Par Chokri Baccouche
Pour tout esprit normalement constitué, imbu des valeurs universelles de liberté, de justice et d’humanisme, la résistance face à la barbarie est beaucoup plus qu’une simple option. C’est une obligation et un devoir moral qui ne saurait souffrir de tergiversation ou de faux-fuyant au risque de tomber dans les travers de l’hypocrisie, voire pire, de la complicité avec l’auteur de ces actes répréhensibles et condamnables.
En Occident, tous les pays ne perçoivent pas, malheureusement cette évidence de la même manière. Au moment où certains privilégient la politique de l’autruche face à l’inconcevable pour des raisons qui dépassent la logique et le bon sens, d’autres en revanche font preuve d’un réalisme de bon aloi et d’un humanisme qui donne réellement du baume au cœur.
C’est le cas de l’Espagne, l’Irlande, la Slovénie, les Pays Bas et l’Islande qui ont choisi de boycotter l’édition 2026 de l’Eurovision pour une raison simple et implacable : Israël. La position plus qu’honorable de ces pays n’a aucun rapport avec une querelle de goût et ne relève pas non plus d’un caprice diplomatique. Elle cristallise un refus de transformer la culture en alibi face à la barbarie.
Comment célébrer la musique, ce langage universel qui relie les peuples, quand certains dirigeants- israéliens en l’occurrence- bafouent toute idée d’humanisme ? Comment chanter l’harmonie entre les nations quand des vies sont écrasées par la violence et l’oppression de ces dirigeants sionistes dont les atrocités commises à Gaza, en Cisjordanie, en Iran ou au Liban dépassent l’entendement et l’humainement supportable?
C’est sur la base de ces interrogations légitimes d’une objectivité implacable que ces pays ont justifié leur position, convaincus qu’ils sont que l’Eurovision ne peut être un écran qui occulte les atrocités.
En refusant de chanter, dans ce contexte, aux côtés des représentants du pays incriminé, les nations qui ont boycotté cette année l’Eurovision lancent, en fait, un cri moral qui sonne comme un rappel strident qu’on ne doit jamais occulter à savoir que l’art n’est jamais neutre face à l’injustice.
Israël, par ses politiques fascistes et ses pratiques génocidaires, est aujourd’hui associé aux souffrances indicibles de milliers d’innocents. Tenter de mettre cette réalité sous silence pour que la “magie du spectacle” opère, serait trahir la mission même de la culture : rassembler, éveiller les consciences, nourrir l’empathie.
Les pays boycotteurs ont choisi de ne pas fermer les yeux. Leur geste le prouve clairement : la musique doit être guidée par l’éthique, sinon elle devient complice. La scène de l’Eurovision ne peut être un simple théâtre de divertissement. Elle est un miroir de notre époque, un baromètre des valeurs que nous défendons collectivement.
En permettant la participation d’un État qui agit en violation des principes humanitaires fondamentaux, l’Eurovision prend le risque de normaliser l’inacceptable. Le boycott de l’Espagne, de l’Irlande, de la Slovénie, des Pays-Bas et de l’Islande est une réponse nécessaire, une posture courageuse qui rappelle que l’art et l’humanisme sont indissociables.
L’Eurovision 2026 aurait pu être un chant de joie et de fraternité. Il est devenu un test de conscience. La musique, pour rester universelle, ne peut ignorer le cri des victimes. Elle ne peut se faire complice de l’oppression en se parant de paillettes et de lumières. Refuser de chanter aujourd’hui, c’est défendre ce que chaque note, chaque mélodie devrait porter, à savoir la dignité humaine.
En tournant le dos à ce festival, suivi du reste par des millions de téléspectateurs chaque année, l’Espagne, l’Irlande, la Slovénie, les Pays Bas et l’Islande donnent la preuve formelle que l’Eurovision n’est plus seulement un concours.
Il est devenu en effet dans une Europe divisée notamment sur la question palestinienne, le symbole d’un choix moral qui rappelle que derrière chaque chanson et chaque performance, il y a des valeurs à respecter et que la culture sans conscience est un mensonge. Cette conscience aigüe, les dirigeants slovènes en ont fait un choix politique qui relève du principe immuable et pour cause !
Non seulement ces derniers ont boycotté l’Eurovision 2026 mais en lieu et place de l’évènement musical, RTV Slovenia diffusera la série de films « Voix de Palestine » qui regroupe des documentaires et des longs métrages palestiniens. La Slovénie, ce petit pays de la Baltique imbu de valeurs de justice et de solidarité agissante envers les peuples opprimés, donne ainsi le bon exemple à suivre.
Il prouve surtout que l’humanisme n’a pas de religion et que la résistance contre le mal personnifié, incarné pour le cas d’espèce par l’entité sioniste, n’est pas une option mais une obligation et un devoir moral partagé, en principe, par tous les peuples épris de liberté et de justice. Et ce quelle que soit leur appartenance idéologique, culturelle ou religieuse…
C.B.

