Par Hassan GHEDIRI
Quand on choisit son fournisseur de service internet, on cherche toujours la qualité au meilleur prix. C’est-à-dire payer un abonnement avec lequel l’on ne rencontre pas le moindre problème…
Il s’avère néanmoins que c’est, souvent, peine perdue. Car il nous est tous déjà arrivé de rencontrer un problème plus ou moins ennuyeux avec sa connexion fixe ou mobile. Vous faites part de votre mécontentement à votre opérateur et on vous assure tout simplement que tout va bien. Cette frustration, des millions de Tunisiens devaient l’avoir vécu, chacun à sa manière.
Pour tenter de remédier à ces situations embarrassantes et litigieuses, l’Instance nationale des télécommunications compte instaurer une transparence exemplaire quant à la qualité des services fournis par tous les différents fournisseurs d’internet dans le pays. Pour ce faire, l’instance a lancé, avant-hier mercredi (14 mai 2026) un appel d’offres international pour se doter d’une solution de crowdsourcing pour l’évaluation de la qualité des services internet fixe et mobile sur l’ensemble du territoire national.
Le principe est simple. Plutôt que d’installer des équipements de mesure onéreux, l’INT s’appuiera sur les abonnés eux mêmes en utilisant leurs terminaux (smartphones, tablettes, ordinateurs et routeurs wifi) comme capteur de mesure offrant une large couverture grâce à leur déploiement sur pratiquement la totalité du territoire.
Ainsi, une application qui serait installée volontairement par les utilisateurs, effectuera en temps réel, 24h/24, des tests de performance concernant le débit des connexions, la vitesse de téléchargement, la qualité des appels vocaux et vidéo en ligne.
L’INT va ainsi pouvoir collecter des millions de données sur la qualité d’Internet aux quatre coins de la Tunisie, dans les grandes villes comme dans les zones les plus reculées, d’où la capacité d’évaluer l’expérience concrète des abonnés. Car jusqu’ici, pour évaluer la qualité des réseaux, le régulateur du marché des télécoms en Tunisie, dépend largement des données fournies par les opérateurs. Ces chiffres, mesurés dans des conditions idéales, ne correspondent pas toujours à ce que vivent les abonnés aux heures de pointe ou dans les zones et les quartiers mal desservis.
Objectif commun
Grâce à la solution de crowdsourcing dans laquelle elle va investir, l’instance sera capable de comparer les promesses commerciales des opérateurs avec les services fournis aux abonnés. Lorsqu’un opérateur quelconque commercialise de l’internet très haut débit (4G et 5G) mais la réalité du terrain montre autre chose, le régulateur le saura instantanément et pourra réagir en conséquence.
Il est important de souligner que le crowdsourcing est une contraction de « crowd » et « outsourcing » signifiant respectivement en anglais, « foule » et « sous-traitance ». Cette notion s’applique à toute production participative, où plusieurs contributeurs travaillent sur le même projet pour un objectif commun. Par exemple la mesure de la qualité de l’internet pour le cas de l’INT. L’instance pourra donc établir et publier des baromètres de qualité comparatifs qui aide les usagers à mieux choisir leurs fournisseurs en toute connaissance de cause.
Les réclamations des abonnés seront également mieux traitées puisque s’appuyant sur des données objectives et fiables. La solution permettra aussi aux autorités de régulation du marché de télécoms en Tunisie d’identifier les zones blanches (les territoires mal desservies) et d’orienter par conséquent les investissements vers les régions défavorisées pour une combler les disparités numériques.
Ce type de plateforme existe déjà dans plusieurs pays, notamment en France avec l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP) ou encore au Royaume-Uni avec son Office of Communications (Ofcom) qui adoptent les solutions de régulation par la data avec entre autres le crowdsourcing comme le nouveau mode d'action qui complète les outils traditionnels du régulateur.
L’INT rejoint ainsi un cercle de régulateurs qui ont compris l’importance de la participation des utilisateurs à la régulation pour bénéficier d’un marché mieux régulé et pour que la concurrence s’exerce non seulement par les prix mais aussi à travers l’investissement dans les infrastructures réseaux.
H.G.

