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Editorial : Un mur invisible d’immunité politique - Par Jalel Hamrouni

Le procureur en chef de la Cour pénale internationale, Karim Khan, a révélé les détails des fortes pressions politiques exercées par les États-Unis et la Grande-Bretagne pour l’empêcher de demander des mandats d’arrêt contre des responsables israéliens, notamment, le premier ministre sioniste Benjamin Netanyahu, et a réaffirmé l’indépendance de la Cour face aux menaces internationales.

La révélation par Karim Khan jette une lumière crue sur l’instrumentalisation de la justice internationale au service de la politique et de la géopolitique. Cette situation, loin d’être un incident isolé, illustre une vérité qui dérange : certains États se considèrent au-dessus du droit international, imposant leurs intérêts et piétinant les principes universels de justice.

La CPI a été créée pour être un rempart contre l’impunité, un symbole de l’égalité de tous devant la loi, quelles que soient la puissance ou l’influence des individus impliqués. Pourtant, ce rempart est aujourd’hui fragilisé par l’ingérence de puissances mondiales qui prétendent défendre la démocratie et la légalité, tout en étouffant les enquêtes qui les dérangent ou qui touchent leurs alliés.

La tentative de bloquer la CPI dans ses investigations contre l’entité sioniste n’est pas un simple jeu diplomatique : c’est un acte de sabotage de la justice internationale, qui envoie un message inquiétant aux criminels de guerre et aux régimes autoritaires du monde entier.

Le cas de Benjamin Netanyahou, longtemps présenté comme un acteur incontournable du Proche-Orient et un partenaire stratégique pour Washington et Londres, est révélateur. Malgré les accusations graves portées contre lui et son gouvernement ; crimes contre l’humanité, attaques contre des civils et colonisation illégale ; il continue de circuler librement, protégé par un mur invisible d’immunité politique.

Pendant ce temps, d’autres dirigeants, moins puissants ou moins alliés, sont traqués, inculpés et condamnés sans la moindre indulgence. Ce deux poids deux mesures n’est pas seulement injuste ; il est dangereux. Il mine la confiance dans le système international, encourage l’impunité et transforme la Cour pénale internationale en simple instrument de manipulation géopolitique.

Il est légitime de s’indigner. Comment accepter que la justice internationale soit neutralisée par des pressions diplomatiques et économiques ? Comment tolérer que la voix des victimes soit étouffée au nom de la realpolitik ? L’indépendance de la CPI, réaffirmée courageusement par Karim Khan, est mise à l’épreuve dans un contexte où les États puissants considèrent leur influence comme un permis de violer les principes mêmes qu’ils prétendent défendre.

L’acharnement contre la justice internationale révèle une logique cynique : tant que la victime ou le criminel est « stratégique », la loi devient optionnelle, et la morale internationale une notion relative.

Ce constat est amer. Les Nations unies et leurs institutions spécialisées devraient être des gardiennes du droit et de l’équité. Or, face à la protection accordée à Netanyahou, on assiste à une inversion totale des valeurs : le criminel circule librement, tandis que la victime reste privée de tout recours.

C’est une forme de loi de la jungle imposée à l’échelle internationale, où la puissance militaire et la richesse diplomatique remplacent les tribunaux et les preuves. Une telle situation ne fait que renforcer le sentiment d’injustice, de marginalisation et de frustration des peuples qui aspirent à la paix et à la sécurité.
L’exemple sioniste illustre également un problème plus large : celui de l’hypocrisie systémique dans la diplomatie occidentale.

Les mêmes États qui prônent les droits humains, la démocratie et la responsabilité des dirigeants se transforment en protecteurs de ceux qui violent ces principes, dès lors que leurs intérêts géopolitiques sont en jeu.

Cette duplicité mine l’image de l’Occident et fragilise la crédibilité des institutions internationales. Elle envoie un signal clair : dans le monde réel, la justice est conditionnelle, dépendante des rapports de force, et non de la vérité ou de la légalité.

Le message de Karim Khan est donc d’une importance capitale : il rappelle à tous que la CPI n’est pas une annexe diplomatique, mais une institution indépendante, fondée sur l’idée que personne ne doit être au-dessus de la loi.

Les pressions exercées par Washington et Londres ne doivent pas détourner l’attention du fait que la justice internationale reste possible, mais seulement si les États respectent ses règles et cessent de manipuler ses mécanismes pour protéger leurs protégés. La vigilance des procureurs et la mobilisation de l’opinion publique mondiale sont essentielles pour que la CPI conserve sa crédibilité et sa légitimité.

La liberté de circulation de Netanyahou n’est pas une victoire diplomatique : c’est un échec moral et juridique. C’est un signal inquiétant pour tous ceux qui croient encore à un ordre mondial fondé sur le droit et l’équité. Tant que les États puissants continueront à imposer leurs intérêts par la force ou par la menace, le principe d’égalité devant la justice restera un vœu pieux, et non une réalité tangible.

J.H.

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