Par Imen Abderrahmani
Après une vingtaine de jours rythmés par la diffusion de nouvelles productions, la Télévision tunisienne semble être retombée dans le vide, recourant une nouvelle fois au « réchauffage » d’anciennes œuvres. Parmi elles, Les contes d’El Aroui, programme emblématique qui a accompagné plusieurs générations mais dont la version diffusée aujourd’hui souffre d’un manque de clarté, révélateur de problèmes de conservation et de restauration, alors même qu’il s’agit d’un élément phare de la mémoire audiovisuelle nationale.
La grille propose également la rediffusion du feuilleton « Galb Edhib » (Cœur du loup), une série qui, lors de sa première diffusion, avait suscité une vive polémique en raison d’erreurs historiques et de l’image négative qu’elle donnait des militants tunisiens engagés dans la lutte contre le colonisateur français. Aujourd’hui, les programmateurs, qui semblent avoir la mémoire courte, n’ont trouvé d’autre solution pour combler une grille appauvrie que de remettre à l’antenne cette production controversée.
Cette rediffusion n’a pas tardé à provoquer des réactions critiques sur les réseaux sociaux, où de nombreux internautes, mais aussi des écrivains et des intellectuels, ont exprimé leur incompréhension, s’interrogeant sur les raisons de ce choix « arbitraire ».
Dès lors, une question s’impose : qu’en est-il de certaines productions pourtant annoncées pour le mois de Ramadan ? Parmi elles, les séries « Rouh Errouh » de Atef Ben Hassine et « Al Haq » (Le Droit) d’Emna Najjar. Que s’est-il réellement passé ? S’agit-il d’un retard dans la livraison des épisodes, d’un problème technique ayant ralenti la post-production, d’une difficulté de financement ? Ou, comme le suggèrent certaines langues « malines », d’une forme de censure ou encore d’un problème de qualité ?
D’autres voix, plus optimistes, avancent que ces productions, qui auraient pris du retard, pourraient finalement être programmées après le Ramadan et marquer le début d’une nouvelle dynamique de production pour le reste de l’année. Reste à savoir si cette promesse se concrétisera et si la télévision publique parviendra à transformer ce temps creux en véritable relance créative.
Aujourd’hui, après le rythme en crescendo qu’avait adopté la Télévision nationale, donnant à croire aux téléspectateurs comme aux spécialistes que cette institution audiovisuelle publique avait enfin retrouvé son souffle après une longue traversée du désert, tout semble être retombé comme un soufflé.
Ces dix dernières soirées (déjà on est à la 6ème soirée) de Ramadan ont clairement montré qu’il reste encore beaucoup à faire pour secouer cette institution et l’inscrire dans une véritable dynamique de réforme. Il faudra aller plus loin et agir en profondeur pour la sortir de l’improvisation, repenser sa stratégie de production et de programmation, et surtout redonner confiance à un public qui attend de la télévision publique qu’elle soit à la hauteur de son rôle culturel, mémoriel et citoyen.
Car une télévision nationale ne peut se contenter de combler les vides de sa grille par des rediffusions ou des solutions de facilité. Elle doit être un moteur de création, un espace de valorisation du patrimoine audiovisuel et un laboratoire de nouvelles écritures capables de refléter la société tunisienne dans toute sa complexité. Sans cette vision à long terme, les élans ponctuels risquent de rester sans lendemain.
Imen. A.

