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Editorial : Tonton Sam dans la case de l’oncle atome ?...

Par Chokri Baccouche

Interrogé, jeudi dernier, sur la possibilité d’un recours à l’arme nucléaire face à l’Iran, le président américain Donald Trump a opposé un niet catégorique déclarant que l’usage de la force atomique n’était pas du tout à l’ordre, non seulement par principe moral mais surtout par pragmatisme militaire. Il a estimé que cela n’était pas nécessaire dans la mesure où « les capacités conventionnelles des Etats-Unis avaient déjà produit l’effet escompté.

Fidèle à ses habitudes de rapetisser les interlocuteurs qui ne trouvent pas grâce à ses yeux, le locataire de la Maison Blanche s’est même permis le luxe de tancer la journaliste à l’origine de cette question embarrassante qui turlupine l’esprit de pas mal de monde depuis quelques temps, la qualifiant de stupide.
Faut-il prendre au mot Donald Trump et croire de manière définitive et irrévocable qu’il renonce à jamais à l’arme suprême contre son ennemi juré iranien ?

Répondre à cette question de manière catégorique relève de la gageure si on prend en considération bien évidemment la personnalité extrêmement complexe, compliquée et surtout imprévisible du président américain. Dis-moi comment tu te comportes, je te dirais qui tu es dit un célèbre adage et à ce titre il y a vraiment beaucoup à dire concernant l’actuel chef de l’Exécutif américain.

Depuis son fracassant retour à la Maison Blanche, ce dernier a montré, en effet, une fascination inquiétante pour la démonstration de puissance qui revêt l’aspect d’une seconde nature chez ce dirigeant imbu de sa personnalité et prêt à tirer sur la gâchette pour un da ou un niet.

Le retrait unilatéral des États-Unis de l’accord nucléaire iranien, intervenu sous sa férule lors de son premier mandat, et les frappes ciblées sur des figures clés du régime iranien démontrent chez cet homme une tendance à transformer la diplomatie en jeu d’intimidation.

Ou pour être plus exact en jeu de la mort. Bref, on peut vraiment dire qu’on peut s’attendre à tout de la part de Donald Trump qui a donné la preuve formelle, à maintes reprises, sa propension tout à fait extraordinaire et spectaculaire, à défier la loi de la logique et de la physique.

Poussé dans ses derniers retranchements comme c’est le cas actuellement dans le cadre du bras-de-fer qui l’oppose au régime des mollahs, Donald Trump, en désespoir de cause et bousculé par le temps qui joue en sa défaveur, sautera-t-il le Rubicon nucléaire ? La réponse à cette question par la négative ou l’affirmative dépend en fait de certains facteurs déterminants qui pourraient logiquement faire pencher la balance d’un côté comme de l’autre.

L’un de ces leviers est bien évidemment le puissant lobby juif qui exerce une influence considérable pour ne pas dire qu’il tient en otage les principaux centres de décision au pays de l’oncle Sam. Dans ce cadre, Israël qui considère comme sa menace existentielle numéro un pourrait amplifier la pression pour un recours militaire extrême.

L’hypothèse que le Premier ministre israélien Netanyahu souffle avec insistance, dans l’oreille de son alter-ego américain, l’idée de recourir à l’arme suprême contre son ennemi juré iranien n’est pas du tout à écarter et pour cause ! Benjamin Netanyahu sait, en effet, que la chance d’avoir réussi à entrainer les Etats-Unis dans sa guerre dans l’espoir hypothétique d’en finir une bonne fois pour toutes avec sa bête noire iranienne, ne se renouvellera pas.

Autrement dit, il est plus que persuadé que s’il venait à rater cette opportunité historique, tous ses rêves faussement messianiques et ses velléités expansionnistes visant à mettre toute la région sous sa botte tomberaient inévitablement à l’eau. Pour toutes ces considérations et non des moindres, Netanyahu serait certainement le premier à jeter de l’huile sur le feu atomique.

Donald Trump qui aime bassiner ces interlocuteurs n’a jamais été, en fait un homme de parole. Il est capable de faire une chose et son contraire en l’espace de quelques minutes. Raison pour laquelle il ne faut jamais prendre ses promesses ou ses engagements pour de l’argent comptant.

D’ailleurs et aussi peu surprenant que cela puisse paraitre, le pouvoir nucléaire du président fait l’objet d’un nouveau débat aux États-Unis après les récentes déclarations fracassantes de Larry C. Johnson, ancien analyste de la CIA, dans le podcast «Judging Freedom». Ce dernier affirme, en effet, que Donald Trump aurait envisagé une frappe nucléaire contre l’Iran et que le général Dan Caine l’en aurait dissuadé.

Il est bon de rappeler à cet effet l’incident très instructif et révélateur survenu en 2021 lors du premier mandat de l’actuel locataire de la Maison Blanche. Après l’attaque du Capitole, le 6 janvier 2021, le général Mark Milley, alors chef d’état-major des armées, craignant que Donald Trump ne soit « instable » ou « imprévisible », a pris des mesures secrètes pour limiter sa capacité à lancer une frappe nucléaire.

Milley a même pris soin d’appeler son homologue chinois, le général Li Zuocheng, pour lui assurer que le gouvernement américain était stable et qu'aucune attaque n'était prévue, afin de désamorcer les tensions. Le passé éclaire le présent ? Très certainement ! Cet incident rappelle que la sécurité mondiale repose désormais sur un équilibre fragile entre impulsions présidentielles, alliances stratégiques et normes internationales.

La communauté mondiale doit rester en état d’alerte, non pas pour anticiper un conflit immédiat, mais pour empêcher qu’une série de pressions combinées ne conduise à un scénario nucléaire d’une ampleur catastrophique pour l’ensemble de l’humanité…

C.B.

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