Il faut toujours faire très attention quand on parle de nucléaire. Cela a toujours été un sujet sensible qui suscite beaucoup de suspicions. Cette méfiance enracinée dans la mémoire collective, a été amplifiée au fil des décennies par des catastrophes qui ont profondément traumatisé l’opinion publique internationale. Certes, des drames comme celui survenu à Tchernobyl en 1986 ou bien encore plus récemment à Fukushima en 2011 ont poussé beaucoup de pays à se détourner de l’une des sources d’énergie les plus fiables et les moins polluantes. Nombreux sont également les pays qui étaient tentées par cette alternative avant d’y renoncer par précaution face aux dangers potentiels.
Aujourd’hui, dans un contexte international marqué plus que jamais par les tensions et les incertitudes énergétiques sur fond de la guerre au Moyen-Orient qui a complètement bouleversé les chaines d’approvisionnement mondiales, l’on constate que l’atome est en train de retrouver ses lettres de noblesse partout dans le monde. Un incroyable come-back motivé par la quête de souveraineté énergétique et les enjeux économiques et géostratégiques.
La guerre en Iran qui met aujourd’hui beaucoup de pays face à des scénarios cauchemardesques, est une guerre énergétique par excellence qui explique le regain d’intérêt que trouve désormais le nucléaire. C’est en Europe que le débat sur cette source d’énergie bat son plein
Confrontée depuis plus de quatre ans à l’une des plus graves crises énergétiques à cause de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, l’Union Européenne remet au grand jour une question que l’on croyait réglée une fois pour toute, du moins pour les pays supposés pris des choix irrévocables au sujet du nucléaire. Au mois de mars dernier, pas moins d’une vingtaine de pays ont participé à un sommet sur le nucléaire organisé à Paris, et sont partis avec comme principale engagement de mettre la main à la poche et investir beaucoup plus dans l’énergie nucléaire.
A l’occasion du même sommet, c’est la première cheffe de l’UE qui a annoncé la couleur en expliquant, on ne peut plus clairement au cours de ce sommet, que la décision de se détourner du nucléaire en Europe, était « une erreur stratégique ».
Ce « mea culpa » européen fait écho en Allemagne, pays des plus affectées par le choc énergétique au sein de l’UE, qui a officiellement renoncé au nucléaire civil depuis 2011 mais qui se aujourd’hui montre favorable à un retour progressif à cette ressource. Mais aussi en France qui a annoncé un vaste programme de relance de la filière pour renouveler son parc et augmenter sa production d’électricité nucléaire.
Dire que les pays qui subissent de plein fouet le choc énergétique lié à la guerre en Iran sont en passe de prospecter la piste nucléaire, parallèlement aux autres sources renouvelables, cela suppose que la Tunisie devait peut-être dépoussiérer des vieux projets. Notre pays pourrait dans ce sens compter sur l’expertise chinoise pour inclure le nucléaire dans son mix énergétique. L’Empire du Milieu s’impose en effet, aujourd’hui comme l’empire des centrales nucléaires « low cost ».
La Chine qui surprend le monde par ses projets pharaoniques d’énergies renouvelables affiche aussi une ambition démesurée en ce qui concerne le nucléaire. Le pays construit en effet aujourd’hui des centrales nucléaires plus vite et qui coutent bien moins cher qu’aux Etats-Unis ou en France, les deux autres leaders mondiaux en ce qui concerne le nombre de réacteurs en activité pour la production d’électricité. La Chine qui, en 2000, ne comptait que trois réacteurs, possède aujourd’hui une soixantaine opérationnels et 36 en construction.
Le coût étant souvent le premier obstacle au développement des centrales nucléaires, la Chine aurait trouvé un moyen de le surmonter. Pékin qui se vante de pouvoir de construire 50 réacteurs simultanément a pu développer une stratégie d’économie d’échelle qui permet de se doter des centrales à prix cassé.
Le modèle de réacteur nouvelle génération, 100 % chinois est plus petit et moins performant que les réacteurs conventionnels exploités aujourd’hui en Europe et aux Etats-Unis, mais il est capable d’alimenter en électricité un million de personnes. Le pays espère vendre sa technologie à l’étranger.
Pour la petite histoire notons que la Tunisie, voyant ses ressources d’énergie fossile s’amoindrir, s’est lancée depuis vingt ans sur la piste de l’énergie nucléaire. Lors d’un conseil ministériel tenu en novembre 2006, Ben Ali a ordonné la Société tunisienne d’électricité et de gaz (STEG) d’entamer les études relatives au développement de l’électricité au moyen de l’énergie nucléaire.
Le projet prévoyait la construction d’une centrale nucléaire d’une capacité de 900 MW et qui devait entrer en service à l’horizon 2020. L’heure est peut-être arrivée pour prospecter à nouveau cette voie en misant sur la technologie low-cost chinoise…
H.G.

