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Editorial : La comedia dell’arte…

Par Chokri Baccouche

De deux choses l’une : ou bien ils ont un sacré retard dans l’allumage, ou bien ils prennent délibérément leurs interlocuteurs pour des canards sauvages. Ils ? Il s’agit du groupe de douze sénateurs démocrates américains qui a interpellé il y a quelques jours le Commandement central des Etats-Unis (Centcom) au sujet du soutien militaire accordé à Israël dans les opérations menées, tenez-vous bien, au Liban et en Iran.

Aussi décoiffant que cela puisse paraitre, ces élus sont allés même jusqu’à accuser l’entité sioniste et les forces américaines de violations du droit international et ce, en commettant un nombre incalculable d’actions répréhensibles et moralement inacceptables contre les populations civiles libanaises et iraniennes. Mieux vaut tard que jamais, dit-on.

Mais si l’on regarde de près le cas d’espèce, on ne peut s’empêcher de penser que le courage apparent de ces congressmen à plus l’air d’une opération de relations publiques qu’autre chose : une tentative tardive de montrer que le Congrès existe, alors qu’il a passé des décennies à voter budgets militaires sur budgets militaires, comme un automate docile, applaudissant tout ce qui permet de soutenir, à fond la caisse, l’ « allié stratégique israélien ».

Ces sénateurs qui donnent l’impression de se réveiller d’un profond coma ont découvert, comme par miracle, un principe qui semblait jusqu’ici obscur pour Washington à savoir que fournir des armes et des renseignements à un allié belliqueux qui cherche noise à tous ses voisins, n’est pas neutre. Ils viennent tout juste de se rendre compte que chaque missile israélien lancé sur le Liban et chaque bombe larguée sur l’Iran implique la signature américaine.

Comble de l’hypocrisie, le Centcom a agi pendant de longues années comme si le droit international était une suggestion facultative ou, pis, un vulgaire kleenex tout juste bon pour être balancé dans la poubelle après usage, mais paradoxalement le Congrès a fait semblant de ne rien voir tout au long de cette période.

Quand des élus s’indignent que leurs propres bidasses aient commis des violations du droit international qu’ils ont rendues possibles, comble de l’ironie, par leur ineptie calculée et leur inaction, le plus souvent délibérées, il y a tout lieu de penser à une comédie grotesque. On l’aura certainement compris, l’éveil de conscience en sursaut de ces élus qui rompt avec le statu quo habituel n’est, en réalité, qu’une vulgaire opération de marketing politique à visée électoraliste.

A l’approche des élections de mi-mandat, ces sénateurs démocrates cherchent, en effet, à discréditer leurs rivaux républicains dont la tête de file, le président Donald Trump en l’occurrence, est accusé, à juste titre, d’un nombre incalculable de dépassements ayant causé des troubles sociaux aux Etats-Unis et semé le fatras un peu partout à travers le monde.

Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a ordonné des bombardements au Venezuela, en Iran, en Somalie, en Syrie, en Irak, au Yémen, au Nigeria, sur des navires au large de la Colombie et du Mexique - et maintenant, à nouveau sur l'Iran. A aucun moment, le revenant locataire de la Maison Blanche ne s'est embarrassé du Congrès pour lancer ses guerres plus ou moins lointaines, ou pour les faire valider a posteriori.

Si les élus dépossédés de leurs attributions protestent, c'est bien faiblement. On pourrait penser à priori que la position critique des douze sénateurs est une sorte de révolte institutionnelle visant à restaurer et rétablir le pouvoir légitime attribué au Congrès par la Constitution qui semble s’être malheureusement étiolé, face à l’affirmation d’une « présidence impériale » sous Donald Trump.

Ce dernier a d’ailleurs fréquemment recours à des décrets présidentiels pour contourner le sénat pour des « questions majeures ». En 2026, il a notamment annoncé, au mépris de la Constitution, se passer du feu vert du Congrès pour des actions militaires contre l’Iran et le Venezuela, arguant prétendument de l’urgence, alors que ce n’était pas du tout le cas.

Le Congrès américain découvre donc- à la bonne heure- ce que le monde savait depuis longtemps : soutenir des frappes militaires, c’est signer la note de la destruction et, pis encore, se faire complice des atrocités et autres génocides, perpétrés par le protégé israélien. Mais entre l’indignation tardive et les millions de vies perdues à Gaza, au Liban et en Iran… le fossé est immense. Et dans ce théâtre absurde, ce sont les populations civiles qui paient la facture tragique de l’ineptie du Congrès. 

Si le Sénat américain veut vraiment retrouver un semblant de crédibilité internationale, il faudra plus que de timides interpellations : il faudra un examen de conscience politique et stratégique, des audits sur les responsabilités partagées et une vraie remise en question du soutien militaire automatique à des opérations militaires criminelles, politiquement inconcevables et moralement inacceptables, comme celles qui se déroulent actuellement au Moyen-Orient.

Mais pour l’instant, le Congrès préfère jouer les chevaliers blancs dans le journal du dimanche, tandis que Centcom et Israël continuent leur sinistre ballet meurtrier et sèment la mort et le fatras dans la région au mépris du droit international et de toutes les valeurs universelles communément admises…

C.B.

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