Par Chokri Baccouche
La guerre contre l’Iran s’est révélée être un véritable gouffre sans fond pour les Etats-Unis qui peinent, de plus en plus, à financer ce conflit extrêmement coûteux. Selon le contrôleur par intérim du Pentagone, Jules Hurts, les opérations militaires U.S auraient déjà englouti l’astronomique somme de 29 milliards de dollars.
A en croire plusieurs responsables américains ayant eu accès à des évaluations internes, la facture réelle serait encore plus salée et pourrait flirter avec les 50 milliards de dollars. L’idée d’une guerre contre l’Iran est souvent présentée par l’establishment politique américain comme un impératif de sécurité nationale.
Cette rhétorique belliqueuse qui revient comme un leitmotiv dans les discours des responsables américains est très discutable bien évidemment car le pays des mollahs n’a jamais présenté en réalité une menace pour la sécurité nationale des Etats-Unis.
Derrière le vernis de la « défense des intérêts américains » se cache en fait une logique beaucoup plus cynique et mercantile qui veut que chaque dollar dépensé dans ce conflit enrichira un peu plus un petit cercle d’industriels d’armement qui ne ratent aucune occasion pour se mettre plein les poches au détriment des contribuables américains, acculés comme à l’accoutumée à en payer le prix fort.
La guerre contre Téhéran qui s’enlise dans les eaux glauques de l’obstination morbide de Donald Trump est aussi une guerre par procuration menée, tambour battant, par le pays de l’oncle Sam pour le compte de son trublion protégé israélien. Les motivations économiques voraces des uns et les manipulations bassement politiques des autres, mangent donc dans le même râtelier de ce conflit larvé qui n’est pas près de connaître malheureusement son épilogue.
Depuis leur fondation en 1776, les États-Unis ont mené près de 400 interventions militaires à travers le monde. Ces engagements, incluant des guerres majeures, des actions de police et des opérations de la Guerre froide, se sont intensifiés après le 11 septembre 2001. Toutes ces guerres ont profité directement, d’une manière ou d’une autre, à l’industrie de l’armement qui pèse des centaines de milliards de dollars chaque année.
Le conflit en cours contre l’Iran n’échappe pas donc à cette sinistre règle et constitue une aubaine pour Boeing, Lockheed Martin, Raytheon et leurs filiales qui engrangent une montagne d’argent pour la fourniture d’avions, de missiles, de drones et de systèmes de surveillance.
Et peu importe si ces contrats faramineux aggravent la dette publique et creusent un déficit déjà colossal : pour ces entreprises et leurs lobbyistes, la guerre est un marché juteux garanti par l’État.
La rhétorique officielle sur la prétendue menace iranienne, souvent exagérée ou manipulée, sert donc de combustible pour allumer la mèche de la guerre. Les rapports sur le nucléaire iranien ou les activités militaires régionales de Téhéran sont présentés, à dessein, de manière alarmiste pour justifier une intervention militaire. Ils sont relayés par une propagande tendancieuse qui se charge d’enfoncer encore plus le clou en diabolisant le pays à abattre afin de persuader l’opinion publique du bien fondé de mener à son encontre une action militaire
Ce scénario éculé s’est répété inlassablement à maintes reprises causant des drames indicibles en Irak, Somalie, Afghanistan, Syrie et en Libye. Derrière toutes ces mises en scène guerrières d’un cynisme inouï se cachent des décisions motivées par le seul profit.
Chaque escalade militaire sert davantage à gonfler le budget de la Défense qu’à protéger le citoyen américain. Chaque conflit est un jackpot pour les industriels de l’armement mais une tragédie kafkaïenne pour les populations civiles des pays ciblés par la machine de guerre américaine.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître et au moment où Washington dépense des centaines de milliards pour bombarder l’Iran, l’infrastructure domestique américaine s’effrite. Les routes, les hôpitaux et les écoles, semble-t-il, partent en vrille et sont sacrifiés au profit d’un appareil militaire qui prospère sur le chaos.
Chaque gallon de carburant plus cher, chaque hausse des prix de l’énergie, chaque déficit budgétaire accru est payé par la population, tandis que le vrai bénéficiaire reste l’élite corporative. De ce qui précède, on peut finalement affirmer sans risque de se hasarder que l’Amérique n’est pas menacée par l’Iran mais paradoxalement par ses propres dirigeants, obsédés par le profit et le contrôle et toujours prêts à transformer la guerre en une machine à cash.
Au détriment de leurs propres concitoyens mais également de tous les citoyens du monde qui subissent, par ricochet, les effets pervers de leurs errements sans fin et de leur dangereux aventurisme guerrier devenu une véritable obsession…
C.B.

