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Editorial : La révolte des mortels …

Par hokri Baccouche

Les Européens découvrent aujourd’hui, à leurs corps défendant, que leur suivisme aveugle vis-à-vis des Etats-Unis leur a joué un très mauvais tour. Malmenés par Donald Trump depuis son retour fracassant à la Maison Blanche, humiliés, marginalisés, rapetissés, voire méprisés, les pays du vieux continent sortent, peu à peu, de leur torpeur et se réveillent en sursaut avec la ferme détermination de prendre leur destinée en main.

C’est la tendance, en tout cas, qui prévaut actuellement en France notamment où la Gauche sonne, ces derniers temps, la mobilisation et tente d’éveiller les consciences pour résister à cette Amérique « trumpiste » qui agit comme un rouleau compresseur pour servir ses seuls intérêts, bousculant voire écrasant tout sur son passage, y compris ses alliés.

De Jean-Luc Mélenchon à François Hollande en passant par Raphaël Glucksmann, les dirigeants de la gauche française sont sur le pied de guerre, dispensant des conseils pour se défendre des coups de boutoir de Washington. La France Insoumise (LFI) estime ainsi que la « principale menace qui plane sur la paix mondiale vient de l'impérialisme hégémonique américain ».

« L’oncle Sam organise méthodiquement sa confrontation avec la Chine et pour y arriver les Américains doivent mettre à genoux l'Europe et l'Amérique latine », analysait, il y a quelques jours sur France 2, Jean-Luc Mélenchon, le fondateur de ce mouvement. Pour sortir de l’ornière et trouver une issue à cette situation compromettante pour l’avenir de l’Hexagone, LFI plaide en faveur d’une « indépendance absolue » vis-à-vis des Etats-Unis et un « non alignement » effectif.

Dans les faits, cela veut dire d’abord un retrait de la France de l’Otan. Non pas pour approfondir la défense européenne, mais pour « nouer des alliances de manière autonome » avec des pays de tous les continents ».

Cela signifie aussi arrêter de tourner le dos à la Chine et « terminer au plus vite la guerre en Ukraine pour réintégrer la Russie dans le concert européen », préconise Jean-Luc Mélenchon.A quelques menues nuances près, le même son de cloche se vérifie chez Raphaël Glucksmann.

Le très europhile président de Place publique, lui, croit dur comme fer à la puissance européenne pour faire face à Trump. « Nous ne sommes pas sans moyen de pression sur l'économie américaine. Il nous manque juste la volonté de les utiliser », expose-t-il tout récemment sur X. 

François Hollande n’y va pas, lui aussi, avec le dos de la cuillère quand il s’agit de critiquer les frasques de Donald Trump : la présidence américaine organise aujourd'hui un « système de dépouille et de prédation », où la « suprématie » a remplacé la démocratie comme justification de l'intervention, déclarait récemment l’ancien président français.

Pour se défendre, « il faut à la fois convoquer le droit international mais aussi se faire respecter  et savoir jouer le rapport de force en misant sur l’économie, car  si  le pouvoir d'achat diminue outre Atlantique,  le mécontentement de l’électorat américain peut se répercuter lors des midterms », estime l’ancien patron de l’Elysée.

Il n’y a pas que la France qui se rebiffe, en fait, contre les dérives insupportables de celui qui se considère comme le potentat absolu qui règne sans partage sur le monde et décide du sort de tous les bipèdes de la planète. Un vent de mutinerie souffle en effet ces derniers temps sur l’Occident, semblable à bien des égards à la « révolte du Bounty ».

A l’instar de William Blight, le cruel capitaine de ce navire britannique dont la tragique saga a été portée à maintes reprises à l’écran, Donald Trump a fini par exaspérer pratiquement tous les alliés des Etats-Unis. Ces derniers sont de plus en plus tentés de tourner le dos à cette Amérique devenue imprévisible et donc pas du tout solvable. La récente visite effectuée en Chine par le Premier ministre Britannique confirme de manière éloquente ce constat et en dit long à ce sujet.

A l’issue de son périple au pays des Mandarins qui a irrité, comme il fallait s’y attendre, le président américain, le patron du 10 downing Street a livré des impressions on ne peut édifiantes et instructives : "Le monde est instable (...). Et nous devons donc composer avec cette instabilité mondiale. Mon principe directeur est l'intérêt national du Royaume-Uni", a-t-il insisté  dans un entretien à des chaînes de télévision britanniques, en saluant les "opportunités" économiques ouvertes par sa visite en Chine.

C’est dans ce même cadre que s’inscrit l’alliance économique et stratégique scellée il y a quelques jours par l’Union Européenne et l’Inde. Ce pacte d’envergure, qualifié « d’accord de tous les accords » va donner naissance à une zone d’échanges regroupant deux milliards de citoyens. Il repose sur une baisse drastique des barrières tarifaires et va permettre surtout à l’Union européenne et à l’Inde de « tracer une voie autonome, s’affranchissant de l’imprévisibilité de la politique étrangère américaine».

Signe des temps, même le Canada, que Trump veut transformer en 51ème Etat américain, s’y met sérieusement. Pour rappel, le voisin outré des Etats-Unis s’est engagé, en janvier 2026, à renforcer sa coopération économique avec la Chine, initiant un « nouveau partenariat stratégique ». Véritable pied de nez à l’adresse du locataire de la Maison Blanche, cette démarche est un redéploiement inédit qui inaugure un changement majeur du Canada sur le plan géostratégique.

Finalement, on peut vraiment dire que tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle finit par se casser. En se prenant pour dieu sur terre, Trump s’est mis à dos tous les « mortels », contribuant ainsi à l’isolement de son pays sur la scène internationale. A trop tirer sur la corde, l’empire est en passe de se brûler en réalité les ailes, accélérant de fait le compte à rebours de sa propre chute…

C.B.

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