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« Kokuho » de Sang-Il Lee à la Cité de la Culture : Une épopée japonaise, une signature tunisienne

Par Imen Abderrahmani 

Sélectionné à Cannes et choisi pour représenter le Japon aux Oscars, « Kokuho » sera projeté en exclusivité en Tunisie, aujourd’hui, demain et le 1er novembre à la Cité de la culture. Phénoménal, le film mérite le détour !

 

Le « Japan Festival » offre au public tunisien l’occasion de découvrir « Kokuho », le long-métrage du réalisateur japonais Sang-Il Lee, qui a rencontré un succès considérable dans son pays avec plus de 12,3 millions d’entrées.

Programmé pour trois jours à la Cité de la culture, ce film de près de trois heures présente une fresque consacrée au kabuki, forme traditionnelle du théâtre japonais, tout en portant la signature d’un directeur de la photographie tunisien, Sofian El Fani.

Adapté du roman éponyme de Shuichi Yoshida, sur un scénario de Satoko Okudera, « Kokuho » retrace cinquante années de vie et de rivalité dans le monde exigeant du kabuki. L’histoire débute à Nagasaki, en 1964. Kikuo, fils d’un chef yakuza, voit son destin prendre un tournant après la mort de son père. Remarqué par le célèbre acteur Hanjiro Hanai, il est pris sous son aile et rejoint Kyoto pour apprendre cet art aux côtés de Shunsuke, le fils du maître.

Les deux jeunes hommes se consacrent à une même discipline, faite d’un apprentissage rigoureux et d’une grande exigence physique. Mais derrière cette vocation commune se noue une relation complexe, entre amitié et rivalité. Au fil des décennies, leurs parcours sont marqués par les succès, les revers, les scandales et les trahisons, sur fond de quête de reconnaissance artistique.

Au cœur du récit, le kabuki occupe une place centrale. Héritier d’une tradition théâtrale vieille de plusieurs siècles, cet art repose sur un langage codifié, où les gestes, les expressions et les postures obéissent à des règles précises. Sa transposition au cinéma constitue l’un des enjeux de cette adaptation, portée notamment par les interprétations de Ryo Yoshizawa et Ryusei Yokohama, qui se sont préparés pendant plusieurs mois auprès d’un maître de kabuki afin d'en maîtriser les techniques.

Distinction japonaise pour Sofian El Fani

La projection tunisienne revêt un intérêt particulier grâce à la participation de Sofian El Fani, directeur de la photographie du film. Connu pour son travail sur des productions cinématographiques internationales, le technicien tunisien a été récompensé pour « Kokuho » par le prix de la meilleure photographie lors de la 49ème édition des « Japan Academy Film Prize », en 2026.

Cette distinction vient souligner la contribution de l’image à une œuvre qui explore un univers artistique singulier. Lumières, composition des plans et présence des corps participent à la représentation d’un art où chaque mouvement possède sa signification.

Une rencontre-débat avec le public est prévue à l’issue de la deuxième projection, le 31 octobre à 18h30. Sofian El Fani y partagera son expérience japonaise, les coulisses de ce tournage singulier et son parcours jusqu’à cette distinction prestigieuse.

Présenté dans la sélection officielle du Festival de Cannes et choisi pour représenter le Japon dans la course aux Oscars, « Kokuho » s’est également imposé comme un phénomène au box-office japonais, établissant un record de fréquentation pour un film japonais en prises de vues réelles, selon les chiffres annoncés autour de son exploitation.

Pour de nouveaux horizons de coopération

Alors que les films japonais restent rares sur nos écrans, la projection de « Kokuho » offre une occasion de découvrir l’un des grands succès récents du cinéma nippon. Elle invite aussi à souhaiter une présence plus régulière de la création japonaise dans les rendez-vous culturels tunisiens. Les Journées théâtrales de Carthage (JTC) ou « Tunis, théâtres du monde » qu’organise le Théâtre National Tunisien (TNT) pourraient ainsi ouvrir leurs scènes à des spectacles de Nô, de bunraku ou de kabuki, tandis que la Foire internationale du livre de Tunis gagnerait à accueillir davantage d’écrivains japonais et de mangakas, ces auteurs et dessinateurs de mangas dont les œuvres touchent des lecteurs de toutes générations.

À l’heure où la Tunisie et le Japon célèbrent 70 ans de relations d’amitié, la culture offre un terrain privilégié pour donner un nouvel élan à cette proximité. Au-delà de cette projection, l’enjeu est de multiplier les occasions de rencontre avec les artistes, les livres, les films et les traditions de l’archipel, afin que les échanges entre les deux pays trouvent une place plus durable dans la vie culturelle tunisienne. A bon entendeur !

Imen. A. 

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