L’examen du projet de loi sur les compléments alimentaires par la Commission de la santé de l’ARP a mis en lumière une guerre discrète entre pharmaciens et parapharmaciens autour de la commercialisation de ces produits. Mais derrière ce bras de fer, les normes sanitaires sont-elles réellement respectées ?
La Commission de la santé, des affaires de la femme, de la famille, des affaires sociales et des personnes handicapées a tenu jeudi dernier une séance d’audition consacrée à l’examen de la proposition de loi relative à la fabrication des compléments alimentaires.
D'où proviennent ces produits, comment sont contrôlés et que contient ce projet de loi? Interdits dans les pharmacies et tolérés dans les parapharmacies, les compléments alimentaires font désormais l'objet d'un projet de loi, mais aussi d'une guerre cachée entre pharmaciens et parapharmaciens.
En effet, le secrétaire général de Syndicat tunisien des propriétaires de pharmacies privées a confirmé, lors d’une séance d’audition au sein de la Commission de la santé de l’Assemblée des représentants du peuple, que 2 500 pharmaciens se trouvent actuellement en situation de « liberté provisoire ». Il a précisé que la présence de compléments alimentaires dans les pharmacies est considérée comme illégale, alors qu’elle est autorisée dans les magasins de parapharmacie.
Les représentants du syndicat des pharmacies privées ont insisté sur la nécessité de mettre à jour les textes juridiques afin de rendre légale la vente des compléments alimentaires, tout en garantissant la qualité et la sécurité de leur fabrication. Ils ont également appelé à ajouter d’autres dispositions au projet de loi relatif à la fabrication des compléments alimentaires. Au delà de l'aspect commercial, comment sont fabriqués ces produits ?
A haut risque...
Interrogé à ce sujet, Dr Ahmed Fouad Rekik, nous a confié : " On doit faire comme dans tous les pays qui se respectent où la présence obligatoire d’un pharmacien responsable représentant la santé publique dans toute la chaîne de fabrication des compléments alimentaires est obligatoire comme cela se fait dans l’industrie pharmaceutique. Il est aussi nécessaire d’établir des tableaux de classification des substances utilisées dans la fabrication des compléments alimentaires et de créer un registre national des compléments alimentaires selon le degré de dangerosité des substances utilisées ".
Et d'ajouter : " Aussi bien le législateur que les professionnels de la santé doivent fixer un ensemble de règles destinées à organiser le secteur de la fabrication des compléments alimentaires en Tunisie et à définir des normes de qualité afin de garantir la conformité des produits commercialisés sur le marché, notamment en ce qui concerne leur fabrication, emballage, stockage, conservation, transport et distribution, ainsi que la fourniture d’informations correctes et claires aux consommateurs ".
A noter que ce projet de loi est composé de 54 articles, couvre l’ensemble des acteurs intervenant dans la chaîne de production des compléments alimentaires, y compris les entreprises qui les fabriquent, ainsi que les sociétés et particuliers qui vendent ou achètent ces produits via Internet et les plateformes de commerce électronique.
Selon le document explicatif accompagnant le projet, cette initiative vise à protéger le tissu national des fabricants locaux contre les risques menaçant leur activité en raison du flou juridique et de l’absence d’un cadre réglementaire clair.
Elle vise également à lever les obstacles auxquels le secteur est confronté, à le protéger des intervenants non réglementés grâce à une loi encadrant l’accès au marché, et à offrir aux investisseurs tunisiens des garanties conformes au nouveau Code de l’investissement, afin de soutenir davantage l’investissement et de conquérir de nouveaux marchés à l’exportation.
Au-delà du conflit entre pharmaciens et parapharmaciens, le véritable enjeu reste la protection du consommateur. Dans un marché en pleine expansion, où les compléments alimentaires sont vendus aussi bien en magasins que sur Internet, l’absence d’un cadre juridique clair ouvre la porte à de nombreuses dérives : produits de qualité douteuse, substances dangereuses ou informations trompeuses.
Ce projet de loi apparaît ainsi comme une tentative de mettre de l’ordre dans un secteur longtemps laissé dans le flou. Reste désormais à voir si le texte parviendra à concilier exigences sanitaires, intérêts économiques et droit du consommateur à des produits sûrs et contrôlés.
M.B.S.M.

