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Foire internationale du livre de Tunis : Une édition réussie dans les chiffres, fragilisée par l’organisation

Par Imen Abderrahmani

 

Malgré une affluence record et des ventes en hausse, la 40ème édition de la Foire internationale du livre de Tunis a révélé des défaillances organisationnelles qui appellent à une profonde remise à niveau.

 

Le rideau est tombé, le dimanche 3 mai, sur la 40ème édition de la Foire internationale du livre de Tunis, organisée au Parc des expositions du Kram, du 23 avril au 03 mai. Dix jours durant, éditeurs, auteurs et lecteurs ont tenté d’y trouver leur compte.

Pour le public, la manifestation a offert une précieuse immersion dans l’univers du livre, entre découvertes de nouveautés et retrouvailles avec les catalogues d’éditeurs tunisiens et étrangers. Le retour remarqué de plusieurs maisons d’édition égyptiennes, salué par leurs homologues tunisiens, a notamment ravivé les perspectives de coopération et d’échanges professionnels après de longues années d’absence.

Mais le comité d’organisation a-t-il su mesurer l’ampleur de cette opportunité et en exploiter tout le potentiel ? La réponse laisse un goût d’inachevé. Faute d’une stratégie claire, en particulier sur le plan organisationnel, la foire s’est souvent transformée en véritable labyrinthe où les visiteurs peinaient à localiser les stands, tant la numérotation semblait dépourvue de logique. Cette désorientation n’a pourtant pas découragé les lecteurs qui ont multiplié les visites et parcourant inlassablement les allées tout au long de l’événement.

Côté chiffres, et pour souligner le succès populaire de la manifestation, les organisateurs ont indiqué que la journée du 1er mai, jour férié, a enregistré une affluence record de 35.000 visiteurs. Le bilan global de fréquentation pour l’ensemble de la foire n’a toutefois pas encore été communiqué, alors même que la publication de statistiques détaillées demeure essentielle pour évaluer avec précision l’impact réel de la manifestation et orienter ses futures éditions.

Positivons- nous ! Cette belle affluence a permis aux exposants tunisiens et arabes de faire tourner leurs stands et de réaliser des ventes significatives, confirmant ainsi la vitalité du marché du livre malgré un contexte économique difficile.

Il est ainsi à noter que l’une des réussites de cette édition est le pavillon qui a accueilli les activités destinées aux enfants et aux jeunes. Bien pensé sur le plan esthétique et également sur le plan organisationnel et également confort,  ce pavillon est une bonne expérience qui mérite d’être saluée.

Ces défaillances à corriger !

Mais, ayons les pieds sur terre et soyons réalistes. Au-delà de cette belle affluence, nombreux sont les points noirs qui ont marqué cette 40ème édition, censée être celle de la maturité et du professionnalisme. Primo, l’absence d’un plan de répartition des stands clairement visible a contraint de nombreux exposants à se référer régulièrement à la buvette ou à d’autres stands officiels afin d’orienter les lecteurs de gagner en visibilité. Secundo, n’oublions pas, la faiblesse de l’éclairage !

Tercio, à l’ère du numérique, il est difficile de comprendre qu’une foire forte de sa 40ème édition ne dispose toujours pas d’un site web et que ses activités (rencontres, débats, séances de dédicaces ou invitations d’auteurs) ne soient pas annoncées suffisamment en amont sur les réseaux sociaux. Une communication anticipée aurait pu inciter les visiteurs à ne pas se limiter à l’achat de livres, mais aussi à assister aux échanges et conférences. Dans ce contexte, la présence de plumes de renom telles qu’Ibrahim Nasrallah, Yamen Manaï, Mirna El Mahdy ou Saïd Khatibi est passée presque inaperçue. Il en va de même pour de nombreuses rencontres organisées au sein des stands, pourtant riches et pertinentes, qui auraient mérité une meilleure programmation et une annonce en amont. Faute d’une stratégie de communication efficace, nombreux de ces rendez-vous se sont déroulés dans une quasi-discrétion.

Au-delà de ces anomalies relevées, un constat s’impose : le véritable capital de la Foire internationale du livre de Tunis reste son public fidèle, mais aussi les éditeurs et les auteurs qui continuent d’y croire et de la faire vivre. C’est cette triade (lecteurs, éditeurs, écrivains) qui donne à la manifestation sa légitimité et sa force. Leur engagement mérite, en retour, une organisation à la hauteur des attentes, capable de transformer cet engouement en véritable expérience culturelle structurée et cohérente. Un bilan approfondi et sans complaisance s’impose donc, afin d’identifier les failles et de consolider les acquis.

Dans cette perspective, il devient indispensable de faire appel à des spécialistes de l’organisation événementielle et de la médiation culturelle pour améliorer à la fois l’esthétique générale et la logistique de la foire. L’ouverture à de nouveaux horizons éditoriaux pourrait également renforcer son attractivité, notamment en invitant davantage de pays à forte production culturelle comme le Japon, et en mettant en valeur des genres très prisés des jeunes publics, tels que les mangas. Une telle orientation permettrait non seulement de renouveler l’offre, mais aussi de rapprocher davantage la foire des nouvelles générations de lecteurs, garantes de sa pérennité.

Imen. A.

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