Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
C'est l'ancien ambassadeur de la Tunisie qui le dit : l'ancien président déchu, feu Zine Al Abidine Ben Ali, aurait fait appel à un marabout Sénégalais pour sauver son régime lors des émeutes de 2010-2011. Quel lien entre la politique et la magie?
L'ancien ambassadeur de Tunisie au Sénégal, Chokri Hermassi, a révélé qu'un marabout sénégalais avait été sollicité pendant les derniers jours du régime de Zine El-Abidine Ben Ali. Les autorités tunisiennes de l'époque auraient fait appel à lui pour tenter mystiquement d'apaiser la tension politique qui menait à la révolution de 2011.Le diplomate a raconté que le marabout avait été reçu à l'ambassade tunisienne à Dakar.
En échange de ses « services », il aurait exigé une compensation matérielle extravagante : 147 moutons, une soixantaine de bovins et de chameaux, le tout pour une valeur estimée à près de 78 000 euros, " Bien que La magie et la politique sont intrinsèquement liées par une dynamique de pouvoir et de légitimité. Qu'il s'agisse de justifier l'autorité, de mobiliser des militants ou d'expliquer l'injustice sociale, l'irrationnel a toujours accompagné l'exercice du pouvoir ", nous dira la spécialiste en sociologie, Mariem Letaïem.
En effet, dans de nombreuses sociétés anciennes et modernes (notamment en Afrique postcoloniale), les dirigeants renforcent leur aura en s'associant à des forces occultes ou religieuses. La « magie » sert ici à sacraliser l'autorité et à prouver que le chef dispose d'une protection supérieure.
A titre d'exemple, l'ancien président gambien (au pouvoir de 1994 à 2016) a institutionnalisé la magie à l'échelle de l'État. Il prétendait détenir des pouvoirs mystiques capables de guérir le SIDA. Lors d'une célèbre "chasse aux sorcières" en 2009, il avait fait enlever des centaines de villageois accusés de sorcellerie et les avait contraints à boire des potions hallucinogènes.
Idem pour l'ancien président du Gabon (1967-2009) incarnait la conjonction entre la franc-maçonnerie et les rites magiques traditionnels. Haut dignitaire de la franc-maçonnerie en Afrique francophone, il était également un grand initié du ndjobi (une société initiatique et magique traditionnelle de l'est du Gabon), qu'il utilisait pour renforcer son contrôle politique.
Et le fléau n'est pas spécifique à l'Afrique ou aux sociétés dites moins développées. L’ancien président français, Jacques Chirac faisait régulièrement appel au service d'un marabout tunisien. Qu'en est-il de la Tunisie ?
Leila Trabelsi, un cas d'école...
Les Tunisiens murmuraient au cours du règne du président déchu, Zine Al Abidine Ben Ali que la famille Trabelsi, belle-famille du président menée par son épouse Leïla Trabelsi, était obsédée par la magie, l’astrologie, la recherche de trésors et les fouilles à travers tout le pays. Cependant, personne, y compris le voyant Hassane Chaarni, n’avait osé en parler publiquement.
Ce n'est qu'après la chute du régime en 2011 que les s'étaient diluées. En effet, Hassane Chaarni avait déclaré en 2011 dans une interview qu’il publierait prochainement un nouveau livre dans lequel il révélera des événements et des informations inconnus des Tunisiens concernant la sorcellerie, l’occultisme et la recherche de trésors, pratiques auxquelles Leïla Trabelsi et sa famille auraient été fortement attachées.
Charni avait également évoqué dans cette interview certains secrets et situations étranges liés au monde de la magie qui entourait la famille de l’ancien président déchu au palais de Carthage. Parmi les révélations mentionnées par Charni figure le fait que Leïla Trabelsi aurait fait manger à Zine el-Abidine Ben Ali de la « cervelle de hyène », qu’il se serait lavé avec son urine, et qu’il aurait découvert une « main de mort » dans son lit.
Une autre révélation concerne une période électorale durant laquelle Leïla Trabelsi l’aurait contacté afin d’émettre des billets de banque contenant des talismans destinés à ensorceler le peuple, malgré la victoire écrasante — comme à l’accoutumée — attendue pour Ben Ali grâce aux fraudes électorales.
Entre croyances occultes, instrumentalisation du sacré et quête désespérée de légitimité, la politique révèle parfois son visage le plus irrationnel. Derrière les palais, les discours officiels et les stratégies de pouvoir, la peur de la chute pousse certains dirigeants à chercher refuge dans l’invisible. Une pratique loin d’être marginale, qui traverse les époques, les continents… et les régimes.
M.B.S.M.

