Par Chokri Baccouche
Une rivalité féroce oppose ces dernières années les Etats-Unis à la Chine pour le leadership mondial. La confrontation entre les deux superpuissances est de plus en plus violente, comme le prouve d’ailleurs la publication, il y a quelques jours, de la Stratégie de défense nationale américaine pour 2026. Rendu public la semaine dernière, le document indique que Washington « dissuadera la Chine dans la région indopacifique par la force et non par la confrontation ».
Il s’agit d’un changement significatif par rapport à la politique passée du Pentagone qui adoptait un ton plus modéré à l’égard de la Chine et de la Russie. Les psys s’accordent à penser que l’agressivité cache très souvent une peur profonde qui agit comme un mécanisme de défense pour masquer la vulnérabilité, l’insécurité ou une menace ressentie.
Et de ce point de vue on peut vraiment dire que la montée en puissance de la Chine fait peur pour ne pas dire qu’elle est devenue un véritable cauchemar outre Atlantique. Un cauchemar d’autant plus durement ressenti que le développement spectaculaire que connait l’Empire du milieu dans tous les domaines le prédispose à devenir dans quelques années la première puissance mondiale.
Pour circonscrire cette « menace » et maintenir leur hégémonie, les Etats-Unis ont adopté une stratégie qui repose sur un endiguement multidimensionnel. Celle-ci combine une guerre commerciale fondée sur l’imposition de droits de douane de plus en plus prohibitifs, un renforcement militaire dans l’Indopacifique associant de nouveaux alliés dans la région.
Toutes ces manœuvres qui tendent à se multiplier depuis quelque temps visent à limiter l’influence de la Chine. C’est dans ce cadre que s’inscrit justement le récent coup d’Etat américain au Venezuela. Perpétré sous des prétextes fallacieux, ce putsch très controversé vise en réalité à priver la Chine d’une importante ressource énergétique, sachant que le pays de Xi Jiping importait pour près de 90% de la production pétrolière du Venezuela avant la chute du président Manuel Maduro.
La guerre en gestation que Washington s’apprête à lancer contre le régime des mollahs en Iran partage en réalité les mêmes objectifs et les mêmes visées à quelques menues différences près. En changeant par la force la nature du régime en place, les Américains cherchent en effet à asphyxier l’économie chinoise qui absorbe 80 à 90% des exportations iraniennes de pétrole.
Bref, on peut dire que les Américains n’y vont pas avec le dos de la cuillère pour saborder la montée en puissance de la Chine et l’empêcher de rafler le sceptre royal détenu par les Etats-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Réussiront-ils à atteindre leur objectif et garder indéfiniment leur leadership dans le monde ? La question est plus que jamais d’actualité et la plupart des experts répondent à cette question lancinante par la négative.
Non sans raison d’ailleurs, car ils estiment à l’unanimité, sur la base de données objectives, que la Chine est en train de rattraper les Etats-Unis sur de nombreux fronts, voire de les dépasser. Les capacités économiques, commerciales et industrielles du pays des Mandarins sont désormais comparables, sinon supérieures, à celles du géant américain. Ce rattrapage quantitatif se double d’un autre dans le domaine de la recherche et de l’innovation.
La Chine domine désormais la plupart des champs d’étude sur les technologies critiques, en particulier celles d’application militaire ; la majorité des articles significatifs sur le sujet sont le fait de chercheurs chinois.
Ce croisement de deux trajectoires intervient sur fond d’une dépendance croissante des États-Unis envers l’industrie chinoise, alors que Pékin arsenalise sa mainmise sur la production mondiale de terres rares. Dans les technologies de pointe, nombre d’entreprises américaines ont la plupart de leurs sites de production en Chine.
Le décollage économique chinois n’est pas qu’un effet de masse, lié notamment à la taille de la population chinoise : le niveau de vie de celle-ci s’améliore et l’espérance de vie en Chine a dépassé celle des États-Unis en 2020. L’État chinois développe en quelques années un réseau d’infrastructures qui prend des décennies à être déployé dans de nombreux pays dits développés, y compris d’ailleurs aux États-Unis. Cette capacité extraordinaire donne certainement une idée sur les potentialités impressionnantes de ce pays qui fait aujourd’hui trembler le monde.
Faute et lieu de recourir à la force à outrance pour préserver leur domination sur la planète, les Etats-Unis seraient certainement bien inspirés de se faire à l’idée d’un monde multipolaire et surtout d’accepter cette nouvelle réalité géopolitique qui s’impose. Rien ne sert donc de se dérober éternellement à ce qui semble être inévitable. Un monde multipolaire serait certainement la meilleure chose qui puisse arriver pour l’ensemble de l’humanité, particulièrement pour les pays vulnérables.
L’émergence de ce nouvel ordre mondial, ardemment souhaité du reste par l’écrasante majorité des peuples, permettra peut-être à la communauté internationale de repartir du bon pied et de mettre bon ordre dans le jardin planétaire, actuellement dans un état déplorable. Dans l’intérêt bien compris de tous les pays, ce changement salvateur doit intervenir. Le plus tôt serait d’ailleurs le mieux…
C.B.

