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Editoriall : OTAN en emporte la désillusion…

Par Chokri Baccouche

Pour le président américain, l’OTAN est une milice privée qui doit lui obéir au doigt et à l’œil. Les membres de cette organisation à vocation défensive, créée au lendemain de la Seconde guerre mondiale, doivent appliquer à la lettre les oukases de son auguste majesté étasunienne sans broncher, comme le font les gladiateurs résignés de la Rome antique, à l’entame de leur combat mortel : « Ave Caesar, morituri te salutant » ou « Salut, César, ceux qui vont mourir te saluent ».

Il y a, dans la dernière sortie du fantasque locataire de la Maison Blanche, une brutalité politique qui transpire l’arrogance et le mépris. Il a en effet menacé l’OTAN d’un « très mauvais avenir » si les alliés refusent de s’engager dans la guerre contre l’Iran. Dans son délire ubuesque, il considère donc les pays membres de l’Organisation Atlantiste comme de simples vassaux qui ne sont là que pour servir l’Amérique et son président.

Pour avoir déclenché une sordide guerre contre l’Iran sans en mesurer véritablement les conséquences catastrophiques au double plan régional et international, Donald Trump est tombé dans son propre piège. Il ne sait plus à quel saint se vouer pour sortir indemne de ce guêpier où il a été entrainé de force, diront les mauvaises langues, par Benjamin Netanyahu, l’incorrigible va-t-en guerre Premier ministre sioniste.

La résistance farouche que lui opposent les Gardiens de la révolution iraniens a donné du fil à retordre à ses bidasses et meurtri son ego démesuré. Depuis voilà plus de trois semaines, l’Iran répond non seulement du tac au tac à ses agresseurs mais impose également son rythme et contrôle la situation. Cerise sur la gâteau, la fermeture par Téhéran du détroit d’Ormuz illustre de manière éloquente le traquenard stratégique dans lequel la coalition américano-sioniste s’est retrouvée empêtrée jusqu’au coup sans savoir comment s’en sortir.

En menaçant l’OTAN, Trump reconnaît implicitement que les États-Unis ne peuvent pas gérer seuls les conséquences de leur propre escalade. C’est un aveu d’échec retentissant qui bouleverse complètement les rapports de force aussi bien au Moyen-Orient que dans le monde. La première puissance mondiale découvre à son corps défendant sa vulnérabilité et des limites logiques à son omnipotence par le biais de laquelle elle a pu imposer la « Pax Americana » durant de nombreuses décennies.

La guerre contre l’Iran a démontré que même les porte-avions, ces forteresses qu’on disait invulnérables, peuvent être transformées par un simple missile en radeaux de la méduse, c’est-à-dire des épaves flottantes mais très coûteuses. La mésaventure de l’USS Abraham Lincoln dont on dit qu’il a été rapatrié en catastrophe en dit long à ce sujet.

Tous ces faits corroborent le constat partagé par tout le monde à savoir que le fanfaron Trump est dans la mouise et cherche par tous les moyens à impliquer les pays de l’OTAN  afin de leur faire supporter une bonne partie du coût faramineux de la guerre et, partant, trouver une voie de sortie de cet inextricable et très dangereux bourbier moyen-oriental.

Manque de pot pour l’égocentrique et vaniteux président américain, les alliés l’ont envoyé sur les roses et accusé une fin de non recevoir à sa suspecte requête. En effet de nombreux pays occidentaux dont notamment l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni ont clairement refusé de s’impliquer militairement, estimant qu’il s’agissait d’un conflit qu’ils n’avaient ni initié ni validé. Plus encore, cette réticence s’explique par une incohérence flagrante de la position américaine.

Trump a lui-même alterné entre appels à l’aide et déclarations suggérant que la présence américaine dans la région n’était peut-être pas nécessaire. Autrement dit : Washington déclenche, hésite, puis exige. Et si les autres ne suivent pas, ils sont accusés de trahir l’alliance. Ce que révèle cette crise, c’est une tentative de redéfinition unilatérale de l’OTAN. Dans la vision trumpienne, l’alliance ne serait plus un cadre de coopération stratégique, mais un levier de pression : un outil que les États-Unis activent selon leurs intérêts du moment.

Bien plus, une sorte de milice privée que le président américain veut utiliser à l’envi non pas pour défendre son pays contre une éventuelle agression conformément à la charte de l’Organisation mais servir les intérêts d’Israël et envahir un Etat souverain pour asservir son peuple et lui subtiliser ses richesses. Les pays européens de l’Otan, à la bonne heure, n’ont pas marché cette fois-ci dans la combine trumpienne.

Une fois n’est pas coutume, ils ont dû réaliser certainement qu’ils ne peuvent rien s’attendre de bon de l’imprévisible président américain qui se retrouve seul face à son abracadabrant destin en compagnie de son alter-ego israélien. Ave Cesar, les alliés te font un bras d’honneur … solidaire…

C.B.

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