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Impact du réchauffement climatique sur le littoral : Ce que la Tunisie va (et doit) réellement perdre, si…

Par Hassan GHEDIRI

Des plages vont-elles vraiment disparaitre en Tunisie sous l’effet du changement climatique ? La réponse est malheureusement oui. Et il semble que, déjà, la mer grignote peu à peu le littoral…

Lors d‘une conférence sur la biodiversité organisée vendredi à Tunis, le ministre de l’Environnement a expliqué que l’année 2026 a marqué une accélération inédite du phénomène de l’élévation du niveau de mer. Au mois de janvier, plusieurs régions côtières, notamment au nord du pays, avaient été exposées à des tempêtes accompagnées de violentes vagues hautes de plusieurs mètres. Le constat dressé par les experts est sans appel.

Ils considèrent que la Tunisie est entrée de plain-pied dans une phase de multiplication et de succession accélérée des phénomènes climatiques extrêmes qui risque de provoquer des dommages irrémédiables sur plusieurs secteurs économiques. Les zones côtières, épine dorsale de l’économie tunisienne sont, particulièrement vulnérables face aux changements climatiques.

Concentrant d’importances activités touristiques, industriels, agricoles, halieutiques et portuaires, le littoral subi d’ores et déjà de plein fouet l’érosion des plages et la salinisation des terres agricoles et des ressources hydriques. L’Etat avait prévu des plans de prévention et d’anticipation de l’impact du réchauffement du climat sur le littoral. Elle semble toutefois être prise de dépourvu par la précocité des dégâts.

Car les scénarios établis avaient prévu des risques de pertes liées à l’élévation du niveau de mer aux horizons de 2050 et 2100, avec des plans d’action pour renforcer l’adaptation du littoral à engager dans le moyen et le long terme.

Le ministère chargé de l’environnement dit avoir entamé la mise en œuvre de plusieurs projets de protection et de réaménagement du littoral dans un nombre de régions particulièrement affectées par l’érosion sous l’effet de l’élévation du niveau de mer constatée au mois de janvier dernier. Des études d’impact sont également lancée dans d’autres régions pour identifier les risques et définir les priorités d’intervention, dit-on.

Seulement, les vulnérabilités et les risques liés aux changements climatiques dans les zones côtières les plus exposés en Tunisie ont été identifiés depuis longtemps dans le cadre de plusieurs programmes de coopération internationale.

Le climat n’attend pas

C’est par exemple le cas du projet « Résilience Côtière » lancé en 2014 et qui avait justement pour objectif de lutter contre les vulnérabilités et les risques liés aux changements climatiques dans les zones côtières vulnérables de la Tunisie. Ce projet qui a été d’ailleurs parachevé en 2021, est financé par le gouvernement de Finlande en collaboration avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), à travers une enveloppe globale d’environ 6 millions de dollars.

Grâce audit projet, une évaluation de la vulnérabilité aux changements climatiques au niveau des zones côtières, pour la situation climatique actuelle mais aussi pour des projections aux horizons 2050 et 2100 a été réalisée. Une évaluation des risques de perte en ressources en eau côtières au niveau des sites du projet due à une élévation accélérée du niveau de la mer et un plan d’action pour renforcer l’adaptation de la gestion de ces aquifères ont été également établis.

Des techniques innovantes avaient été identifiées et recommandées pour la mise en place de 5 projets d’adaptation au changement climatique en faveur des secteurs et des populations locales vulnérables à Djerba, Ghar El Melh  et Kalaât El Andalous. Pour dire que les vulnérabilités sont connues et les mécanismes d’adaptations sont identifiés dans les zones côtières les plus vulnérables. Entre temps, le climat change de plus en plus vite en accélérant l’érosion du littoral.

Si l’on tarde à mettre en œuvre les projets de lutte appropriés, les dommages seront irrémédiables.  Selon les données de la Banque mondiale et du ministère de l'Environnement, l'inaction face au réchauffement climatique pourrait coûter à la Tunisie plusieurs milliards de dinars chaque année. En l'absence de mesures urgentes, l'économie tunisienne subira une contraction majeure due à la combinaison de la raréfaction de l'eau, de l'érosion côtière et des inondations.

La Tunisie risque de perdre environ 250 km2 de terres côtières d'ici 2050. À l'horizon 2100, les projections estiment une perte totale pouvant atteindre 1000 km2, ce qui représente près d'un quart de ses zones côtières. A l’horizon 2030 notre pays doit appréhender une perte annuelle de 3,4 % du PIB, soit environ 5,6 milliards de dinars, tandis que d’ici 2050, cette perte pourrait s’élever à 6,4% du PIB, soit un peu plus de 10 milliards de dinars.

H.G.

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