Le taux de chômage en Tunisie s’est établi à 40,1% de la population active âgée de 15 à 24 ans, selon les indicateurs du troisième trimestre de 2025 communiqués par l’Institut national de la statistique (INS).
Notre pays figure parmi les plus touchés dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) qui affiche, par ailleurs, le taux de chômage parmi les jeunes le plus élevé au monde. La Tunisie, le Liban, la Libye, le Yémen, l’Irak et la Jordanie déclarent en fait des taux de chômage des jeunes qui dépassent le double de la moyenne mondiale, et ce, selon les observations de l’Organisation internationale du travail.
D’ici 2050, près de 300 millions de jeunes dans la région MENA seront à la recherche d’emploi, avait alerté, à son tour, la Banque mondiale dans un rapport publié début 2025.
Sans une nouvelle approche de gestion de la problématique du chômage dans sa globalité et nouveaux mécanismes d’inclusion professionnelle des populations mises à l’écart des dynamiques de développement économique et social, la Tunisie doit s’attendre inéluctablement à un raz-de-marée de jeunes en quête d’opportunités d’emploi.
S’il ne change pas ses paradigmes pour adapter ses politiques d’emploi aux bouleversements de l’économie mondiale, l’Etat assistera, impuissant, à la destruction des dizaines de milliers d’emplois dans tous les secteurs, ce qui rendra la situation complètement ingérable.
Aujourd’hui, dans la matrice des priorités des départements chargés de l’emploi, le cap est résolument mis sur le développement des sociétés communautaires, également nommées «entreprises citoyennes».
Ces structures, érigées selon un modèle de management singulier qui promet une valorisation plus résilience des ressources et un partage équitable des richesses, accaparent la part du lion des aides à l’investissement et à l’entrepreneuriat telles qu’elles avaient été hiérarchisées les tâches des différents ministères et leurs urgences pour les cinq années à venir.
Jusqu’à preuve du contraire, les « sociétés communautaires » ou « entreprises citoyennes » ne sauront être la réponse magique au problème du chômage dans un pays où quatre jeunes sur 10 âgés de 15 à 24 ans cherchent aujourd’hui désespérément un emploi. Ce qui manque ce sont de nouvelles approches capables de valoriser des richesses exceptionnelles sous-exploitées.
Un récent rapport de la Banque mondiale sur le chômage des jeunes en Afrique du Nord met en exergue l’immensité des richesses patrimoniales, culturelles et historiques dont regorge la Tunisie et qui peuvent accélérer la transformation des modèles de développement économique et social et à répondre à la crise de l’emploi des jeunes.
Le constat est sans appel pour la Tunisie, parce que, étant une destination touristique phare de la Méditerranée, notre pays valorise très mal les potentiels qui existent dans plusieurs villes. C’est dans le tourisme urbain que la Banque mondiale croit que la Tunisie devrait investir massivement avec comme outil de résorption du chômage des jeunes.
S’agissant de la performance touristique, les derniers chiffres publiés le 20 janvier 2026 par l’Office du tourisme des Nations unies (UN Tourisme) montrent que la Tunisie affiche une croissance à deux chiffres (10%) en ce qui concerne l’affluence des touristes internationaux durant l’année écoulée.
Le tourisme, qui contribue à plus de 5% du PIB du pays, continue toujours à être concentré dans les enclaves des stations balnéaires et une petite poignée de sites archéologiques et culturels éparpillés ici et là dans des villes intérieures. Un modèle de promotion classique imitant la répartition des bénéfices et la création d’emplois durables.
Beaucoup de marchés d’artisanat et des quartiers historiques pouvant servir de moteurs économiques restent malheureusement sous-exploités. Un non-sens économique et social au regard du grand défi du chômage des jeunes auquel se confronte la Tunisie et face auquel elle risque d’être totalement vaincue dans les années à venir.
Pourtant, un énorme potentiel de transformation socioéconomique se présente dans la valorisation du patrimoine culturel et historique dont regorge le pays. Mieux valoriser le tourisme urbain, c’est générer des opportunités professionnelles formant un large spectre de métiers et de services qui s’étalent des services d’hébergement non-conventionnels jusqu’aux spécialités de marketing digital en passant par l’architecture, la gestion et l’entretien des installations.
Des start-up et des petites et moyennes entreprises spécialisées dans les domaines de l’hébergement touristique urbain, dans l’artisanat et les services culturels peuvent transformer le marché de l’emploi en Tunisie.
H.G.

