Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
La région de Kasserine pourrait devenir l'autre bassin minier de Tunisie et ce suite à la découverte par les Australiens d'un important gisement de phosphate. Que vaut cette découverte sur le plan stratégique ?
La société australienne PhosCo Ltd a annoncé la découverte de deux nouveaux gisements de phosphate dans le cadre de son projet Gasaat, situé dans le gouvernorat de Kasserine, ce qui augmente considérablement le potentiel géologique du site. Selon, en effet, un communiqué publié par la société le 5 mai 2026, les nouvelles découvertes concernent les zones KM et SAB, qui devraient ajouter environ 20,2 millions de tonnes de ressources supplémentaires, avec une teneur moyenne estimée à 20,5 % de pentoxyde de phosphore (P₂O₅), un indicateur essentiel de la qualité du minerai, " on se dirige vers une hausse des réserves totales à plus de 166 millions de tonnes.
Avec l’ajout de ces nouvelles quantités, le volume total estimé des ressources du projet atteint désormais environ 166,6 millions de tonnes de minerai, avec une teneur moyenne de 20,6 % en P₂O₅, contre des estimations précédentes d’environ 146 millions de tonnes ", nous dira l'expert en mines, Hassan Souilmi.
Mieux encore, la société prévoit d’intégrer ces découvertes dans le futur plan d’exploitation minière, dans le cadre d’une étude économique préliminaire attendue au troisième trimestre 2026, laquelle déterminera le potentiel final du projet. Selon, en outre, notre interlocuteur : " Dans sa version initiale, le projet visait une production annuelle d’environ 1,5 million de tonnes sur une durée d’exploitation estimée à 46 ans. PhosCo Ltd prévoit également de poursuivre les opérations d’exploration dans les autres zones de concession, avec la possibilité de découvrir de nouvelles ressources supplémentaires dans les mois à venir ". Que vaut, de fait, cette découverte sur le plan stratégique ?
Stratégique...
Malgré ces avancées, le projet Gasaat reste encore au stade de l’évaluation économique et sa rentabilité finale n’a pas encore été confirmée. Les futures études détermineront sa capacité à devenir un projet minier rentable et opérationnel.
Pour l'expert Souilmi : « En cas de succès, le projet pourrait représenter un apport stratégique important pour l’entreprise ainsi que pour la Tunisie, notamment dans le contexte des efforts visant à relancer le secteur du phosphate. Il faut savoir également que cette évolution s’inscrit dans la stratégie de financement adoptée par la société depuis le début de l’année 2026. En février, elle avait annoncé avoir sécurisé des financements d’un montant de 3,5 millions de dollars afin de soutenir l’avancement du projet par le biais d’une émission d’actions".
Au delà, par ailleurs, de son apport économique, ce projet est de nature à relancer la coopération avec l'Australie dans pas mal de domaines notamment agricole. Interrogé à ce sujet, l'activiste, Rached Marhlouthi, nous a confié : " L'on sait que l'Australie est l'un des plus importants pays agricoles au monde où l'élevage est l'un des piliers de son économie. De ce fait, elle importe des quantités immenses d'engrais notamment de la Tunisie.
Alors, les deux pays peuvent tirer profit de cette coopération en aidant de la part de l'Australie la Tunisie dans le domaine de l'élevage d'autant que la région de Kasserine est connue pour son cheptel ovin et bovin qui ne cesse malheureusement de régresser ".
Il convient de rappeler que PhosCo Ltd a acquis entre 2020 et 2022 l’ensemble des licences relatives à la zone de Gasaat, située dans le bassin phosphatier de Gafsa Basin, l’un des plus anciens et des plus importants bassins miniers d’Afrique du Nord, considéré historiquement comme le cœur de l’industrie phosphatière tunisienne depuis la fin du XIXe siècle.
Cette découverte intervient surtout à un moment où la Tunisie cherche à reconquérir une place perdue sur le marché mondial du phosphate, après des années marquées par les grèves, les sit-in et les blocages qui ont fortement paralysé la production dans le bassin minier de Gafsa et coûté des milliards au pays.
Plus qu’un simple nouveau gisement, le projet de Gasaat représente donc un véritable test : celui de la capacité de la Tunisie à sécuriser ses investissements stratégiques, restaurer la confiance des partenaires étrangers et transformer enfin ses richesses naturelles en moteur durable de croissance nationale.
M.B.S.M.

