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Editorial : Un blocus qui débloque …

Par Chokri Baccouche

Le président américain Trump n’avait jamais imaginé que les Iraniens allaient lui donner du fil à retordre. Lui qui pensait zigouiller le régime des mollahs en moins de deux, en a eu finalement pour son grade. Non seulement il n’a réussi aucun des objectifs qu’il s’était fixé mais il s’est retrouvé enlisé finalement dans un dangereux marécage moyen-oriental d’où il lui sera difficile de sortir sans trop de bobos.

En désespoir de cause, le locataire de la Maison Blanche a adopté une nouvelle approche face aux coriaces Iraniens : contraindre le régime à la capitulation diplomatique par la ruine économique, en imposant un blocus maritime strict dans le détroit d’Ormuz et sur les ports iraniens. En clair, l’administration américaine semble miser sur un calcul simple : en coupant l’accès de l’Iran aux flux commerciaux et en paralysant son économie, le régime serait forcé de céder et se plier aux exigences washingtoniennes. La nouvelle stratégie trumpienne parait assez simpliste.

On imagine mal d’ailleurs que cette tactique naïve va réussir là où des milliers de tonnes de bombes déversées sur les villes et les infrastructures iraniennes ont lamentablement échoué à mettre au pas le régime. Loin d’être réaliste, la nouvelle trouvaille de la Maison Blanche relève au contraire d’un pari dangereux et contre-productif. L’histoire contemporaine nous enseigne, en effet, que les pressions économiques extrêmes, le chantage et l’intimidation, ne garantissent pas la reddition politique.

Cuba, l’Irak et la Corée du Nord pour ne citer que ces pays, sont autant d’exemples instructifs et édifiants où les sanctions ont renforcé, au contraire, le sentiment nationaliste et la résistance interne plutôt que de provoquer un effondrement du pouvoir.

Les Iraniens qui vivent sous embargo occidental depuis plusieurs décennies ont démontré qu’ils ne céderont à aucune pression et à ce titre, on peut vraiment dire que Donald Trump court en fait derrière des chimères. Sa logique coercitive, du reste absurde, est une arme à double tranchant ou, pour être plus précis, un boomerang à haut risque qui peut à tout moment se retourner contre l’envoyeur. La raison tient du fait que le détroit d’Ormuz est une artère stratégique pour l’approvisionnement énergétique mondial.

Tout blocus prolongé de ce passage maritime par où transitent près de 20% des importations mondiales d’hydrocarbures provoquerait inévitablement une flambée immédiate des prix du pétrole, affectant, par conséquent, l’économie globale, y compris celle des Etats-Unis. La stratégie du président américain visant prétendument à faire plier l’Iran risque donc de frapper durement les alliés occidentaux et de créer des tensions avec des pays dépendants du pétrole iranien ou des routes maritimes alternatives, comme la Chine ou l’Inde.

Pis encore, du point de vue du droit maritime international, le blocus unilatéral « made in USA » est non seulement illégitime mais risque également d’accroitre l’isolement diplomatique des Etats-Unis car il s’apparente à une mesure de coercition extrême qui porte gravement préjudice aux intérêts stratégiques des autres nations.

Bref, en fermant le détroit d’Ormuz, Donald Trump joue gros et risque de s’aliéner et se mettre à dos pas mal de monde. On doute fort d’ailleurs que les très nombreux pays qui subissent de plein fouet les effets pervers de ce blocus qui se traduit par une flambée inflationniste spectaculaire vont accepter longtemps ce fait accompli léonin sans réagir. L’inflation galopante dans ces pays a généré un renchérissement inédit du coût de la vie et provoqué la colère des citoyens. Elle menace aujourd’hui une paix sociale fragile.

Cette situation peu amène prévaut dans la plupart des contrées aussi bien en Europe, en Afrique, en Asie et même aux Etats-Unis où l’augmentation considérable, ces derniers temps, du prix du carburant à la pompe fait jaser des millions d’Américains dont le pouvoir d’achat, déjà surtaxé, fond comme beurre au soleil.

La nuit porte conseil dit-on mais apparemment la nuit sous les lambris de la Maison Blanche est porteuse de mauvaises idées susceptibles d’envenimer et d’aggraver encore plus la situation. En privilégiant la brutalité et le recours abusif de la force dans les relations internationales, Donald Trump s’évertue en réalité à commettre les mêmes erreurs en espérant obtenir un meilleur résultat. Aveuglé par son égocentrisme démesuré il feint d’ignorer la résilience historique de l’Iran, ce pays et ce peuple fiers à la civilisation millénaire, face aux pressions extérieures.

Il serait d’ailleurs bien inspiré de changer son fusil d’épaule et privilégier une stratégie plus « soft » et constructive pour trouver une solution négociée à cette satané crise. Et surtout, surtout de se rendre à l’évidence que le monde ne peut et ne doit pas être gouverné ni régi par une seule puissance au mépris de la légalité internationale. Dans l’intérêt bien compris de l’ensemble de la communauté internationale…

                                                C.B.

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