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Editorial : A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles - Par Hassan GHEDIRI

« Nous sommes à un moment critique pour les marchés de l’énergie », avait averti la semaine dernière le directeur exécutif de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE). Et quand le patron de l’institution née au lendemain du 1er choc pétrolier ayant ébranlé le monde en 1973 s’inquiète c’est qu’il faut redouter le pire.

Fatih Birol, l’expert turc de l’énergie qui dirige l’agence depuis dix ans, a estimé que les marchés mondiaux de l’énergie se trouvent à un « tournant critique » avec des perturbations majeures des flux logistiques qui font flamber les cours de pétrole et du gaz qui ont bondi respectivement de 30 et 70% depuis le début de la guerre au Moyen-Orient impliquant l’Iran et Israël et leurs alliés.

Même si l’offre reste (pour le moment) suffisante parce qu’il y a (encore) beaucoup de pétrole sur le marché, le responsable de l’agence basée à Paris croit que les tensions géoponiques grandissantes font craindre le basculement des marchés vers une crise d’approvisionnement plus grave à cause des menaces qui planent sur les routes stratégiques qui pourraient accentuer davantage la volatilité des prix dans les semaines à venir.

Créé en 1974, l’AIE a pour mission première la sécurité énergétique du club des pays occidentaux, riches et puissants en leur permettant d’anticiper, prévenir et faire face à des chocs sur l’offre en pétrole comme ce fut le cas en 1973 avec l’embargo de pétrole imposé par les pays arabes producteurs contre les Etats-Unis et les autres soutiens d’Israël.

L’Agence redoute donc aujourd’hui que le Moyen-Orient ne soit l’épicentre d’un nouveau choc pétrolier d’une ampleur telle qu’il menace la sécurité énergétique des pays riches. En fait, depuis sa création, l’AIE a exigé une condition sine qua non pour la rejoindre, en l’occurrence de disposer d’un stock stratégique équivalent à au moins de 90 jours d’importations nettes de pétrole brut.

Il faut d’ailleurs dire que durant toutes ces années depuis sa création, l’Agence dont la composition reste limitée aux pays qui constituent en même temps l’alliance politico-militaire de défense de l’OTAN, est accusée de favoriser le club de pays puissants au détriment du reste du monde.

D’où une conception de la sécurité énergétique strictement focalisée sur les intérêts des membres et qui suscitent beaucoup de questions sur l’accès à l’énergie dans les pays qui dépendent grandement des importations.

Les tensions au Moyen-Orient qui créent des risques croissants pour la stabilité des marchés énergétiques au grand jour la problématique de l’autosuffisance et les capacités de notre pays à gérer les crises d’approvisionnement. A entendre le directeur de l’IAE avertir d’un « tournant critique » qui est sur le point de bouleverser les marchés mondiaux de l’énergie, c’est la question de la souveraineté énergétique de la Tunisie qui refait surface.

Entre le pétrole qui explose et le gaz qui flambe, notre pays se trouve face à une de ces crises énergétiques plus que jamais imprévisibles et de plus en plus fréquentes, qui impactent grandement son économie. A l’instar de ceux qui ne produisent pas ou qui ne produisent que très peu de leurs besoins, la Tunisie devait s’efforcer de s’assurer une bonne réserve de sécurité.

Il y a, certes, une loi (n°91-45 de 1991) qui oblige les opérateurs du marché de carburants de détenir des stocks de sécurité de 60 jours pour le gasoil et l’essence et 30 jours pour les autres produits pétroliers. Mais pour être un véritable filet de sécurité capable d’amortir les crises, les stocks stratégiques nécessiteraient aujourd’hui d’être revues à la hausse.

Il est vrai que depuis le début du conflit et la montée des tensions sur les voies d’approvisionnement de pétrole au Moyen-Orient, le gouvernement tunisien s’est montré rassurant en laissant entendre qu’au contexte actuel, notre pays est à l’abri de risque de pénurie, mais au vu des dispositions que prennent les grands consommateurs dans le monde, de nouvelles mesures plus drastiques s’imposent pour pouvoir amortir un choc énergétique.

Plusieurs pays qui dépendent des importations de pétrole se sont en effet mis à accumuler des réserves significatives de brut tandis que d’autres optent pour la limitation de la consommation à travers des mécanismes de rationnement et des restrictions de circulation. A situation exceptionnelle mesures exceptionnelles.

H.G.

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