Par Imen Abderrahmani
Les pluies exceptionnelles et l’érosion marine ont mis à rude épreuve plusieurs sites archéologiques et patrimoniaux, en particulier sur le littoral. Face à l’urgence, l’Institut national du patrimoine (INP) intensifie les évaluations de terrain et les opérations de sauvegarde.
Les récents épisodes climatiques, marqués par de fortes précipitations et une intensification de l’érosion côtière, ont accentué la vulnérabilité de nombreux sites archéologiques à travers le pays. Affouillement des sols, instabilité géologique et mise au jour de vestiges enfouis figurent parmi les principaux impacts observés, notamment dans les zones littorales.
Dans ce contexte, le directeur général de l’Institut national du patrimoine (INP), Tarek Baccouche, a effectué, au début de la semaine, une visite de terrain dans le gouvernorat de Nabeul, ciblant notamment le site de Neapolis et la zone de Sidi El Mahressi.
Accompagné d’équipes scientifiques et techniques, il a précisé que cette mission s’inscrit dans une série d’opérations d’évaluation, de documentation et de fouilles de sauvetage menées sur les sites côtiers affectés par l’érosion marine, lit-on sur la page facebook du ministère des Affaires culturelles et de l’INP. Des équipes spécialisées ont également été déployées à Demna et Oued El Ksab, près de Kerkouane, ainsi que sur l’ensemble du littoral du Cap Bon, précisent ces mêmes sources.
Selon l’INP, les perturbations climatiques ont provoqué la réapparition de vestiges archéologiques déjà connus, notamment à Neapolis, Hammamet et Nabeul. Ces découvertes, si elles confirment la richesse du sous-sol archéologique, exposent les vestiges à des risques accrus de dégradation et de pillage, rendant indispensable une réévaluation scientifique rigoureuse et des interventions rapides.
Depuis quelques jours, un groupe de travail conjoint réunissant l’INP et l’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle (AMVPPC) s’active autour du musée archéologique de Salakta. Les équipes ont entamé des opérations préparatoires comprenant des prospections archéologiques et une première documentation scientifique des vestiges mis au jour à la suite des récentes intempéries. Ces travaux précèdent le lancement, la semaine prochaine, d’une fouille de sauvetage programmée, menée conformément aux normes scientifiques en vigueur en matière de recherche archéologique et de conservation du patrimoine.
Bilan lourd et appel à l’ordre
Parallèlement, l’INP prépare un plan d’intervention dédié à la protection des sites à forte valeur patrimoniale, en coordination avec plusieurs institutions, dont l’Agence de protection et d’aménagement du littoral. Le coût élevé et la complexité technique des opérations, en particulier dans les zones soumises à une érosion continue, constituent un défi majeur. Des projets intégrés, comme celui en cours à Hammamet, ainsi que des études menées avec des partenaires spécialisés, visent à garantir une préservation durable des sites menacés.
Au-delà des sites archéologiques, les récents glissements de terrain sur la colline de Sidi Bou Saïd soulèvent de sérieuses interrogations quant à l’avenir du Centre des musiques arabes et méditerranéennes Ennejma Ezzahra. Monument emblématique du patrimoine architectural et musical tunisien, le palais se trouve exposé à des risques géotechniques préoccupants. En l’absence d’annonces officielles sur les mesures à venir, le flou entourant son devenir met en lumière la fragilité des institutions patrimoniales face aux effets du changement climatique et l’urgence d’actions préventives structurées.
Dans ce contexte sensible, l’Institut national du patrimoine a récemment alerté sur la multiplication d’interventions médiatiques émanant de personnes non qualifiées, mettant en garde contre les risques de désinformation susceptibles de compromettre la protection du patrimoine national. Il rappelle que l’interprétation et la communication relatives aux vestiges archéologiques relèvent exclusivement des spécialistes habilités et appelle les professionnels des médias à faire preuve de rigueur et de discernement.
L’INP souligne, dans ce même communiqué, que la sauvegarde du patrimoine constitue une responsabilité collective. Les citoyens sont invités à adopter un comportement responsable et à signaler toute dégradation, fouille clandestine ou atteinte aux sites archéologiques, afin de permettre une intervention rapide. Dans un contexte de dérèglement climatique, la protection du patrimoine apparaît plus que jamais comme un enjeu majeur, appelant à une mobilisation concertée des institutions et de la société civile.
L’hiver 2026 s’annonce particulièrement difficile pour l’archéologie tunisienne. Face aux effets conjugués des pluies, des glissements et de l’érosion, un vaste chantier de restauration, de fouilles et d’évaluation attend les experts, dans l’espoir de préserver les sites en attendant un retour à une stabilité météorologique qui permettra d’agir de manière durable.
Imen.A.

