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Le dollar reprend du poil à la bête face au dinar : Et si la petite embellie annoncée par l’INS s’avérait éphémère ?

Par Hassan GHEDIRI

Le dinar tunisien pourrait bientôt entamer un long cycle de dépréciation face au billet vert qui reprend du poil à la bête sur fond d’une envolée inédite des cours du pétrole…

« Les Etats-Unis sont de loin le plus grand producteur de pétrole dans le monde, donc lorsque les prix augmentent, nous gagnons beaucoup d’argent » s’est félicité, jeudi le président américain sur son réseau social Truth Social.

Donald Trump qui n’a pas manqué de suscité les critiques de la part de certains législateurs dans son pays qui l’accusent de ne se préoccuper que des riches, peut déjà défendre sa thèse par un dollar américain qui suit une courbe haussière en même temps que la flambée des prix du pétrole. Ainsi, depuis le début de la guerre contre l’Iran, le billet vert a gagné plus de 2% par rapport aux autres principales monnaies.

En Europe, tous les regards dans la sphère économique et financière sont tournés vers les cours de change qui affichent une nette poussée du dollar face à la monnaie unique. Jeudi soir, les marchés de l’union ont vu le dollar grignoter 0,44% au dépens de l’euro. Et pour cause, le baril de Brent, référence internationale pour le pétrole, qui continue à flirter avec les 100 dollars, soit un niveau inédit depuis août 2022.

Une tendance qui s’explique par le fait que les transactions sur le marché mondial de pétrole sont libellées dans la monnaie américaine. D’où, alors, l’embellie affichée par la devise américaine.

Cette ascension du billet si elle perdure poussée par un conflit prolongé au Moyen-Orient, va immanquablement replonger plusieurs économies dans une nouvelle phase d’incertitude.  En Tunisie, l’INS vient tout juste d’annoncer une petite embellie dans la solde commerciale. Un  repli de plus de 700 milliards de dinars du déficit commercial a été constaté au cours des deux premiers mois de 2026, soit une réduction d’un peu plus de 20%.

Le pays pourrait néanmoins facilement voir ses importations s’enrichir et son taux de couverture s’éroder plus rapidement que prévu. Dans une publication rendue publique jeudi, l’INS fait, en effet état, d’une amélioration de 5,2% du taux de couverture de la balance commerciale sur un an, en atteignant 79,5% contre 74,3% à la même période de 2025.

Mais il faut dire que depuis début mars marquant le début de l’escalade au Moyen-Orient, les choses ont changé. Parallèlement à la flambée du pétrole (bien qu'en réduction à 927,4 millions de dinars en début d'année 2026, le secteur de l'énergie reste la cause principale du déficit commercial), le dinar est en train de se déprécier à cause de l’ascension du dollars, monnaie par le biais de laquelle sont réglées les achats du pétrole dans monde.

Hier matin, le dollar s’échangeait à un peu plus 2,9499 dinars tunisiens selon les cours déclarés par la plupart des banques en Tunisie. Le billet vert franchit même la barre de 3 dinars, selon le taux déclaré par Attijari Banque, soit son taux le plus haut depuis octobre 2025. Il faut souligner que le taux affiché, hier, par la BCT sur son site est de 2,9278 dinars le dollar à la date du 11 mars 2026.

L'amélioration du taux de couverture aussi encourageante soit-elle, ne saurait masquer la vulnérabilité structurelle du commerce extérieur de la Tunisie. Pour sortir de ce cycle de dépréciation-inflation importée qui pèse lourdement sur les ménages et les entreprises, la Tunisie doit engager une véritable diversification des exportations, en montant résolument en gamme vers des secteurs à forte valeur ajoutée capables de générer durablement les devises.

La diversification des marchés d’exportation est également cruciale pour se libérer de la dépendance envers l'Union européenne et explorer de nouveaux débouchés pour le made-in Tunisia. C'est ainsi que la Tunisie pourra desserrer l'étau d'un déficit commercial chronique et être capable d’amortir les chocs des marchés pétroliers et les tensions géopolitiques d'un monde de plus en plus imprévisible.

H.G.

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