Entre mémoire coloniale, création contemporaine et dialogue méditerranéen, la résidence franco-tunisienne « Résistances et Désobéissances » explore la prison comme lieu de récits, d’archives et de contre-histoires. Détails.
Dans le sillage de la Saison Méditerranée 2026, un programme de résidence croisée franco-tunisienne propose de revisiter un épisode méconnu de l’histoire commune entre la France et la Tunisie.
Intitulé « Résistances et Désobéissances », ce projet invite à penser une œuvre artistique à partir du patrimoine mémoriel lié au passé colonial, en prenant pour point de départ l’incarcération de Habib Bourguiba à la Citadelle de Marseille entre 1939 et 1942.
Portée par la Citadelle, en partenariat avec Institut français, cette résidence s’inscrit dans une dynamique de coopération culturelle réunissant institutions, chercheurs et acteurs de la société civile des deux rives de la Méditerranée. Elle ambitionne de questionner la prison comme espace paradoxal : lieu d’enfermement, mais aussi matrice de résistance, de pensée et de désobéissance.
Face au manque d’archives sur cette période, la résidence propose de croiser patrimoine matériel et recherches universitaires pour reconstituer des fragments d’histoire. L’objectif est d’explorer l’archive immatérielle celle des récits, des mémoires et des imaginaires, en mobilisant la création contemporaine comme outil d’enquête.
Le projet réunit notamment l’Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans, l’Université d’Aix-Marseille, la Fondation Kamel Lazaar, l’association Museum Lab et l’Institut français de Tunis. Ensemble, ces partenaires soutiennent des pratiques artistiques engagées et la production de récits méditerranéens contemporains, avec une attention particulière portée à la création numérique.
Dialogue à deux voix
La résidence rassemble deux artistes aux démarches complémentaires, à savoir, Saber Zammouri et Hugo Mir-Valette.
Saber Zammouri s’intéresse aux relations complexes entre la France et la Tunisie, en particulier aux dynamiques migratoires et à leurs répercussions sociales et politiques. Son travail, nourri d’archives, d’images et de récits intimes, met en lumière des trajectoires individuelles prises entre deux territoires et deux mémoires.
Installé à Marseille, Hugo Mir-Valette développe quant à lui une pratique fondée sur le « deep listening ». À travers films expérimentaux, installations et performances, il explore les contre-récits et les cultures maritimes, en prêtant une attention particulière aux langues et aux phénomènes naturels. Son travail a déjà été présenté dans des institutions majeures telles que la Biblioteca Vasconcelos, le Palais de Tokyo, le Centre Pompidou, le Stedelijk Museum ou encore le Mucem. Il a également signé une composition sonore pour Josèfa Ntjam lors de la Biennale de Venise 2024.
Les œuvres issues de cette résidence seront dévoilées à la Citadelle de Marseille lors de l’inauguration de la Saison Méditerranée en mai 2026, puis resteront visibles jusqu’à l’automne, à l’occasion de l’ouverture de la Biennale des imaginaires numériques. Une restitution est également prévue à Tunis dans le cadre de la huitième édition de la biennale Jaou Tunis.
Au-delà de la création artistique, la Saison Méditerranée qui se déploiera en France du 15 mai au 31 octobre 2026 entend renforcer la circulation des idées, soutenir l’innovation et encourager les coopérations régionales.

