Si les Etats-Unis qui, depuis le retour fracassant de Donald Trump à la Maison Blanche pour son second mandat, ont considérablement augmenté leurs barrières tarifaires contre plusieurs pays africains avec des taxes atteignant parfois 50% pour certains produits, la Chine fait exactement le contraire. Depuis le 1er mai, le deuxième plus grand marché de consommation et d’importation au monde est en effet totalement ouvert pour la quasi-totalité des produits en provenance de 53 pays africains.
La politique d’exonération des droits de douanes mise en place par Pékin fin 2024 au profit de 33 pays africains, s’étend ainsi sur pratiquement l’ensemble du continent, excepté l’Eswatini (qui reconnait la souveraineté de Taïwan). Limité dans un premier temps aux pays africains les moins avancés (pauvres), cette politique « zéro droits de douanes » adoptée par la Chine et qui n’exige aucune réciprocité, s’étend désormais aux 20 autres Etats, dont la Tunisie, elle sera appliquée pendant deux ans.
En supprimant ses barrières douanières, Pékin dit vouloir corriger une relation commerciale structurellement asymétrique et aider ses partenaires africains à renforcer leur exportation et soutenir leur développement.
Les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont littéralement explosé durant les vingt-cinq dernières années. Entre 2001 et 2025, ils ont tout simplement été multipliés par 10, passant de 34 milliards d’euros à plus de 300 milliards d’euros. Le cas de la Tunisie, qui traine une balance commerciale structurellement et historiquement déficitaire avec la Chine, peut toutefois résumer les difficultés rencontrées par les entreprises africaines à percer l’immense marché de la deuxième plus grande économie mondiale.
Les Chinois vendent aux Africains des voitures électriques, des panneaux solaires ou encore de l’électroménager, et dans l’autre sens, ils importent des produits miniers, du pétrole brut, du cuivre, du minerai de fer et aussi beaucoup de produits agricoles. La liste des produis échangés est assez longue mais, examinée de très près, elle peut néanmoins s’avérer trompeuse. C’est, sans conteste, la Chine qui tire le plus profit de ces échanges.
Le déséquilibre est abyssal comme peut le démontrer les résultats de 2025 qui fait un déficit global avoisinant les 100 milliards d’euros au détriment du continent africain. La Tunisie, si elle espère tirer son épingle du jeu dans cette nouvelle dynamique commerciale que la Chine envisage de créer avec ses partenaires africains, doit accélérer les réformes pour améliorer le climat d’affaires, renforcer la compétitivité des entreprises tunisiennes et soutenir l’exportation du made-in-Tunisia.
Dans une tribune consacrée au même sujet et publiée samedi dans la Presse, l’ambassadeur de Chine en Tunisie, Wan Li a expliqué que la Chine et la Tunisie se sont déjà mises d’accord sur le texte de l’accord-cadre. Il a estimé qu’il serait souhaitable que les deux parties accélèrent leur communication et leur coordination en vue de sa signature rapide, et lancent des négociations sur des arrangements pour parvenir à un accord dans les meilleurs délais.
S’agissant des produits tunisiens pouvant susciter l’intérêt des consommateurs chinois, il semble que l’huile d’olive sera le produit le plus convoité. Certes, il ne sera pas du tout facile pour les entreprises tunisiennes de partir immédiatement à la conquête du marché chinois, pour au moins des considérations logistiques, mais demeure crucial pour l’Etat de ne pas chercher à profiter du « zéro droit de douane » chinois pour l’unique objectif d’écouler son huile d’olive.
Etant un avantage exceptionnel et limité dans le temps, la politique de droits de douane nuls ne peut remédier aux déficit structurel colossal que traine la Tunisie vis-à-vis la Chine. Le vrai défi pour notre pays c’est de savoir et pouvoir développer, à long terme le potentiel d’exportation vers cet immense marché. Pour ce faire, il faut parvenir à accroitre et à diversifier production. Il est donc primordial d’identifier les secteurs à fort potentiel d’exportation de les accompagner à travers des mesures ciblées de soutien à la production et à la mise aux normes internationales.
Une diplomatie économique active doit également être engagée pur renforcer la visibilité des produits tunisiens auprès des consommateurs chinois. En parallèle, un plan logistique ambitieux est nécessaire, avec la rénovation des ports, la facilitation des exportations et le développement de liaisons maritimes directes avec les ports chinois. L’ouverture aux produits tunisiens, pendant deux ans et sans aucun droit de douane, d’un marché de plus d’un milliard de consommateurs, est, certes une grande aubaine, mais elle est aussi et avant tout une rude épreuve.
H.G.
