Par Imen ABDERRAHMANI
À Radès, une constellation d’artistes tunisiens explore les strates du temps et de la mémoire à travers l’exposition collective « Palimpseste et anticipation », une traversée sensible où passé et futur dialoguent sous le même toit. Détails.
Les portes du Musée Safia Farhat, Centre des Arts Vivants de Radès, s’ouvriront aujourd’hui, à 11h00, sur un territoire d’images, de matières et de récits superposés.Plus de vingt artistes plasticiens tunisiens y dévoileront leurs œuvres dans le cadre d’une exposition collective placée sous le signe du « Palimpseste et anticipation », visible jusqu’au 30 mai. Une invitation à parcourir la mémoire comme on traverse une ville ancienne : en découvrant, sous chaque surface, l’ombre persistante d’un autre temps.
Cette exposition collective voudrait « présenter des lectures du monde mêlent plusieurs référents, plusieurs niveaux de sens, renvoyant à des strates multiples, certaines largement révolues, d’autres encore perceptibles sous forme de traces, mais toutes conditionnant celles qui leur succèdent. Le palimpseste résume cet empilement de significations où le passé affleure sous le présent », lit-on sur les notes de présentation de ce rendez-vous artistique printanier.
Baker Ben Fredj, Sonia Ben Slimane, Oumeima Ben Soltane, Alaeddine Boutaleb, Amel Bouslama, Amar Briki, Najet Dhahbi, Dhia Dhibi, Hela Djobbi, Slim Drissi, Aicha Filali, Emna Ghezaiel, Adnen Haj Sassi, Amine Inoubli, Imed Jemaiel, Halim Karabibene, Raouf Karray, Sadri Khiari, Ibrahim Matouss, Atef Mataallah, Insaf Saada, Nabil Saouabi et Walid Zouari composent ce chœur visuel. Leurs œuvres, multiples dans leurs formes et leurs langages, partagent une même pulsation : celle d’interroger le passage du temps, la trace et l’identité.
Car le palimpseste, avant d’être une métaphore, est un geste. Dans l’Antiquité, il désignait ce parchemin gratté pour accueillir une nouvelle écriture, sans jamais effacer totalement la précédente. Le terme a glissé vers l’imaginaire contemporain pour évoquer toute surface où se déposent, s’effacent et ressurgissent des couches de sens. Une ville, un paysage, un corps social : autant de territoires où les strates s’accumulent et dialoguent en silence.
Du passé, s’esquisse le futur
L’exposition propose précisément ces « lectures du monde » qui mêlent référents et temporalités. Les œuvres ne se contentent pas de regarder le passé mais elles le laissent affleurer sous le présent.
Ici, la mémoire n’est pas figée : elle devient matière plastique. Pigments superposés, surfaces griffées, collages, installations et volumes suggèrent que l’identité se construit par sédimentation.
Chaque couche raconte une histoire, mais c’est leur coexistence qui donne naissance à une vision du monde. Les artistes semblent dire que nous sommes faits de ces accumulations invisibles, et que tenter de les effacer reviendrait à perdre une part de nous-mêmes.
L’exposition va au-delà également pour interroger la mémoire d’un lieu, de ce centre d’art qui accueille cette exposition, qui est lui-même un palimpseste vivant : au fil des saisons, il abrite des univers artistiques multiples, voit éclore des rêves, naître des débats, s’affronter des idées. Les murs deviennent témoins d’un dialogue continu entre générations et sensibilités.
Mais l’anticipation, seconde moitié du titre, ouvre une autre perspective. Multiplier les strates, c’est aussi imaginer celles qui viendront. Les artistes esquissent des futurs possibles, sautent à pieds joints dans d’autres espaces- temps, suggèrent que la mémoire n’est pas seulement héritage : elle est matière à invention.
Ainsi, l’exposition se lit comme une traversée poétique du temps : une invitation à regarder autrement les traces qui nous habitent, et à imaginer celles que nous laisserons derrière nous. À Radès, l’art devient une écriture continue, jamais effacée, toujours recommencée.
I.A.

