contactez-nous au 71 331 000
Abonnement

Interview - Rayhan Bouzguenda au Quotidien : «L’écriture m’a sauvée et m’a reconnectée à la vie»

Interview réalisée par Imen ABDERRAHMANI

Comme de nombreux auteurs, Rayhan Bouzguenda a choisi la Foire internationale du livre de Tunis comme repère et port d’attache pour rencontrer ses lecteurs. De ses nouveautés, de la mémoire et de l’écriture, elle nous parle.

Quelle surprise réservez-vous pour vos lecteurs cette fois-ci ? Quelle surprise réservez-vous pour vos lecteurs cette fois-ci ?

Je suis à la Foire avec « Mon affection, chroniques de la nostalgie », un nouveau-né que les lecteurs peuvent le découvrir chez Ibn Arabi Editions, au stand 1311. Avec cette nouvelle publication, ma tétralogie dédiée à la mémoire se clôt. Je serai ravie de rencontrer mes lecteurs et mes amis à 17h00 et demain à 12h00. Le livre est bel et bien présent à la foire et il sera par la suite dans quelques librairies.

Révélée aux lecteurs en 2024, vous en êtes déjà à votre quatrième publication. Pourquoi écrivez-vous ? Pour qui écrivez-vous : pour vous ou pour le lecteur ?

J’écris parce que les souvenirs m’ont longtemps habitée, parfois jusqu’à l’épuisement. Ils m’ont accompagnée pendant des années et m’ont profondément bouleversée, surtout après le décès de mon père.

Au cœur de la tourmente et de la douleur, j’ai commencé à lui écrire pour lui raconter un quotidien devenu amer en son absence, à consigner mes souvenirs en m’attachant aux moindres détails, par peur de les oublier.

À cette époque, l’écriture a été une véritable thérapie, une manière de me reconnecter à la vie. L’écriture m’a sauvée. Au fil de ce processus, je me suis retrouvée, j’ai renoué avec ma passion pour les mots et pour l’écriture, que je croyais n’être qu’un amour passager né de l’enthousiasme de la jeunesse.

Dans votre roman « Fi Hadhrat al Nisyane » (En présence de l’oubli), avez-vous cherché à dépoussiérer certaines pages de l’histoire féminine et féministe de la Tunisie en évoquant notamment Aziza Othmana et Saïda Manoubia ?

Oui, j’ai toujours pensé qu’il était nécessaire de mettre en lumière les histoires oubliées de femmes tunisiennes célèbres, de celles qui ont marqué leur époque et continuent encore aujourd’hui à nous inspirer.

Au fil de mes études et de mes recherches, je découvre très souvent de magnifiques récits tombés dans l’oubli. Le vécu de ces femmes, leurs parcours, ainsi que les histoires tissées autour d’elles nourrissent profondément mon inspiration. Il en va de même pour l’histoire de la Tunisie, qui reste une source inépuisable de récits à redécouvrir et à transmettre.

Bien que vous soyez docteure en langue arabe, vos quatre romans sont écrits dans une langue simple, accessible à tous. Sans effets de style complexes ni expressions recherchées, est-ce un choix assumé pour toucher le plus large public ?

Pour moi, le langage académique a toute sa place dans la recherche universitaire : c’est dans cet espace, entre spécialistes, qu’il s’exprime pleinement. À mon sens, la beauté de l’écriture littéraire réside plutôt dans sa simplicité et sa fluidité, dans sa capacité à être accessible à tous les niveaux de lecture. Et la simplicité ne signifie jamais la facilité.

J’ai toujours eu le désir d’écrire pour tout le monde, sans exception, afin que mes textes puissent être lus aussi bien par les jeunes que par les adultes. Je ne souhaite pas être lue uniquement par des spécialistes. C’est pourquoi, dans le travail d’écriture, j’interroge chaque mot afin de choisir ceux qui sonnent juste et vrai.

Dans vos écrits, vous explorez largement la mémoire collective et la mémoire individuelle, en partageant aussi votre quotidien de mère et d’enseignante avec les lecteurs. Pourquoi ce choix ?

Il y a quelques années, lorsque j’étais plus jeune, je pensais qu’il me manquait cette imagination sans limites, nécessaire pour créer des personnages et inventer des histoires. Je me demandais souvent comment les grands écrivains parvenaient à tisser leurs récits et à imaginer leurs personnages dans leurs moindres détails. J’étais convaincue de ne pas posséder ce don de réinventer un monde sur le papier, et c’est pour cette raison que je m’étais éloignée de l’écriture.

Ce n’est que ces dernières années que j’ai compris que mon point de départ devait être le quotidien. C’est lui, désormais, qui constitue ma principale source d’inspiration : mon quotidien d’enseignante, de femme et de mère, les personnes qui m’entourent, les petites histoires qui naissent autour de moi, les observations que je fais au fil des jours et des saisons… Il suffit simplement de savoir regarder et écouter.

Qu’attendez-vous en tant qu'écrivaine tunisienne de la Foire?

J’espère que ce sera une belle occasion de se retrouver autour de l’amour des livres. Certains amis que je n’ai pas revus depuis la dernière Foire du livre, j’espère pouvoir les rencontrer à nouveau lors de cette édition. C’est un rendez-vous annuel consacré à la célébration du livre.

Je vois aussi cet événement comme une très belle opportunité pour beaucoup de renouer avec la lecture. Le plus beau, c’est de voir les familles qui tiennent à accompagner leurs enfants à la foire et à les encourager à lire, de voir différentes générations réunies autour du livre et de l’amour de la lecture. Cela me procure une réelle joie et beaucoup d’espoir.

I.A.

Partage
  • 25 Avenue Jean Jaurès 1000 Tunis R.P - TUNIS
  • 71 331 000
  • 71 340 600 / 71 252 869