Par Chokri BACCOUCHE
C’est un véritable missile « langue » portée que le sénateur américain Lindsay Graham vient de balancer sur l’Arabie Saoudite qu’il a menacée de « conséquences » si le royaume ne s’implique pas davantage militairement dans le conflit américano-sioniste contre l’Iran. « Des Américains meurent et les États-Unis dépensent des milliards pour renverser le régime terroriste iranien, écrit-il sur son compte X.
Pendant ce temps, l’Arabie saoudite semble publier des déclarations et agir en coulisses, ce qui n’apporte qu’une aide marginale. Elle refuse de participer aux opérations militaires visant à mettre fin au règne de terreur qui émane de l’Iran. » A la lecture de cette mise en garde, on ne peut plus directe et révélatrice, il y a vraiment de quoi s’éclater la rate à force de rire.
Comme disaient nos vénérés ancêtres, Barka se saoule mais on veut obliger Messaoud à avoir la gueule de bois à sa place. Plus exactement, le président américain Trump déclenche une sordide guerre sans aviser personne et au mépris total de la légalité internationale et voilà qu’il tient à impliquer les pays de la région dans cette expédition militaire hasardeuse qui a d’ores et déjà mis le monde sens dessus-dessous.
Si l’on se réfère à la situation sur le front où l’Iran, s’accordent à penser les experts, tient la dragée haute à ses agresseurs depuis le début de la guerre, on peut interpréter l’ultimatum de Lindsay Graham non pas comme une mise en garde mais comme un appel à la rescousse ou un « Mayday ». A tout le moins, c’est un aveu de faiblesse et de vulnérabilité qui interroge et surprend.
Il surprend parce que les Etats-Unis, considérés comme la première puissance mondiale, n’ont pas besoin en principe de l’aide ou de l’assistance d’un pays qu’ils sont censés, paradoxalement, protéger.
Pour rappel l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis sont liés par un accord militaire, signé le 14 février 1945, lors de la rencontre historique entre le président Franklin D. Roosevelt et le roi Abdelaziz à bord du croiseur USS Quincy. Cet accord, souvent appelé « pacte du Quincy », a scellé l›alliance : une garantie de sécurité militaire américaine en échange d'un accès privilégié au pétrole saoudien.
Aïe, aïe : les récriminations de Lindsay Graham nous poussent à croire que le King Kong américain qui n’arrête pas de bomber le torse et de pavoiser un peu partout dans le monde et plus particulièrement au Moyen-Orient ressemble de plus en plus au bonhomme Michelin, la célèbre mascotte du fabricant de pneumatiques. La riposte militaire de Téhéran qui a impressionné et surpris le monde est en passe de bouleverser manifestement les rapports de force au Moyen-Orient.
Il faut dire que les monarchies du Golfe n’ont jamais voulu de cette guerre contre l’Iran. Un refus somme toute logique car les dirigeants de ces pays, quand bien même ils font preuve souvent d’une naïveté déconcertante, savent pertinemment de quoi il s’en retourne au juste et quelles sont les véritables visées ainsi que les objectifs sou jacents de ce conflit qui mijote sur feu doux sur les chaudrons sionistes depuis plusieurs décennies.
L’Arabie Saoudite a jusqu›à présent refusé que les États-Unis utilisent ses bases pour des opérations offensives contre l›Iran. Bien qu’il ait subi des dégâts sur la base aérienne Prince Sultan et a dû intercepter de nombreux missiles et drones iraniens visant certaines de ses infrastructures, le royaume tente de désamorcer la situation par des discussions avec le régime des mollahs mais rejette toute idée d’un engagement militaire de ses forces contre l’Iran, de peur de devoir payer le lourd tribut et le coût géographique d’une guerre qui n’est pas la sienne.
Et qui ne sert nullement ses intérêts bien évidemment. La réaction saoudienne montre, en tout cas, que la région n’est plus aussi dépendante de Washington, sur le plan sécuritaire notamment. La plupart des pays du Golfe cherchent d’ailleurs à nouer de nouvelles alliances avec d’autres pays comme la Chine et la Russie, surtout après la frappe israélienne de 2025 sur le siège du Hamas à Doha qui a mis à nu la partialité outrancière des Etats-Unis pour Israël et leur soutien fantoche et désormais très discutable aux pays de la région.
Pour la petite histoire, le sénateur Lindsay Graham, proche allié de Donald Trump, a qualifié la guerre américano-sioniste contre l’Iran de «bon investissement» qui pourrait permettre à Washington de contrôler 31% des réserves connues de pétrole. Les États-Unis contrôleront près d›un tiers du pétrole mondial et se feront des tonnes d’argent s›ils parviennent à renverser le gouvernement iranien, a déclaré tout récemment à Fox News le sénateur républicain de la Caroline du Sud, connu pour sa ligne dure et ses positions bellicistes.
Le poisson ne voit pas l›hameçon, il ne voit que l'appât. L'homme ne voit pas le péril, il ne voit que le profit : le sinistre Lindsay Graham gagnerait à s’inspirer de ce célèbre proverbe mandchou. Et de se rendre à l’évidence que l’appât du gain et la cupidité sont, en fait, les deux jambes d’un cul-de-jatte. Surtout lorsqu’il s’agit d’une guerre aussi dévastatrice comme celle qui se déroule actuellement au Moyen-Orient…
C.B.

