Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Pas de réconciliation avec ceux qui ont nui à l’UGTT, tel est le mot d’ordre donné par le nouveau secrétaire général. Quel est l’impact de cette décision sur la cohésion interne au sein de la Centrale syndicale ?
La nouvelle direction de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a tranché le débat concernant le dossier de la réconciliation interne, affirmant qu’il n’y aura aucune réconciliation avec les syndicalistes ayant intenté des actions en justice contre l’organisation syndicale, conformément aux dispositions des résolutions du congrès de Monastir tenu au mois de mars dernier.
Selon ce qui a été confirmé par le nouveau secrétaire général, Slah Eddine Salmi, les résolutions adoptées lors du congrès national ont clairement souligné que le processus de réconciliation ne peut inclure ceux qui ont choisi de recourir à la justice contre l’Union, tandis que la porte du règlement et de la réconciliation restera ouverte aux autres syndicalistes dont les activités ont été gelées ou qui ont été exclus des structures syndicales.
La nouvelle direction de l’Union a précisé que le dépassement des décisions du congrès national est impossible, d’autant plus que ces résolutions ont été approuvées par les délégués du congrès et officiellement adoptées par vote, ce qui en fait un engagement organisationnel contraignant auquel il n’est pas possible de déroger.
Cette position intervient alors que le dossier de la réconciliation interne reste l’un des sujets les plus importants sur la scène syndicale, dans un contexte de division des opinions entre ceux qui appellent à tourner la page des anciens différends et à unifier les rangs, et ceux qui insistent sur la nécessité de respecter les institutions et les décisions organisationnelles, sans faire preuve de tolérance envers ceux qui ont choisi de poursuivre l’Union en justice.
Des observateurs estiment que cette décision pourrait prolonger la crise au sein de l’organisation syndicale et maintenir le dossier de la réconciliation ouvert à davantage de tensions dans la période à venir, notamment face aux défis sociaux et économiques qui imposent à l’Union de préserver sa cohésion interne et l’unité de ses structures…
Prudence…
Même si certains observateurs estiment que les temps doivent être pour la réconciliation, l’universitaire, Salem Chérif, pense que « : « la phase actuelle ne nécessite pas de confrontation, mais plutôt que les gens se rassemblent autour d’une vision et d’un projet pour sauver l’Union générale tunisienne du travail sur les plans économique, social et politique. ».
Et d’ajouter : « Si les méthodes et les mécanismes n’évoluent pas, nous nous retrouverons dans une bataille contre des moulins à vent, et dans le conflit actuel au sein de l’Union, c’est le travailleur qui en pâtit. La reprise au dialogue entre les deux camps est plus que nécessaire pour sauver l’organisation syndicale".
De son côté, l’opposition syndicale continue à estimer que le congrès général extraordinaire de l’Union n’a pas permis de rétablir la confiance dans l’Union et ne pourra avoir un objectif réformateur que si la nouvelle direction ne reconnaît pas les erreurs commises à l’encontre des opposants, lève les sanctions de suspension, de déchéance et de retrait d’adhésion, et met fin aux campagnes de dénigrement contre toute voix syndicale dissidente.
L’ancien responsable syndical au sein de l’Union et figure de l’opposition syndicale, Habib Jerjir, a estimé que « l’Union traverse actuellement une crise majeure et grave qui pourrait mettre fin à son existence », ce qui nécessite, selon lui, l’intervention de tous les syndicalistes afin de sauver ce qu’il qualifie de dérive absurde menée par les représentants des structures actuelles.
De son côté, l’ancien syndicaliste Mohamed Hedi Hamda a appelé à la nécessité de redéfinir les structures syndicales sectorielles, entachées selon lui de certaines suspicions, en raison de l’exclusion systématique et délibérée dont a été victime l’opposition syndicale.
Il a exprimé son refus de ce qu’il a qualifié de falsification des congrès et de coup de force contre les lois de l’organisation, tout en réaffirmant l’attachement de l’opposition à l’organisation syndicale, compte tenu de son rôle social important dans la défense des travailleurs et de leurs droits. Il a estimé qu’il est désormais nécessaire de faire primer l’intérêt général et de ne pas transformer l’action syndicale en une suite de conflits qui s’éloignent des principes fondamentaux de l’Union.
Au-delà des positions tranchées et des appels à la fermeté, l’UGTT se retrouve aujourd’hui à la croisée des chemins : entre discipline organisationnelle et obligation de rassemblement, l’équilibre reste fragile. Dans un contexte socio-économique tendu, prolonger la fracture interne pourrait affaiblir davantage la capacité de la centrale à défendre efficacement les travailleurs. Car au final, plus que les querelles internes, c’est l’avenir du rôle historique de l’UGTT qui se joue.
M.B.S.M.

