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Editorial : Un navire à la dérive...

Par Chokri Baccouche

Les États-Unis semblent aujourd’hui prisonniers du piège délibérément construit par le président américain Donald Trump dont la politique étrangère ressemble à la canne d’un aveugle, tant il est vrai qu’on ignore toujours dans quel bourbier elle peut se fourrer.

Enlisé dans la crise iranienne, le pays de l’oncle Sam avance comme un géant amblyope sur un terrain miné, incapable de tracer une stratégie cohérente, encore moins de trouver une voie d’issue qui lui permettre de s’en sortir la tête haute.

Ni guerre, ni accord :  le statu quo américain prévalant depuis le début de la trêve fragile entre Téhéran et la coalition américano-sioniste, ressemble à une impasse prolongée, où chaque geste n’est dicté ni par la prudence ni par l’intérêt national, mais par la nécessité de satisfaire un allié dont les choix belliqueux dictent la politique américaine.

On l’aura certainement deviné, il s’agit d’Israël. Fervent opposant à tout compromis avec l’Iran,  l’Etat hébreu est devenu en effet, avec ses exigences maximalistes et ses pratiques génocidaires, le véritable chef d’orchestre de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient.

Washington  menace, sanctionne, déploie ses forces, mais toujours avec un œil sur Tel-Aviv. Toute velléité de négociation est aussitôt freinée par le Premier ministre sioniste Netanyahu et la clique extrémiste de son gouvernement dont les exigences sonnent comme un ordre que l’administration américaine se doit d’appliquer sans broncher, même si cela ne mène, en définitive, à rien.

Chaque geste de la Maison Blanche obéit à la nécessité de rassurer le protégé israélien qui réclame sans cesse confrontation et agressions. A la longue, l’Amérique s’est retrouvée ainsi otage d’un allié  belliqueux et embarrassant, plus déterminé à imposer sa propre vision apocalyptique qu’à sécuriser la région qu’il cherche par tous les moyens à mettre sous sa botte.

Il faut dire que depuis des années, Washington joue avec le feu au Moyen-Orient, alternant sanctions étouffantes, démonstrations de force spectaculaires. Le tout sur fond d’une politique étrangère inique qui a généré d’effroyables souffrances parmi les populations civiles dans les territoires occupés, au Liban, en Syrie et en Irak, entre autres.

Cette politique particulièrement agressive menée tambour battant durant de longue décennie n’a fait que plonger toute la région dans les affres du chaos et de l’instabilité permanente.

La crise actuelle marquée par une énième et sordide guerre larvée qui a conduit notamment à la fermeture du détroit d’Ormuz n’est, en définitive, que la conséquence logique de cette politique hasardeuse et extrêmement dangereuse privilégiée par les Etats-Unis qui accumulent les erreurs et les coûts, militaires et diplomatiques.  Des erreurs qui portent non seulement préjudice aux intérêts américains mais également et surtout au reste du monde.

Quand l’Amérique se soûle en déclenchant à tout va des guerres à n’en plus finir, c’est toute la planète, paradoxalement, qui se réveille le matin avec une terrible gueule de bois.

La flambée des prix du pétrole sur le marché international avec tous les heurs et malheurs qui s’en suivent pour de nombreuses économies dans le monde, ont pour principale origine les décisions irréfléchies et hasardeuses prises sous les lambris de la Maison Blanche et l’œil vigilent des va-t-en guerre de l’administration américaine.

Entre arrogance, mauvaise anticipation et obsession de l’image internationale, Washington s’enfonce dans un bourbier moyen-oriental qu’elle ne contrôle plus. L’illusion de puissance s’effrite : le pays de l’oncle Sam qui prétend imposer l’ordre se retrouve spectateur impuissant d’une crise qu’il ne sait plus résoudre.

En fin de compte, l’enlisement américain dans la crise iranienne est bien plus qu’un simple échec stratégique : c’est la preuve qu’une puissance mondiale peut devenir l’otage des choix d’un allié dangereux aux intentions douteuses, incapable de tracer sa propre route et condamnée à naviguer dans l’incertitude. Ni guerre, ni accord, juste une paralysie qui coûte cher à tous – sauf peut-être à ceux qui tirent les ficelles en coulisse.

Dans ce climat morose marqué par l’expectative et l’incertitude, les alliés des Etats-Unis dans la région regardent, sceptiques et inquiets, le développement de la situation au moment où l’Iran observe, imperturbable, et manœuvre avec l’assurance de celui qui sait que l’adversaire est pris au piège de ses propres contradictions.

Les dirigeants iraniens, en fins manœuvriers rompus aux aléas et aux vicissitudes des dures épreuves savent, en effet, que l’Amérique s’est engagée dans un labyrinthe dont elle ignore la sortie, accumulant erreurs sur erreurs et donnant l’impression d’un navire à la dérive qui a perdu le nord en pleine bourrasque…

C.B.

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