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De lourdes peines contre des trafiquants de drogue : La justice peut-elle, à elle seule, lutter contre ce fléau ?



Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI

Les lourdes peines prononcées mercredi dernier par la justice tunisienne à l’encontre de trafiquants de drogue sont-elles de nature à lutter contre le trafic des stupéfiants ?


La chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis a prononcé des peines de prison allant de 45 à 55 ans à l’encontre de seize personnes impliquées dans l’un des réseaux internationaux les plus dangereux de trafic de drogue et de blanchiment d’argent, opérant entre deux pays de l’Union européenne et la Tunisie. Selon Radio Mosaîque fm, parmi les condamnés figurent des agents d’un établissement public ainsi qu’un fonctionnaire.

Des drogues et des sommes d’argent d’une valeur dépassant les trois millions de dinars ont été saisies dans le cadre de l’enquête.
Selon le dossier de l’affaire, les agents de la sous-direction de lutte contre les stupéfiants d’El Gorjani ont, après trois mois de travail de renseignement et de surveillance, réussi en novembre 2023 à démanteler ce réseau opérant via le port de La Goulette, après l’introduction de drogues en provenance de deux pays européens.

Les investigations ont conduit à l’arrestation de six agents d’un établissement public, d’un fonctionnaire, d’un chauffeur de taxi, de deux femmes et d’autres suspects, à la suite de plusieurs descentes simultanées. Cette affaire montre bien que la Tunisie n’est plus un pays de transit pour les réseaux de drogue, mais plutôt un marché à part entière pour écouler leurs poisons. Ces lourdes peines sont-elles de nature à lutter contre le trafic des stupéfiants ?

A ce sujet, l’actviste et juriste, Salem Chérif, estime que « certes, la justice doit sévir en condamnant sévèrement les trafiquants et prononcer des peines lourdes sans faire bénéficier les accusés d’aucun moyen de grâce, mais, il est également important de renforcer les moyens de lutte en amont sur les routes de la drogue ». La Tunisie a-t-elle justement les moyens pour mettre en place des stratégies efficaces dans sa lutte contre ce fléau ?

Briser la chaîne…

Cannabis, cocaïne, héroïne, nouveaux produits de synthèse… la liste n’est pas exhaustive. Les consommateurs appartiennent à toutes les classes d’âge, « Il s’agit d’une chaîne meurtrière où les victimes se comptent par milliers. Alors, les autorités sont appelées à briser cette chaîne », nous dira notre interlocuteur du jour à savoir, le juriste, Salem Chérif. ET d’ajouter : « La consommation de cannabis a continué d’augmenter et comptait des milliers millions d’usagers.

Elle concerne plus la tranche d’âgé allant de 18 à 64 ans mais aussi les plus jeunes générations. En 2022, plus de 30 % des adolescents âgés de 17 ans en avaient déjà consommé. La drogue s’invite aussi dans les cours d’école notamment sous la forme du protoxyde d’azote ».
Selon Chérif : « Le trafic des stupéfiants draine dans son sillage des victimes toujours plus nombreuses et plus jeunes.

Par exemple, les réseaux mafieux engagent aujourd’hui de plus en plus de mineurs parce qu’ils encourent des peines légères. Face à la menace, il est primordial d’agir, alors, de manière ferme et déterminée contre les trafiquants de drogue. Il est également nécessaire de renforcer l'arsenal législatif et humain et de lutter plus efficacement contre le trafic des stupéfiants, selon une stratégie globale.

En France, par exemple, la nouvelle loi sur la drogue comporte le renforcement de la possibilité de saisie des biens des trafiquants, de fermeture des commerces qui réalisent du blanchiment d’argent, de soumettre l’obligation aux loueurs de voiture de vérifier l’origine des fonds et la création d’une procédure administrative d’urgence de gel des avoirs afin d’agir directement sur le patrimoine des trafiquants.

En responsabilisant chaque citoyen, cette loi entend briser les chaînes du marché illégal et contribuer à la réduction de l'offre et de la demande. La Tunisie est appelée à faire de même si elle veut lutter efficacement contre les réseaux de drogue ».


M.B.S.M.

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