Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Et si on remplaçait l’enlèvement des véhicules en stationnement interdit par la fourrière par des amendes, telle est la proposition d’un député au CNRD. Seulement les municipalités ont-elles les moyens logistiques et humains pour bien gérer ce dispositif ?
C’est le député au Conseil national des régions et des districts (CNRD), représentant de Ben Arous, Marouane Zayana, qui est à l’origine de cette initiative adressée au ministère de l’Intérieur et qui vise à mettre un terme à l’usage des grues de fourrière, communément appelées « changuel » en Tunisie. Le député propose, en effet, de substituer le remorquage des véhicules par un système d’amendes géré par un dispositif numérique et ce dans le cadre de la modernisation de l’action minicipale.
Selon Zayana, ce système permettra également de mettre fin aux abus commis par les agents chargés de l’enlèvement des véhicules en situation de stationnement interdit, « cette réforme contribuerait à préserver les biens privés en évitant les dégradations souvent engendrées par des opérations de remorquage mal encadrées», a-t-il indiqué.
Et d’ajouter : « L’intégration des outils numériques dans la gestion du stationnement pourrait permettre de diminuer aussi de plus de 60 % les coûts supportés par les municipalités, notamment en matière de carburant et de maintenance, tout en améliorant significativement le recouvrement des amendes ».
Selon, en effet, la majorité des automobilistes, le système d’enlèvement des véhicules par les grues de fourrières est un système abusif. « Le fait que des sociétés privées soient impliquées dans ce système a ouvert la voie vers des dépassements graves comme les dommages subis par les véhicules à cause de la nonchalance des agents. Il arrive même que des agents embarquent des véhicules alors que les tickets délivrés par les Parcmètres sont toujours valables.
L’objectif n’est plus de sanctionner les contrevenants, mais de ramasser le maximum de véhicules quitte à ne pas respecter la loi », nous dira Jamel Mechri. Que pensent les observateurs, alors, de cette initiative ?
Une nouvelle approche …
Selon l’avocat Me Houssem Eddine Ben Atiya : « Il faut savoir que la gestion des fourrières en Tunisie est un aspect essentiel de la régulation du stationnement et du trafic routier, impactant directement les automobilistes et les utilisateurs de la voie publique. Théoriquement, ce dispositif est géré par l’Etat. Mais depuis les années 2000, les entreprises privées ont été impliquées dans la gestion de ce dispositif.
Cela a donné lieu à plusieurs dépassements qui s’expliquent par l’ignorance de la loi aussi bien par les agents de ces entreprises que par les usagers. A titre d’exemple, l’enlèvement d’un véhicule dans une situation de stationnement interdit ne peut se faire qu’en présence d’un agent de l’ordre.
Ce qui n’est toujours pas le cas. Alors, cette initiative émanant du député Zayana peut, en effet, contribuer à mettre fin à ces abus. Faut-il encore que les municipalités aient les moyens logistiques et humains pour bien gérer ce système ». Et d’ajouter : « La stratégie dite Smart-Gov 2020, dont l’objectif est la mise en place des services administratifs multicanaux digitalisés de bout en bout, peine toujours à atteindre ses buts.
Dans le cas contraire, cela aurait permis justement de répondre aux exigences de cette initiative dont notamment le recouvrement des amendes par un système numérise lié directement à la plaque d’immatriculation du véhicule concerné ».
A rappeler que l’Organisation tunisienne pour informer le consommateur avait dénoncé au mois de juillet dernier « des violations des droits des citoyens et du cadre légal en vigueur relatif au stationnement des véhicules sur la voie publique. L’OTIC appelle aussi à la suspension immédiate des concessions de fourrière non conformes à la loi, en attendant un audit complet des conditions d’octroi. Elle insiste également sur la nécessité de réviser le cahier des charges municipal.
L’organisation propose ainsi le lancement de solutions numériques telles que des applications mobiles, alertes électroniques et systèmes de surveillance pour mieux gérer le stationnement urbain.
M.B.S.M.

