On ne va pas se mentir, l’argent est le nerf de la guerre. Et la Tunisie, qui mène aujourd’hui une guerre sur plusieurs fronts doit savoir où placer ses sous. La conjoncture marquée par les grandes tensions sur les finances publiques ne laisse aucune place à l’erreur. L’une des guerres, impitoyable et sans repli nous est livrée par une Dame Nature très en colère, décidée de venger des siècles de maladresses et de bêtises humaines par un climat de destruction massive.
Bien que n’étant pas responsable de la crise climatique mondiale et qui est, au contraire, en passe de subir de plein fouet les conséquences du réchauffement de l’atmosphère terrestre, la Tunisie est partie prenante des conventions universelles engageant les Etats à atténuer les effets des changements climatiques.
Ayant ratifié depuis plus de trente ans, la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, la Tunisie vient de dévoiler ce qui est censé être la feuille de route nationale destinée à réduire les émissions du gaz à effet de serre et à s’adapter aux effets des changements climatiques.
Il s’agit de la troisième version de sa Contribution Déterminée au niveau National (CDN 3.0), qui fait office d’un document de référence définissant les priorités d’actions et les objectifs dans le cadre d’un engagement national d’accélérer la transition vers une économie moins polluante et plus résiliente au changement climatique.
Dévoilée fin de la semaine dernière, la CDN 3.0 vise à mobiliser des financements globaux estimés à 55 milliards de dollars américains, soit environ 162 milliards de dinars tunisiens pour l’élaboration et la mise en exécution des projets et programmes qui aideront à atténuer l’impact du réchauffement du climat sur les secteurs vulnérables. Le cap est particulièrement mis sur la sécurité alimentaire et hydrique, piliers fondamentaux de stabilité et de souveraineté alimentaire, économique et sociale.
Grandement affectée par le dérèglement du climat, la Tunisie risque en effet de voir le rendement de son agriculture chuter drastiquement au cours des quelques années à venir si l’Etat manque de revoir ses politiques actuelles. D’ici 2030, la valeur ajoutée du secteur agricole tunisien pourrait en effet baisser d’environ 20% sous l’effet du réchauffement du climat et de la multiplication des phénomènes extrêmes (sécheresse, inondation…).
Dans la CDN 3.0, l’Etat s’est fixé plusieurs objectifs pour affronter ces scénarios avec comme priorité stratégique le renforcement de la résilience de l’agriculture pour garantir une sécurité alimentaire solide et durable. Pour anticiper la raréfaction des ressources hydriques, un phénomène qui s’accentuera, d’après les prévisions scientifiques au cours des deux prochaines et qui privera la Tunisie de plus de 10% de ses eaux pluviales, l’Etat compte recourir de plus en plus aux eaux non conventionnelles.
La CDN 3.0 prévoit dans ce sens, d’augmenter la capacité de dessalement de l’eau de mer à 265 millions de mètres cubes par an d’ici 2035. L’Etat ambitionne également de multiplier par dix le taux des eaux usées traitées dans l’agriculture. L’objectif est porter ce taux de 6% actuellement à 50% durant la même période.
Des objectifs trop ambitieux qui nécessitent beaucoup d’argent pour transformer radicalement les politiques agricoles et hydriques dans le pays. La CDN 3.0 constitue un pari sur l’avenir, ambitieux et risqué à la fois. Car, il n’est guère facile de mobiliser 55 milliards de dollars dans un contexte de finances publiques sous tension.
Transformer en profondeur les modèles agricoles et hydriques, adapter toute une économie aux bouleversements d’un climat de plus en plus hostile sont des défis qui exigent non seulement de la volonté politique, mais aussi une bonne gouvernance surtout beaucoup d’espèces sonnantes et trébuchantes.
H.G.

