Par Myriam Ben Salem-Missaoui
Bien que favorables à une solution « libyo-libyenne », la Tunisie, l’Égypte et l’Algérie adoptent des approches différentes pour tenter de résoudre la crise libyenne, mais ces efforts peuvent-ils réellement débloquer la situation ?
Les ministres des Affaires étrangères de Tunisie, d’Algérie et d’Égypte ont réaffirmé lors de la tenue de la dernière réunion ministérielle au Caire leur soutien à une solution politique « libyo-libyenne », le retrait des forces étrangères et le rejet de l'ingérence. Bien qu'unis, la déclaration finale masque des priorités divergentes, l'Égypte se concentrant sur la sécurité, l'Algérie sur la souveraineté et la Tunisie sur la stabilité économique.
Ce mécanisme tripartite vise à reprendre la main sur la crise, avec un prochain sommet prévu en Algérie. Du coup, certains observateurs plusieurs questions restent en suspens comme l’immigration et le terrorisme. En effet, nous savons que ces trois pays ont des frontières en commun avec la Libye, que peuvent faire, alors, ces trois pays pour mettre fin à cette crise alors qu'il y a deux gouvernements, l'un à l'est et l'autre à l'ouest. Aussi, est-ce que ces trois pays peuvent peser dans les négociations ?
Cette réunion du 21 mai 2026 apporte-t-elle également un élément réellement nouveau, ou s'agit-il d'une énième déclaration de principe sans effet contraignant ? Enfin, une solution « libyo-libyenne » est-elle encore réaliste sans un accord préalable entre les parrains extérieurs du conflit ?
Officiellement, l’objectif principal de cette rencontre cruciale est d’examiner les moyens de soutenir et d’appuyer les efforts des Libyens afin de surmonter l’impasse politique actuelle, et de promouvoir l’élaboration d’une solution consensuelle émanant de la volonté des Libyens eux-mêmes.
Les ministres ont, en effet, réaffirmé la nécessité d’un leadership et d’une appropriation libyens du processus politique comme seule voie permettant d’aboutir à l’organisation des élections présidentielle et législatives reportées, ainsi qu’à l’unification de l’ensemble des institutions politiques, militaires et économiques du pays, tout en renforçant la coopération avec la Mission d'appui des Nations unies en Libye afin d’encourager le dialogue « inter-libyen » et d’impliquer les différentes forces vives de la société. Qu’en est-il des avis des analystes ?
Marge de manœuvre très limitée ?
Nous avons posé justement la question à Khaled Nouri, colonel à l'armée libyenne à la retraite. Ce dernier nous a confié : « À mon avis, le mécanisme tripartite Tunis-Alger-le Caire n’a pas la capacité de régler le conflit libyen. Les pays voisins n'ont pas les leviers nécessaires et se cantonnent à la sécurisation des frontières ou à la défense de micro intérêts commerciaux. La réalité est que la crise est bien plus profonde : ce sont les Américains qui détiennent la clé de la situation.
Si Washington le voulait réellement, la Libye s'engagerait enfin sur la voie de la guérison. Malheureusement, le statu-quo actuel profite à certaines grandes puissances et multinationales, qui tirent un profit bien plus immense de l'anarchie libyenne que d'un retour à l'ordre institutionnel. En 2011, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton affirmait déjà qu'il faudrait au moins quinze ans à la Libye pour se relever ; le temps lui donne raison.
L'installation récente de deux géants industriels étrangers, en plein blocage politique, démontre que la souveraineté du pays s'efface derrière le partage de ses richesses économiques par les véritables décideurs internationaux ».
De son côté, l’avocat, Me Houssem Eddine Ben Atiya, estime que « la crise libyenne souffre de la multiplicité des initiatives proposées pour parvenir à une solution, sans qu’il y ait une mise en œuvre réelle sur le terrain ». Et d’ajouter : « la crise s’est compliquée en raison du grand nombre d’intervenants, tant internes qu’externes, ainsi qu’à cause des rivalités régionales.
Ce qui caractérise la situation libyenne est l’absence d’un accord réel entre les différentes parties libyennes qui continuent à proposer des projets qui n’ont aucun véritable ancrage sur le terrain ». Entre rivalités régionales, intérêts internationaux et divisions internes persistantes, la crise libyenne demeure prisonnière d’un équilibre fragile.
Malgré les appels répétés au dialogue et à une solution « libyo-libyenne », la marge de manœuvre de la Tunisie, de l’Algérie et de l’Égypte reste limitée face au poids des puissances étrangères et à l’absence d’un consensus réel entre les acteurs libyens. Une réalité qui nourrit le scepticisme autour de ces sommets diplomatiques, souvent riches en déclarations, mais pauvres en avancées concrètes sur le terrain libyen.
M.B.S.M.

