Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
A chacun son plan pour les Tunisiens qui doivent composer avec des prix exorbitants afin de respecter la tradition et célébrer la fête de l’Aïd El Kebir malgré une réalité économique très difficile...
A trois semaines du jour-J-, les Tunisiens sont aux abois face à des prix exorbitants du mouton de l’Aïd. Et même si l’Etat va injecter 45 mille têtes sur le marché, rien ne dit que les prix vont baisser. « Il n’y a aucune différence entre les points de vente organisés et les autres, les prix sont très élevés », nous dira, Mondher, fonctionnaire de son état. En effet, à l’approche de l’Aïd al-Adha, il est devenu évident que la cherté des moutons est sur toutes les lèvres.
La majorité des citoyens que nous avons rencontrés ont exprimé leur mécontentement face à la hausse des prix, estimant que le bétail destiné au sacrifice est cette année hors de portée pour une large frange des Tunisiens. L’une des citoyennes interrogée, a déclaré : « Cette année, nous ne fêterons pas l’Aïd ». D’autres ont évoqué les prix des moutons disponibles dans les points de vente organisés, où l’État a fixé le prix du kilogramme de « mouton vivant » à 28 dinars.
Certains estiment que les prix ne diffèrent pas beaucoup de ceux pratiqués dans les marchés (« rahba »), et que la différence est plutôt symbolique, sans réellement alléger le fardeau financier des personnes modestes, selon leurs propos.
De leur côté, les agriculteurs et commerçants interrogés ont considéré que les prix des moutons restent abordables, oscillant entre 1700 et 1800 dinars tunisiens, et qu’ils sont inférieurs à ceux pratiqués dans les points de vente relevant de l’État, malgré la hausse continue des prix des aliments pour bétail et du coût d’élevage et de préparation des moutons pour l’Aïd.
Ils ont également souligné que le Tunisien a l’habitude de se plaindre, mais qu’au final, « il célébrera l’Aïd » et achètera un mouton, quel qu’en soit le prix, selon leur expression. Vrai ou faux, qu’en pensent les Tunisiens ? A chacun son plan…
Même si éleveurs et intermédiaires continuent à marteler qu’ils ne sont pour rien dans cette flambée des prix, il est évident que les Tunisiens sont dans l’incapacité d’acheter un mouton. Alors, à chacun son plan pour respecter la tradition. A cet effet, Mondher, fonctionnaire de son état, nous a confié : « Je me suis arrangé avec mon frère pour acheter un seul mouton. Ainsi, nous pouvons minimiser le coût et respecter la tradition ».
De son côté, Houssine, nous a indiqué : « Comme je suis originaire du sud, je suis habitué à cotiser en famille pour acheter un veau. Alors, nous allons cette année encore une fois respecter la tradition et se partager un veau ». D’autres Tunisiens interrogés ont opté pour la viande achetée chez le boucher. Mais, comment expliquer cette montée des prix ? Selon le président du Syndicat des agriculteurs de Tunisie (Synagri), Midani Dhaoui, « cette hausse des prix s’explique principalement par un déséquilibre entre l’offre et la demande.
La diminution du cheptel ovin disponible entraîne mécaniquement une pression à la hausse sur les prix ». Dhaoui a précisé et ce selon Business news que : « cette baisse du cheptel résulte de plusieurs facteurs combinés, notamment des conditions climatiques difficiles ayant affecté les pâturages, la réduction des surfaces de parcours naturels, ainsi que l’augmentation des coûts des aliments pour bétail au cours des dernières années.
Le responsable syndical a également exprimé son opposition aux solutions ponctuelles, telles que l’importation de viande pour couvrir les besoins de l’Aïd. Il estime que cette approche ne fait que reproduire les mêmes difficultés d’une année à l’autre. En revanche, il a plaidé en faveur d’une stratégie durable reposant sur l’importation de brebis reproductrices afin de reconstituer le cheptel national. Il a évoqué la possibilité d’introduire jusqu’à un million de têtes, qui seraient ensuite réparties entre les petits éleveurs.
Entre la piété du rite et la rigueur du portefeuille, le Tunisien semble condamné à l’acrobatie financière. Si l’adage des commerçants veut que l'on finisse toujours par acheter "quel que soit le prix", l’Aïd 2026 pourrait bien marquer une rupture : celle où le partage d'un veau ou l'achat au kilo ne sont plus des choix, mais les derniers remparts d'une tradition qui se dérobe.
M.B.S.M.

