Par Chokri Baccouche
Et le miracle fut : Pour la première fois depuis 17 ans, la Société Tunisienne de Banque (STB) a annoncé, hier jeudi 7 mai 2026, la distribution de dividendes à ses actionnaires. Cette décision marque un tournant historique pour cette banque publique et offre un signal, fort et de bon augure, pour le secteur financier tunisien. Pourquoi parler de miracle ?
Parce que les banques publiques nous ont habitués tout au long des dernières décennies par les contre performances et les résultats négatifs pour ne pas dire médiocres. Historiquement, ces institutions, censées soutenir le développement, sont régulièrement affaiblies par des choix structurels discutables et des règles de gouvernance défaillantes.
Bien qu’elles parviennent par moments à afficher des résultats nets positifs, elles ploient le plus souvent sous le poids des créances douteuses qui mettent à mal l’équilibre fragile de leurs trésoreries.
Par créances douteuses, il s’agit bien évidemment de prêts accordés mais qui ne sont plus remboursés et à ce titre il y a tout lieu de parler d’une hémorragie le moins qu’on puisse dire phénoménale. Les chiffres nous apprennent qu’à la mi-2024, les trois grandes banques publiques du pays à savoir la Société Tunisienne de Banque, la Banque de l’Habitat et la Banque Nationale Agricole ont cumulé, en effet, près de 6,9 milliards de dinars de créances non performantes.
Les pratiques de clientélisme et l’octroi de crédits douteux sans garanties suffisantes ou réelles qui ne font pas mystère, ont donc depuis toujours limité la capacité de ces institutions bancaires à générer des profits et à soutenir l’économie de manière efficace.
A la surprise générale, la STB vient donc de rompre de la plus belle des manières ce signe indien qui colle aux basques des banques publiques depuis des lustres. Cette distribution de dividendes a été rendue possible, croit-on savoir, grâce à une nette amélioration des performances financières de la banque.
Après plusieurs années de restructuration et de consolidation de son portefeuille de crédits, la STB a enregistré une hausse significative de son résultat net, permettant ainsi de générer des excédents distribuables aux actionnaires.
En mettant en place des mécanismes stricts de suivi des risques et en réduisant de manière drastique ses créances douteuses, la banque a pu finalement se refaire non seulement une santé mais également retrouver une assise financière solide.
Après une longue traversée du désert donc c’est le jackpot donc pour la STB qui renoue enfin avec la croissance. Le premier enseignement qu’on peut tirer de cet événement à marquer d’une pierre blanche c’est qu’une gestion rigoureuse peut restaurer la crédibilité et accroitre la résilience des banques publiques. De même que le suivi strict des créances, associé à une bonne gouvernance permettent de créer de la valeur durable.
Bref, on peut dire que la croissance et les performances ne se décrètent pas mais obéissent à des critères objectifs qui ont pour noms rigueur, réactivité, adaptabilité, gestion efficiente et surtout, surtout gouvernance de qualité et au dessus de tout soupçon.
Le retour des dividendes à la STB est plus qu’un événement financier : il illustre la capacité des banques publiques tunisiennes à se transformer en institutions performantes et stratégiques pour l’économie nationale, lorsqu’une gestion rigoureuse et disciplinée remplace les pratiques clientélistes du passé.
Le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Fethi Zouhair Nouri, a annoncé, mercredi 6 mai 2026, la mise en place d’un groupe de travail chargé d’élaborer une feuille de route opérationnelle dans un délai ne dépassant pas un mois. Cette initiative s’inscrit dans une volonté de redynamiser le rôle du secteur bancaire dans le financement de l’économie réelle.
Placée sous l’égide du Conseil bancaire et financier, cette instance aura pour mission de définir des engagements clairs pour les banques, visant notamment à renforcer le financement de l’économie, soutenir les petites et moyennes entreprises (PME) et impulser une nouvelle phase de développement du secteur.
La performance réalisé par la STB tombe à ce propos à point nommé et montre la voie à suivre pour l’ensemble des banques publiques qui peuvent devenir, une fois assainies et restructurées, des leviers puissants de croissance, d’emploi et de développement économique, dans un contexte où le financement des petites et moyennes entreprises reste paradoxalement très limité pour ne pas dire insignifiant et ce, malgré le poids majeur des PME, véritable moteur de l’économie nationale, représentant plus de 95% du tissu entrepreneurial, générant plus de 70% des emplois du secteur privé et contribuant à environ 50% du PIB…
C.B.

