contactez-nous au 71 331 000
Abonnement

Deuxième génération du programme national de la réhabilitation urbaine : La nouvelle stratégie mettra-t-elle fin aux constructions anarchiques ?

Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI

La présidente de l'Agence nationale de la réhabilitation urbaine a annoncé le démarrage de la deuxième génération du Programme national de la réhabilitation urbaine. A quoi consiste ce programme et que faire pour mettre fin aux constructions anarchiques ?

Intervenant sur les ondes de la Radio nationale, la présidente de l'Agence nationale de la réhabilitation urbaine, Sondos Beji Kraiem, a détaillé la deuxième génération du programme de réhabilitation urbaine lancé en 2019. A quoi consiste au juste ce programme et où en sommes-nous de son application ?

Interrogé à ce sujet, l'expert en travaux publics, Rached Marhlouthi, nous apprend : "Le programme de réhabilitation et d’intégration des quartiers d’habitation vise à améliorer les conditions de vie des citoyens dans un certain nombre de quartiers résidentiels répartis sur différentes régions du pays.

Cela se fait à travers l’aménagement des infrastructures de base (assainissement, évacuation des eaux pluviales, aménagement des routes, éclairage public, etc.), la construction d’équipements collectifs (sportifs, culturels, pour la jeunesse et associatifs), l’amélioration de l’habitat, ainsi que l’aménagement ou la construction d’espaces industriels, économiques et artisanaux, avec la possibilité d’aménager des lotissements destinés à la construction à proximité des quartiers concernés par l’intervention.

Le programme est financé par le budget de l’État, ainsi que par un prêt de l’Agence Française de Développement, un prêt de la Banque européenne et une subvention de l’Union européenne. La première génération a contribué à améliorer la qualité de vie des habitants de 155 quartiers, pour un coût global estimé à environ 650 millions de dinars. Environ 865 000 habitants en ont bénéficié. Les travaux sont actuellement en phase d’achèvement et les conventions de financement ont été finalisées.

Dans sa deuxième phase, le programme contribue à la réhabilitation de 160 quartiers situés dans 99 municipalités, abritant environ 907 300 habitants, sur une période de mise en œuvre allant de 2019 à 2028. Le coût total du programme est estimé à environ 819,632 millions de dinars".

Pour certains observateurs, la réhabilitation risque de créer un « appel d’air » : si l'État légalise l'informel par l'équipement, il peut involontairement encourager l'anarchie. Les plus informés pensent que pour éviter cette « prime à l'illégalité », l'intervention doit être chirurgicale. Il est crucial d'accompagner ces projets de mesures strictes : surveillance satellitaire des périmètres, sanctions immédiates pour toute nouvelle construction et gel foncier autour des zones traitées.

L'offre de parcelles sociales doit être l’unique porte d’entrée. Sans volet répressif et une coordination totale avec la police municipale, la réhabilitation ne sera qu’un pansement temporaire sur une gangrène urbaine persistante, persistent et signent les plus avertis. Peut-on, de fait, déduire que ce programme est sur la bonne voie ? Selon notre interlocuteur du jour : Oui, mais...

Des lacunes à surmonter...

Pour les experts, le programme national de réhabilitation urbaine en Tunisie fait face à plusieurs difficultés administratives, techniques et foncières qui ralentissent leur mise en œuvre et limitent leur efficacité, " les principales difficultés peuvent être résumées sur la base des évolutions de 2025-2026 ", nous dira le spécialiste Rached Marhlouthi. Et d'ajouter : " Les difficultés sont multiples et portent sur les différentes étapes d’élaboration et de révision des plans d’aménagement urbain qui prennent beaucoup de temps, en particulier lors de la phase de consultation publique et de réception des avis des administrations sectorielles

On constate également des différences de vision entre les municipalités et les administrations sectorielles, ce qui nécessite l’organisation de réunions de travail successives afin de rapprocher les positions. On relève aussi un chevauchement entre les municipalités : les empiètements au niveau des limites territoriales entre les municipalités constituent un obstacle majeur à l’avancement des études d’aménagement.

Enfin la prolifération de constructions en dehors du cadre légal, à l’intérieur comme à l’extérieur des zones d’aménagement qui complique la mise en œuvre de ce programme ". Que faire, alors, pour surmonter ces obstacles ? Selon l'expert.

Rached Marhlouthi :"Pour assurer la durabilité du projet de la réhabilitation urbaine, il est nécessaire au préalable de mener une réflexion et de mettre en place des méthodes adaptées au contexte local. L'application de la loi est aussi demandée voire exigée afin de lutter contre le fléau des constructions anarchiques. Cela demande une surveillance continue et les nouvelles technologies peuvent aider dans cet effort".

Au bout du compte, la deuxième génération du programme de réhabilitation urbaine se trouve à un tournant décisif : soit elle parvient à conjuguer amélioration des conditions de vie et fermeté face à l’illégal, soit elle risque de reproduire les mêmes déséquilibres qu’elle cherche à corriger. L’enjeu n’est plus seulement d’équiper, mais de structurer durablement la ville et d’imposer le respect des règles. Car sans gouvernance rigoureuse ni vision cohérente, la réhabilitation ne fera que repousser le problème, au lieu de le résoudre.

M.B.S.M.

Partage
  • 25 Avenue Jean Jaurès 1000 Tunis R.P - TUNIS
  • 71 331 000
  • 71 340 600 / 71 252 869