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Banques tunisiennes : Fin de la récréation pour le système rentier ?

Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI

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Le gouverneur de la BCT presse les banques tunisiennes de simplifier leurs procédures et d'appuyer l'économie. Quelles solutions pour rompre avec un système souvent jugé rentier et immobile ?

La Banque centrale tunisienne a annoncé la création d’un groupe de travail chargé d’élaborer une feuille de route pour relancer l’économie locale. Cette décision a été prise lors d’une réunion réunissant les responsables des banques locales afin d’échanger des points de vue sur « le rôle des banques dans le financement de l’économie locale et les perspectives du secteur bancaire », dans le cadre des rencontres périodiques entre la Banque centrale et le secteur bancaire, selon un communiqué publié mercredi dernier par la Banque centrale tunisienne.

Au cours de la réunion, le gouverneur de la Banque centrale tunisienne, Fathi Zouheir Nouri, a déclaré qu’un groupe de travail avait été mis en place sous la supervision du Conseil bancaire et financier, avec pour mission de proposer une feuille de route opérationnelle pour relancer l’économie dans un délai ne dépassant pas un mois.

Il a ajouté que ce document définira des engagements concrets pour le secteur bancaire afin de renforcer le financement de l’économie et de soutenir les petites et moyennes entreprises, tout en ouvrant une nouvelle phase de développement du secteur.

Il a souligné l’importance du rôle des banques dans le financement des PME, des investissements productifs et des secteurs à forte capacité de développement et de création d’emplois. Pourquoi cette prudence exagérée des banques tunisiennes ? Selon l'expert en économie et finances, Mohamed Salah jennadi : « Le gouverneur a également appelé à « un repositionnement stratégique du secteur bancaire », estimant que « la période actuelle constitue un tournant décisif ».

En effet, le secteur bancaire tunisien doit passer d’une phase de prudence à une phase d’engagement, et d’une logique de résilience à une logique de croissance.  Le principal défi réside, désormais dans la capacité à transformer l’épargne en investissement productif au service de la croissance d'où la nécessité de renforcer la confiance entre les banques, les citoyens et les entreprises, à travers une amélioration continue de la qualité des services, une plus grande transparence des tarifs et une simplification des procédures.

Rompre avec l'immobilisme...

Qualifié de rentier, le système bancaire tunisien a profité durant ces dernières décennies de privilèges et de lois taillées sur mesure pour faire gagner de l'argent aux " groupes familiaux " qui dominent ce secteur au détriment des entreprises et des clients, " C'est l’effet direct du monopole. Lorsque des groupes bien déterminés dominent le marché, c'est toute l'économie qui est affectée", nous dira notre expert du jour. Et d'ajouter : " La solution réside en la création de banques spécialisées dans le financement équitable des entreprises.

La Poste tunisienne peut constituer un alternatif en la transforment en une banque sociale au service de l'économie et des entreprises notamment les PME. A rappeler que l’Organisation de coopération et de développement économiques a révélé que cinq grandes entreprises industrielles ont contrôlé, en 2019, plus de 60 % des revenus des principales entreprises privées en Tunisie.

Elle a également indiqué que ces entreprises dominantes entretiennent désormais des relations directes avec les banques, ce qui pourrait réduire l’accès des autres entreprises aux financements".

Au-delà des injonctions, la véritable rupture pourrait venir d'une remise en cause du monopole actuel. Entre la transformation de la Poste tunisienne en bras armé financier et l'émergence de banques spécialisées, les pistes existent pour contourner l'immobilisme des grands groupes. Le secteur bancaire est à la croisée des chemins : soit il accepte de devenir le moteur de l'investissement productif, soit il s'expose à une restructuration forcée par la nécessité d'une justice économique plus équitable.

M.B.S.M.

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