Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
En recevant lundi dernier tour à tour les deux ministres des Affaires étrangères algérien et égyptien, le président de la République, Kais Saied, a insisté sur le rôle des pays voisins dans le règlement de la crise libyenne…
Le règlement politique de la crise libyenne, fondé sur l’unité du pays et le rejet de toute ingérence étrangère, a été au cœur des deux entretiens tenus lundi dernier entre la président de la République, Kais Siaed, et les deux ministres des Affaires étrangères, de la Migration et des Égyptiens de l’étranger, Badr Abdelatti, et le ministre d’Etat algérien, ministre des Affaires étrangères, de la communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf.
A cette occasion, le chef de l’Etat a souligné « l’importance de renforcer la coordination entre pays voisins afin de favoriser une solution politique durable, reposant sur la tenue d’élections nationales et la réunification des institutions ».
Saied a insisté également sur « la nécessité d’un processus strictement libyen, inscrit dans le cadre des efforts régionaux de stabilisation », rappelant au passage que « la solution en Libye doit être exclusivement libyenne, sans diktats extérieurs ». Le chef de l’Etat a souligné, en outre, « le rôle stratégique du mécanisme tripartite Égypte–Tunisie–Algérie comme cadre de concertation régionale ».
Interrogé, par ailleurs, sur les recommandations de ce sommet tripartite, le juriste et universitaire Salem Chérif nous a confié : « Il est important de rappeler que la sécurité et la stabilité de la Libye sont indissociables de la sécurité arabe régionale et de celle de la zone du Sahel et du Sahara. Faut-il encore que ces pays voisins de la Libye aient les moyens diplomatiques et le poids politique pour faire barrage aux convoitises des puissances internationales dont l’intérêt est les richesses naturelles de la Libye beaucoup plus que la stabilité et la paix dans ce pays voisin».
Que peuvent faire, justement, les pays voisins pour résoudre la crise libyenne dans un ordre mondial plus que jamais prédateur et marqué par un new libéralisme sauvage et poussé à son extrême, notamment par le président américain Donald Trump ? Plus qu’une crise, un champ de bataille… !
Les observateurs sont unanimes en concluant que ce qui se passe actuellement en Libye est plus qu’une crise, mais plutôt un champ de bataille. « Ce qui rend la crise libyenne encore plus complexe, c’est la confrontation entre différents acteurs régionaux.
D’une part, l’Égypte et les Émirats arabes unis – ennemis jurés des Frères musulmans – soutiennent militairement et diplomatiquement l’armée de Haftar et le gouvernement de Tobrouk; d’autre part, la Turquie et le Qatar soutiennent le gouvernement de Tripoli. Alors, des pays comme la Tunisie ou l’Algérie sont face à une crise qui dépasse la région pour s’étendre aux pays du Golfe et l’Europe.
On sait, justement, que Rome et Paris se veulent aussi être des acteurs clés dans le règlement de cette crise. De fait, nous sommes face à plus d’une approche pour résoudre cette crise complexe sans oublier la position américaine qui pourrait changer tout si, par malheur, le président américain décide de s’en
mêler ».
Et d’ajouter : « A mon avis et dans ces conditions, la seule issue possible et fiable est de trouver un moyen de règlement pacifique de la crise qui élimine la marginalisation de certaines régions libyennes, qui permet une répartition équitable des richesses et du pouvoir et qui reconstruit des institutions étatiques de la Libye capables d'assumer leurs responsabilités envers leurs citoyens, en plus de leur rôle et leur responsabilité dans le contrôle des frontières pour préserver la sécurité de la Libye et éviter de menacer la sécurité des pays voisins ».
M.B.S.M.

