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Souveraineté énergétique : Des ambitions et beaucoup de suspicions

Par Hassan GHEDIRI

Une vraie souveraineté énergétique nationale est tributaire de la capacité de l’Etat à garantir la disponibilité et l’accessibilité d’une énergie abordable, propre et durable…

La levée de bouclier suscitée ces derniers jours par les projets d’attribution des contrats de concession au profit des entreprises étrangères pour la production de l’électricité à partir de l’énergie solaire, est le résultat logique de l’échec des gouvernements successifs à éliminer un handicap majeur entravant la transition énergétique, qui est le manque de confiance et les méfiances qui planent sur le domaine de l’énergie dans notre pays.

Il n’était pas étonnant alors que le débat hier sous la coupole, cristallise tensions et les contradictions à propos des énergies renouvelables avec au menu des accusations de bradage des richesses nationales, des soupçons de privatisation déguisée et beaucoup d’interrogations sur la souveraineté énergétique.

Dans ce climat passionné, l’analyste économique et ancien ministre du Commerce Mohsen Hassan a appelé à replacer la problématique dans son contexte stratégique qui dépasse l’approbation ou rejet des contrats de concessions. Il est question de la souveraineté énergétique du pays dans un contexte de dépendance structurelle aux importations d’hydrocarbures caractérisé par un déficit énergétique chronique qui pèse de plus lourdement sur la balance commerciale et qui fragilise gravement les finances publiques.

La production d’électricité en Tunisie étant largement tributaire du gaz naturel importé est un facteur de vulnérabilité face aux fluctuations des cours internationaux, explique Hassan qui rappelle comment la flambée des prix de l’énergie accentue la pression sur les mécanismes de compensation et réduit les investissements publics.

Pour l’ancien ministre, la véritable question de souveraineté ne réside donc pas dans l’origine des investisseurs, mais dans la capacité du pays à sortir durablement de la dépendance énergétique.

Face aux critiques assimilant ces contrats à la privatisation du secteur public, Mohsen Hassan insiste sur le fait que les investissements dans les énergies renouvelables nécessitent la mobilisation de capitaux privés pour accélérer la transition énergétique.

Dans ce modèle l’Etat conserve son rôle de régulateur par le biais de la STEG et les autres structures publiques impliquées tandis que les investisseurs assument les coûts de financement, de construction et d’exploitation. Autrement dit, la Tunisie pourrait bénéficier de nouvelles capacités de production sans alourdir la dette publique.

Risques

Mohsen Hassan souligne également que la transition énergétique et la promotion des énergies propres n’est plus seulement une nécessité environnementale mais constitue une condition fondamentale de compétitivité économique.

Il explique qu’avec la multiplication des barrières environnementales aux frontières européennes, plusieurs secteurs exportateurs tunisiens, notamment le ciment, le textile ou certaines industries manufacturières, risquent de subir des surcoûts s’ils continuent à fonctionner avec une énergie fortement carbonée. Le développement rapide du solaire et des renouvelables apparaît ainsi, comme un moyen de préserver les positions tunisiennes sur les marchés extérieurs, en particulier européens.

L’ancien ministre estime par ailleurs que l’intérêt de ces projets ne se limite pas à la production électrique. Ils peuvent aussi accélérer la modernisation du réseau national, favoriser l’introduction de technologies de stockage, développer les réseaux intelligents et stimuler l’écosystème industriel local.

Il faut être toutefois veilleur, selon lui, à ce que les contrats conclus avec les investisseurs étrangers prévoient des obligations ce qui concerne la participation des entreprises tunisiennes, le transfert des expertises, l’intégration industrielle et la création d’emplois qualifiés.

L’ouverture à l’investissement extérieur exige un encadrement rigoureux garantissant la transparence des transactions et la priorité d’assurer l’autosuffisance du marché local. L’exportation future d’électricité verte vers l’Europe, souvent évoquée, ne devrait intervenir qu’après sécurisation des besoins nationaux et à des conditions avantageuses pour la Tunisie, estime-t-il. 

La souveraineté énergétique nationale est tributaire de la capacité de l’Etat à garantir la disponibilité et l’accessibilité d’une énergie abordable, propre et durable. Dans cette optique, les contrats d’investissements étrangers dans le domaine des énergies renouvelables, s’ils sont bien négociés, ne constituent aucunement pas une menace, mais présentent un levier de redressement économique.

H.G.

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