Par Hassan GHEDIRI
De grandes disparités persistent en Tunisie en matière d’accès aux services bancaires que l’émergence d’un écosystème de technologies financières peine à y remédier…
Retirer ou transférer de l’argent, contracter un prêt ou tout simplement payer par carte… des gestes du quotidien, devenus presque indispensables pour tous les Tunisiens, et qui nécessitent un accès aux services financiers ne sont pas démocratisés. Beaucoup de disparités existent et qui privent des pans entiers de la population des services essentiels.
C’est une des anomalies repérées dans la nouvelle étude réalisée par l’Institut tunisien des études stratégiques publiée en ce mois de janvier et intitulée : « Quelle transformation pour un système financier équitable, inclusif et moderne ? ».
Les auteurs de cette étude constatent, entre autres, une concentration marquée des services financiers tant sur le plan géographique que sectoriel, au profit d’un nombre restreint d’acteurs. Les grandes entreprises situées dans les zones urbaines captent la majeure partie des financements confirmant une orientation prudente centrée sur les acteurs établis et fortement capitalisés.
L’ampleur de la disparité se manifeste notamment à travers la concertation de deux tiers des agences bancaires (67%) dans le Grand Tunis et le Sahel, renforçant par le même fait la dynamique négative d’exclusion financière des régions intérieures, malgré la présence de structures locales de microfinance.
De nombreuses zones situées généralement à l’intérieur du pays et qui affichent un fort potentiel entrepreneurial mais qui sont faiblement équipées en infrastructures financières peinent ainsi à attirer les capitaux nécessaires à leur développement.
Si dans beaucoup de pays l’innovation technologiques et la numérisation des services financiers ont pu proposer des réponses appropriées à la problématique des disparités et de l’exclusion financière, l’étude de l’ITES note que les Fintech et prestataires de services de paiement, bien que porteurs de modernisation et de numérisation, peinent à s’intégrer aux filières financières traditionnelles en Tunisie.
Contribution limitée
On souligne dans la même optique que les solutions fintech restent marginales et peu intégrées aux chaînes de valeur, avec une adoption encore principalement urbaine et une forte dépendance vis-à-vis des banques et de la BCT pour l’accès aux infrastructures et aux données. Sur un autre plan, la contribution des paiements électroniques reste limitée et ce malgré une augmentation de 30% au cours de 2025.
De plus, l’adoption des services numériques demeure inégale géographiquement. Les zones intérieures restent doublement pénalisées en raison du manque d’infrastructures digitales et de la forte dépendance au cash.
Il y a lieu de rappeler quand même que cela fait plus de sept ans que la Tunisie a affiché, pour la première fois, la volonté d’intégrer l’écosystème des technologies innovantes appliquées au domaine financier, appelées Fintech. En 2018, la BCT a annoncé la mise en œuvre d’une stratégie de développement du système financier dans laquelle la promotion des Fintech constitue une composante fondamentale.
Pour favoriser l’émergence des Fintech en tant que nouveaux acteurs sur le marché, contribuant à la diversification de l’offre des services financiers digitaux et à l’inclusion financière, la BCT, de par son rôle de régulation, a mis en place en 2020 un environnement informatique réglementant l’écosystème des Fintech. Le dispositif est censé faciliter la transformation digitale du système financier en Tunisie en accélérant l’intégration des acteurs innovants.
L’idée est aussi de créer une concurrence saine dans le marché financier à même d’inciter les banques à se remettre en question, à repenser leurs modèles et à revoir leur relation client et leurs services.
Se montrant pourtant assez prudente, la BCT est restée attachée à une approche équilibrée dans laquelle les risques sont appréhendées avec un souci grandissant de préserver le fonctionnement sain du système financier dans le pays. La démarche adoptée, qui consiste à ouvrir les portes aux nouvelles Fintech et start-up innovantes afin de développer les services de paiement, a maintenu certaines restrictions afin de limiter les risques.
H.G.

