la Tunisie qui ne va apparemment pas pouvoir réduire concrètement l’impact du réchauffement du climat sur sa facture énergétique.

La volonté existe certes, mais les actions ne sont pas encore à la hauteur des défis. L’Etat qui possède des milliers de bâtiments occupés par des dizaines de ministères et d’administrations et des centaines de sous directions de services publics, serait sans conteste, un des consommateurs les plus énergétivores. C’est à lui qui incombe la responsabilité de faire des choix permettant d’atténuer les effets du réchauffement du climat et de rationnaliser la facture énergétique.

L’urgence nécessite de lancer des actions tous azimuts à même d’anticiper le surcout énergétique lié au réchauffement du climat. L’action lancé ces derniers jours par Agence nationale pour la maitrise de l’énergie (ANME) est une bonne initiative qui devait se généraliser. L’agence vient de lancer une opération ciblant des dizaines de bâtiments publics et qui consiste à remplacer dix milles climatiseurs obsolètes et énergivores par des nouvelles unités plus efficaces.

Un fond de 200 millions de dinars sera débloqué dans le cadre d’un partenariat avec la coopération allemande pour le déploiement massif de l’énergie solaire dans les établissements publics avec comme objectif de réduire de 30% la consommation de l’électricité. Pour changer la donne, de telles actions devraient toutefois s’intégrer dans une stratégie nationale visant tous les secteurs avec des objectifs claires, quantifiés et limités par des échéances précises.

H.G.

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